Pourquoi l’élevage est indispensable  - La Semaine Vétérinaire n° 2011 du 17/11/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2011 du 17/11/2023

Conférence

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Clothilde Barde

À l’occasion de la journée « Élevage et société » organisée par l’Académie vétérinaire de France le 21 septembre 2023, l’importance nutritionnelle des protéines animales dans les régimes alimentaires des humains a été rappelée. Selon le conférencier, le maintien de l’élevage serait, à ce titre incontournable. Explications.

« Bien que l’espèce humaine, omnivore, démontre une certaine capacité d’adaptation alimentaire, l’éviction de pans entiers de produits animaux constitue une prise de risque proportionnelle à l’importance de l’éviction (quantité et durée), et variable selon l’âge, la croissance et les statuts physiologiques (nourrissons, enfants et ados, femmes enceintes et allaitantes, personnes âgées) », a indiqué le professeur Philippe Legrand, ingénieur et docteur ès sciences en physiologie de la nutrition au laboratoire de Biochimie-Nutrition humaine de l’Institut Agro Rennes-Angers. En effet, les études montrent que, depuis l’Homo habilis, les étapes de développement sont liées à l’accès aux produits animaux et qu’au cours des deux derniers siècles, les maladies et les mortalités par carences quantitatives et qualitatives se sont presque toutes résolues par l’accès et la consommation de produits animaux variés. « L’humain est donc omnivore par sa nature et par ses spécificités biologiques mais, pour atteindre l’équilibre nécessaire entre l’arrêt des excès, la durabilité de l’élevage, le bien-être animal et le respect de ses besoins en évitant les dangers de l’éviction, l’omnivorisme doit tout de même être questionné », selon le conférencier. Mais, à ses yeux, « Il est nécessaire de définir un « nouvel omnivore » plutôt qu’un flexitarien, car ce n’est pas un nouveau régime qu’il faut inventer mais adapter l'existant ».

Des besoins variables

Chez l’humain, il existe un flux tendu entre le besoin en azote protéique total (notamment les acides aminés, indispensables) et la régularité des apports protéiques, avec de grandes différences de besoins selon l'âge et le statut physiologique, car la synthèse protéique est continue et les apports protéiques sont discontinus. Pour que le métabolisme protéique soit équilibré, il faut un apport alimentaire de 50 à 80 g d’acides aminés libres par jour, soit 50 à 80 g de protéines alimentaires par jour pour un homme adulte. Cependant, pour les individus en croissance, les besoins en grammes de protéines par kilogramme de poids corporel et par jour sont plus élevés que chez l’adulte (4 fois plus élevés chez le nourrisson que chez l’adulte, par exemple). Le bilan azoté, nul chez l’adulte, doit être positif en cas de croissance, et la part journalière des acides aminés indispensables à apporter est alors plus élevée. De plus, selon les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les besoins en protéines d’un adulte doivent représenter 12 à 20 % de l’apport énergétique de la ration : soit, pour 2000 kcal de dépense énergétique, un apport de 50 à 70 g de protéines alimentaires (vs  80 à 90g/j chez la femme enceinte et +20 g/j chez la femme allaitante).

Des valeurs biologiques différentes

En outre, comme l’a précisé Philippe Legrand, une bonne protéine est caractérisée par une bonne digestibilité et par une bonne valeur nutritionnelle. Par conséquent, « selon leur valeur biologique et leur teneur en acides aminés (AA) indispensables, il faut déterminer la part de protéines animales et/ou végétales à mettre dans la ration », a indiqué le conférencier. En effet, les végétaux synthétisent dans leurs protéines tous les AA, mais leur score chimique en AA essentiels (échelle SCCD) et leur valeur biologique protéique (en pourcentage) restent moins bons que ceux des protéines animales. C’est pourquoi, comme l’a indiqué le Pr Legrand, « même s’il ne faut pas manger que de la viande, il ne faut pas oublier d'équilibrer la ration en protéines animales et végétales ». À titre de comparaison, alors que la viande contient 50 à 70 % de protéines dans la matière sèche (MS), le soja en apporte 30 % maximum. Il faut donc ingérer une masse de protéines végétales importante pour avoir les mêmes apports alimentaires qu’avec la viande et, comme tous n’ont pas la même teneur protéique, il est également important de réfléchir à la concentration en protéines des végétaux dans le choix des cultures (châtaignes (2 g), graines oléagineuses ou légumes secs (26 g)). Actuellement, en Europe la part de protéines animales (PA) et de protéines végétales (PV) dans la ration est de 67 % pour les PA et de 33 % pour les PV, mais les projections1 montrent qu’en termes de durabilité et de santé, il faudrait parvenir à un équilibre de 50 % de PV et 50 % de PA.

Des nutriments importants

Par ailleurs, les PA sont également la source d’autres nutriments indispensables (fer, vitamine B 12, vitamine D, iode, zinc, DHA (oméga-3), vitamine A, calcium), qui sont souvent en déficit chez l’humain alors même que de petites quantités seulement sont nécessaires. Par exemple, en ce qui concerne les acides gras oméga-3 (DHA), des études ont montré que le risque d’apparition de maladies neurovégétatives était augmenté chez les personnes ne consommant pas de poisson. De même, comme l'a noté le conférencier, « Il est intéressant de prendre conscience que, pour combler les apports quotidiens recommandés en calcium (950 mg/j), il faut consommer au minimum deux produits laitiers par jour, ce qui en équivalent végétal correspond à la consommation de 400 g d’amandes, soit 2500 kcal ! ». Dans le cadre de l’Austrian Health Survey, une étude (non exempte de biais) menée en 2014 sur 1320 personnes 2 a mis en évidence le pourcentage de sujets atteints d'une maladie chronique selon le type de régime alimentaire suivi. D'après les résultats, chez les individus ayant un régime omnivore sans excès de viande, les maladies chroniques sont moins fréquentes. « Il est donc important de veiller à un certain apport en PA, notamment pour les catégories fragiles comme les enfants et les personnes âgées, afin d'éviter les déficits en nutriments ainsi que la malnutrition », a conclu le Pr Legrand.

  • 1. Barré T., Perignon M., Gazan R., et al. Integrating nutrient bioavailability and co-production links when identifying sustainable diets: How low should we reduce meat consumption? PLoS One. 2018;13(2):e0191767. urlz.fr/om9q
  • 2. Burkert N.T., Freidl W., Großschädel F., et al. Nutrition and health : different forms of diet and their relationship with various health parameters among Austrian adults. Wiener Klinische Wochenschrift. 2014;126(3-4):113-18. urlz.fr/omaF 
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