Gérer la coccidiose aviaire - La Semaine Vétérinaire n° 2013 du 01/12/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2013 du 01/12/2023

Basse-cour

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Matthieu Pinson (N14), Dr vétérinaire, résident de l’European College of Poultry Veterinarian Science, Labovet Conseil, Dr Bassecour vétérinaire

La coccidiose est une maladie d'importance universelle dans l’élevage de volailles. Les parasites sont des protozoaires du genre Eimeria (chez les gallinacés) ou Tyzzeria (chez les canards) à tropisme digestif, provoquant des lésions de la muqueuse intestinale. Il existe plusieurs espèces de coccidies pour un hôte donné, qui peuvent être identifiées en fonction de leur localisation intestinale et de la taille des ookystes. Chez le poulet, 7 espèces sont reconnues, dont 5 ayant une pathogénicité.

La coccidiose peut frapper n'importe quelle espèce de volailles dans n'importe quel type d'installation, y compris les volailles détenues dans une basse-cour.

Une infection généralement subclinique

Les coccidies sont des parasites présents très largement dans le milieu extérieur. Les volailles se contaminent directement en ingérant des ookystes infestants présent dans le sol. La phase endogène entraîne deux types de multiplications (shizogonie et gamogonie) et un relargage important d’ookystes dans l’environnement.

Aujourd’hui, la majorité des coccidioses en élevage conventionnel sont subcliniques. Elles n’engendrent donc aucun signe clinique apparent mais ont des répercussions économiques graves. En effet, l’altération de la muqueuse intestinale engendre une dégradation de la digestion, et donc un retard de croissance possible.

De même, en basse-cour, ces infections subcliniques sont majoritairement invisibles. Les parasites peuvent donc circuler à bas bruit et se multiplier jusqu’à à atteindre un nombre suffisant pour déclencher des signes cliniques, l’intensité de l'infection clinique étant proportionnelle au nombre de coccidies.

Lorsque l’infection atteint un niveau clinique, les signes observés sont majoritairement non spécifiques et correspondent à des troubles constatés lors de toute maladie digestive, que la cause soit métabolique, virale, bactérienne ou parasitaire. Les oiseaux sont prostrés avec le plumage ébouriffé. Des expressions cliniques plus spécifiques sont liées à certaines espèces de coccidies (voir tableau).

Un diagnostic par coproscopie et autopsie

Toute diarrhée (avec des traces de sang, mais pas seulement) et tout amaigrissement de jeunes oiseaux (à partir de 2 semaines) doivent amener à inclure la coccidiose dans les hypothèses diagnostiques. Pour confirmer ses doutes, un examen microscopique peut être réalisé. À partir d’un prélèvement de fientes fraîches (intestinales et cæcales) dans un pot réservé à cet usage, une coproscopie sera alors effectuée. Pour cela, il suffit de solubiliser une quantité donnée de mélange de fientes dans une solution salée, de manière à faire « flotter » les coccidies puis à prélever le surnageant pour le déposer dans une cellule de Mac Master. En cas de coccidiose, des structures unicellulaires de la forme d’un œuf seront présentes en grande quantité.

Toutefois, la seule présence d'ookystes à l’examen coproscopique n’est pas forcément synonyme de maladie. Si une des volailles de la basse-cour est retrouvée morte, il conviendra de réaliser une autopsie afin d’évaluer l’état de la muqueuse intestinale. La sévérité des lésions intestinales est graduée par les indices de Jonhson & Reid (de 0 à 4). La description et la localisation des lésions dépendent de l’espèce de coccidie en cause. Par exemple, lors d’une infection à l'Eimeria tenella, les lésions se localisent au niveau des cæca. Les muqueuses et/ou leur contenu seront, en fonction de la sévérité, hémorragiques ou nécrotico-hémorragiques. L’indice lésionnel est alors établi en fonction du nombre et de la répartition de ces points de nécrose.

Une palette de traitements disponibles

Les traitements chimiques anticoccidiens font intervenir des molécules antibactériennes à activité anticoccidienne, à l'exemple des sulfonamides ou des dérivés hétérocycliques (amprolium ou toltrazuril). Ces traitements sont administrés via l’eau de boisson à l’ensemble des animaux, et non pas aux seuls malades, pendant une durée de 3 à 5 jours. Ces thérapeutiques sont disponibles en petits formats, adaptés aux basses-cours (50 mL pour les sulfamides, 100 mL pour l'amprolium et 10 mL pour le toltrazuril). Des spécialités nutritionnelles, qui contiennent des huiles essentielles à base de cannelle de Chine, tea tree ou origan associées à des extraits de plantes à action antidiarrhéique ou immunostimulante, peuvent aussi être prescrites, du fait de leur capacité à agir tant sur les coccidies que sur les bactéries digestives. Ces solutions alternatives ont des effets reconnus et démontrés mais doivent être administrées en toute connaissance des risques potentiels liés à de mauvaises utilisations.

Le meilleur moyen de lutte reste la prévention

L’éradication des coccidioses étant illusoire, l’objectif est de réduire au maximum leurs effets néfastes sur la santé des volailles et sur leur performance, en baissant la pression parasitaire. Historiquement, les additifs à activité anticoccidienne constituent le principal moyen de prévention et de contrôle. Ils sont incorporés dans l’aliment pendant les premières semaines de vie. Sur certaines productions de gallus (poulettes et poulets label Bio, notamment), les programmes de chimioprévention sont de plus en plus remplacés par la vaccination. Les vaccins actuellement autorisés en France (voir tableau) sont élaborés à partir de souches d’Eimeria atténuées. Ce sont des souches précoces, avec une période prépatente plus courte et une moindre quantité d’ookystes produits. Il est important de noter que l’immunité vis-à-vis des coccidies n’est pas spécifique. Le vaccin protégera donc uniquement contre les espèces d’Eimeria qu’il contient, aucune protection croisée n’étant possible. La vaccination se fait par pulvérisation au-dessus des poussins après l’éclosion. L’immunité débute à environ 2 semaines et couvre toute la période à risque. Ces vaccins sont une solution innovante mais ils ne sont disponibles qu'en conditionnements pour grands effectifs ; ils sont donc pour l’instant inadaptés à une clientèle de basse-cour.

En conséquence, en basse-cour, l’objectif de baisser la pression parasitaire passera uniquement par l’hygiène du poulailler. Une fois excrétés dans les fientes, les ookystes de coccidies sont des formes très résistantes dans le milieu extérieur. Le sol est donc particulièrement susceptible de contenir des coccidies, surtout dans les zones de la basse-cour où les volailles se concentrent naturellement (nids, points d’eau et d’alimentation). Les zones avec une stagnation d’eau sont à proscrire. Ensuite, des opérations de nettoyage/désinfection sont à préconiser. Le nettoyage, avec un produit détergent, servira à évacuer mécaniquement les coccidies. Puis l’application d’un désinfectant avec une valence coccidicide permettra de tuer les parasites restant dans le bâtiment. Il existe plusieurs désinfectants homologués contre les coccidies, certains sont à base de chorocresol (Prohyl S®, Dekoksane®), d’autres à base d’amine (Kenocox®), qui est un dérivé d’ammoniac.

En conclusion, la gestion d’une coccidiose pour des volailles de basse-cour peut se révéler compliquée. Le diagnostic inclut la combinaison de signes cliniques non pathognomoniques (à l’exception des fientes hémorragiques) et du niveau d’excrétion d’ookystes dans les fientes. Les différents traitements disponibles demandent un renouvellement quotidien de l’eau de boisson. L’hygiène reste le principal moyen de prévention sur des petits effectifs.

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