Les éléments clés de l'anesthésie du veau - La Semaine Vétérinaire n° 2011 du 17/11/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2011 du 17/11/2023

Conférence

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Jean-Paul Delhom

Article rédigé d'après la conférence donnée le 19 octobre 2023 par Jocelyn Amiot, vétérinaire (L 04), vice-président du GTV Bourgogne-Franche-Comté, lors de la journée des Groupements techniques vétérinaires (GTV), à Beaune.

L'objectif de l’anesthésie est de permettre une perte de conscience de l'animal ainsi qu'une bonne contention sans risques. Elle nécessite la connaissance des produits utilisés, sachant que la réaction des sujets est variable. Il y a peu de molécules autorisées : la xylazine, la détomidine, la kétamine, la procaïne, le butorphanol, la lidocaïne, l’isoflurane. La triade prémédication-induction-entretien est impérative. Lors d'une anesthésie, un examen clinique, même sommaire, est indispensable, car en cas d’anomalies cardiaques ou respiratoires, il convient d’évaluer les risques et d’adapter le protocole anesthésique. De plus, la prise en charge des désordres hydroélectrolytiques doit commencer avant l’anesthésie.

Assurer une contention efficace

La première étape de l'anesthésie est la prémédication, qui permet une contention de l’animal et une réduction de son stress. Elle assure une analgésie et potentialise l’induction. Chez les veaux sevrés, une diète de 12 heures sans limitation d’abreuvement est conseillée, tandis que pour les animaux non sevrés le saut d’un repas lacté est suffisant. Par ailleurs, il est toujours préférable de peser l’animal au préalable. Dans le cas d'une anesthésie longue, il faut tenir compte du risque d’hypothermie et prévoir du matériel pour réchauffer l’animal (bouillottes, lampes). Le vétérinaire peut suivre un protocole associant de la xylazine 0,05 mg/kg (0,13 ml/50 kg en intraveineuse (IV) ou 0,25 ml/50 kg en intramusculaire (IM) ou de la détomidine (de 2,5 à 5 µg /kg soit 0,03 ml/50 kg en IV) avec du butorphanol (0,5 ml pour 50 kg en IV). L’action est très rapide par voie IV mais il faut attendre 5 minutes minimum pour intervenir. Ce délai peut être utilisé pour la pose d’un cathéter. Du fait de ses effets cardiovasculaires et respiratoires, l’utilisation de la xylazine est déconseillée chez les animaux débilités et doit être réduite au maximum chez les veaux de moins d’un mois.

Recourir à l'anesthésie gazeuse

Pour l’induction, la kétamine est bien tolérée même chez le jeune veau (2 à 4 mg/kg soit 1 à 2 ml /50 kg) mais son action est de courte durée (15 à 20 minutes) et son entretien se fait par administration de trois bolus maximum ou par perfusion. Pour les interventions longues, l’anesthésie gazeuse peut être utilisée après l’induction. En circuit semi-fermé, une concentration en isoflurane de 4 % avec un débit d’oxygène de 500 ml/min + 20 ml/kg/min permet d’atteindre un stade d’anesthésie chirurgicale. La concentration sera ensuite ramenée à 1,5-3 % (débit d’oxygène de 500 ml/min + 10-15 ml/kg/min). Pour réaliser l’intubation, l’animal est installé en décubitus sternal, la tête en extension afin que le vétérinaire puisse introduire dans la trachée, soit de visu, soit aidé d’un laryngoscope, une sonde de diamètre inférieur à 12 mm. La profondeur de l’anesthésie doit faire l’objet d’une surveillance attentive en observant les globes oculaires et en testant les réflexes palpébraux et cornéens. Lors d’une anesthésie longue, l’isoflurane ne suffisant pas en tant qu’analgésique, il faudra prévoir des solutions analgésiques complémentaires (anesthésie locale, analgésiques par voie générale).

Pratiquer une anesthésie ciblée

La rachianesthésie est un vrai progrès. Elle est réalisable sur l'exploitation, comme au cabinet, même sur les nouveau-nés, et ne nécessite que très peu de matériel. Elle permet de réaliser de nombreuses interventions (chirurgies abdominales, interventions sur les membres inférieurs, examens complémentaires). Pour cela, il faut utiliser une aiguille adaptée (1,1x50mm) sur une seringue contenant de la lidocaïne 2 % (1ml pour 10 kg) et de la xylazine (0,1 ml pour 10 kg). Le vétérinaire peut remplacer la lidocaïne par de la procaïne 4 % (0,7 ml pour 10 kg). Après préparation classique, la ponction d'une quantité de LCR équivalente au volume d’anesthésique à injecter se fera dans la citerne lombosacrée, entre L6 et S1, jusqu’à l’apparition de LCR. L'injection d'anesthésique devra se faire lentement. Elle peut se faire sur un animal vigile même s'il est possible de le prémédiquer si nécessaire. L’axe de la colonne vertébrale doit être bien droit et la ponction doit se faire à l’intersection de cet axe avec une ligne reliant les 2 pointes iliaques. Les risques de cette technique sont minimes et le matériel peu coûteux. Ensuite, le veau peut téter très rapidement. 

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