Que proposez-vous après un diagnostic de certitude de PIF ? - La Semaine Vétérinaire n° 2012 du 24/11/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2012 du 24/11/2023

EXPRESSION

Auteur(s) : Propos recueillis par Anne-Claire Gagnon

Pris entre le marteau et l’enclume, c'est-à-dire entre la peur d’une condamnation pour la prescription toujours interdite d’un antiviral et la possibilité prouvée par l’evidence-based medicine (EBM) de guérir leurs patients félins malades, comment les praticiens gèrent-ils aujourd’hui leur dissonance cognitive face aux cas de péritonite infectieuse féline (PIF) ?

Amandine Drut (T09)

Maître de conférences à Oniris-Nantes

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Permettre à la profession d’accompagner légalement le traitement

Sans traitement antiviral, diagnostiquer avec certitude une péritonite infectieuse féline (PIF) implique d’annoncer une mort inéluctable de l’animal, quelle que soit la prise en charge alternative proposée. Le GS-441524, un analogue de nucléoside antiviral, a fait l'objet de publications scientifiques qui prouvent son efficacité. J’ai encadré une thèse qui fait un état des lieux de l’utilisation sur le terrain de cette molécule dans le contexte légal français. Elle montre que de nombreux propriétaires ont recours au marché noir, sans aucune implication de leur vétérinaire. J’estime que les propriétaires ont le droit de connaître l’état actuel des connaissances sur le traitement de la maladie. Ils sont nombreux à se positionner en dehors du cadre légal français et à avoir recours à un circuit d'approvisionnement illégal et non sécurisé. Dans cette démarche, aucun vétérinaire ne peut intervenir. Il est urgent de permettre à la profession d’accompagner légalement ce traitement, qui constitue une révolution.

Michèle Fradin-Fermé (N 83)

Praticienne à Vincennes (Val-de-Marne)

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Dr Google prend le relais

J’annonce aux propriétaires que la PIF est une maladie mortelle à très court terme. Que, jusqu’en 2019, on ne pouvait pas guérir le chat mais qu’il existe actuellement un traitement qui marche, bien quoiqu'il soit onéreux. J’explique que ce traitement consiste à administrer un antiviral pendant 84 jours, avec, dans le protocole actuel, une injection (douloureuse) quotidienne pendant 4 jours, avec un relais par comprimés. Je les informe ensuite que, malheureusement, le traitement n’est pas autorisé en France mais qu’il l’est en Grande-Bretagne et en Australie, pays où les vétérinaires l’utilisent avec un taux de succès de 90 %. C’est là que je perds le client, qui va s’adresser à Dr Google.

Sandrine Liparoti (Liège 03)

Praticienne à Liège (Belgique)

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S’il en a les moyens, j'encourage le client à se procurer le médicament

Il y a quelques années, j’aurais proposé, le temps d’accepter le diagnostic, de la cortisone comme traitement palliatif puis l’euthanasie, afin de ne pas laisser le chat mourir dans la souffrance. À ce jour, et ce depuis plus de quatre ans, je peux conseiller un traitement dont l’efficacité est prouvée à 90 %. Même si le traitement permet une rémission et pas une guérison certaine, je peux affirmer que sur les 13 chats qui ont reçu le traitement, 10 ont répondu favorablement et aucun d'eux n’a récidivé. La durée totale du traitement est de 84 jours mais la réponse est observée dès 2 à 5 jours. Comme ce médicament n’est pas autorisé sur le marché européen, il faut se le procurer par ses propres moyens. Pour démarrer le traitement et observer ou non un résultat, il faudra débourser 250 euros. Pour le traitement total, comptez entre 1500 et 2000 euros. Si le client en a les moyens, je l’encourage vivement à essayer pour donner une chance à son chat.

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