Quel sera l'avenir des relations entre élevage et société ? - La Semaine Vétérinaire n° 2010 du 10/11/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2010 du 10/11/2023

Expertise

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Clothilde Barde

Alors que les citoyens-consommateurs, majoritairement urbains ou périurbains, n’ont souvent plus de racines dans le monde rural et qu'ils méconnaissent les réalités et pratiques d'élevage, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) a publié un rapport de mission qui visait à mieux comprendre les défis auxquels les élevages font face actuellement et à trouver des solutions pour une réconciliation de l’élevage français et de la société, au sein de systèmes alimentaires durables.

« L’absence de vision à moyen terme pour l’élevage français dans son ensemble et, plus encore, l’absence de vision partagée, ne permettront pas de trouver de solutions pour sortir de la controverse actuelle sur l’élevage », selon le rapport du CGAAER (Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux) publié en juillet 2023 1.

Une vision commune de l’élevage français à horizon 2050

En effet, depuis quelques années, un mouvement de défiance à l’encontre des activités d’élevage, nourri par des inquiétudes sur le traitement réservé aux animaux de rente, sur l’impact de l'élevage sur l’environnement, sur le changement climatique ainsi que sur la santé animale et humaine, se développe en France. Et ce, malgré les tentatives des éleveurs de répondre à ces inquiétudes. Dans le même temps, ces derniers sont confrontés à une perte d’attractivité de leur métier, insuffisamment rémunéré par rapport à leur charge de travail, et, surtout, du fait de a faible reconnaissance par la société des services rendus par l’élevage. C’est pourquoi, dans ce contexte, une mission a été menée par François Le Gall (inspecteur général de santé publique vétérinaire) et par Marie-Hélène Le Henaff (inspectrice générale de l’agriculture), afin de mieux comprendre ce mouvement de controverse contre l’élevage d’un point de vue socio-économique, environnemental, de santé et de bien-être animal et, si possible, de trouver des pistes de solutions. Ce rapport s’intéresse uniquement aux animaux de rente, élevés pour l’alimentation (bovins, ovins, caprins, porcs et volailles), en France.

Un dialogue est nécessaire

D’après les résultats obtenus par les rapporteurs, il semblerait que « l'élevage parfait, qui donnerait satisfaction sur tous les aspects, n’existe pas ». Seul le compromis et la coconstruction d’une vision d’avenir permettront une réconciliation nécessaire pour un élevage français au sein de systèmes alimentaires durables, selon eux. Pour cela, ils proposent de mettre en place un comité scientifique multidisciplinaire et transverse, chargé d'étudier les conditions d’exercice des activités d’élevage ainsi que les attentes de la société. De plus, un dialogue interfilières devrait être entrepris pour permettre aux professionnels d’élaborer des messages communs. Il apparaît à la mission que, si le ministère de l’Agriculture peut être à l’initiative de ce débat inclusif, il pourrait s’appuyer sur les compétences d’un tiers de confiance, comme la Commission nationale du débat public (CNDP), par exemple.

Une intervention au plan des politiques publiques est nécessaire

Par ailleurs, toujours selon François Le Gall et Marie-Hélène Le Henaff : « l’information à destination du grand public doit être améliorée, pour mieux faire connaître les activités agricoles et d’élevage, et les futurs éleveurs devraient également être informés sur les aspirations de la société ». Grâce à cette veille et à ce dialogue restauré, il devrait être possible de « coconstruire à l’horizon 2050 un élevage français durable, consensuel et intégré dans une perspective européenne, qui légitimise le métier d’éleveur et rassure le consommateur », indiquent les rapporteurs. Pour cela, à l'instar de la stratégie européenne de transition vers des systèmes alimentaires durables dite Farm to Fork (F2F) ou « de la ferme à la table », le rapport indique que les politiques françaises publiques devront s'emparer de cette problématique à l'avenir. Enfin, « les vétérinaires pourraient intervenir davantage sur les sujets de santé publique voire, jouer, dans les campagnes comme dans les villes, le rôle de « tiers de confiance » sur tous les registres de la controverse », ont-ils indiqué. À cet égard, les jeunes vétérinaires pourraient suivre une formation sur les aspects sociétaux de l'élevage et leurs missions de service public devraient être valorisées.

Méthodologie

La mission a fondé son travail sur une étude bibliographique et plus de 50 entretiens auprès des administrations (INRAE, ANSES, CNA…), d'organismes internationaux, de chercheurs en sciences humaines, de syndicats agricoles, d'interprofessions, d'instituts techniques et d'associations.

CNA : Conseil national de l'alimentation
ANSES : Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale
INRAE : Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement

  • 1 Le Gall F., Le Henaff M.-H. Perspectives d’avenir des relations élevage et société. Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. 2023. Rapport 21100. https://urlz.fr/obib
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