Pour combattre la maltraitance passive, d’abord connaître l’animal - La Semaine Vétérinaire n° 2010 du 10/11/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2010 du 10/11/2023

Protection animale

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Par Brigitte Leblanc

Les causes de maltraitance passive des animaux de compagnie et les moyens pour les éviter étaient au cœur des discussions des dernières Assises de la prévention et de la protection animale. Assurer une vie équilibrée à l’animal que l’on veut faire entrer dans nos familles passe par l’obligation de bien le connaître.

« Sommes-nous toujours de bonne compagnie pour nos animaux ? », telle était la question posée lors des 4es Assises de la prévention et de la protection animale organisées par l’Arche des Associations, dont le thème était la maltraitance passive et qui se sont déroulées le 15 octobre 2023 à Saint-Mandé (Val-de-Marne), devant un public varié mais sensible à l’animal quel qu’il soit (professionnellement ou bénévolement). Sous le regard des « grands témoins » Audrey Jougla, philosophe et autrice, et de Norin Chai (A 94), praticien en faune sauvage et auteur, se sont succédé quatre tables rondes animées par Laetitia Barlerin (A 91) et Jean-Michel Michaux (L 78), au cours desquelles sont intervenus différents acteurs du monde des animaux : vétérinaires, éducateurs, éthologues, représentants d’associations et des forces de l’ordre… Parler de maltraitance passive a, dans un premier temps, amené à réfléchir sur les définitions du bien-être et de la souffrance, avec la nécessité de quitter l’anthropocentrisme pour se pencher sur l’Umwelt1 de chaque animal.

D’abord chez le chien…

La première table ronde dédiée à la maltraitance passive du chien a mis en évidence la nécessité de bien connaître son comportement afin de respecter son bien-être, tant au niveau de son élevage que de son éducation. L’importance de la relation avec son « humain », des jeux partagés, a également été rappelée: en effet, de nombreux cas de maltraitance passive sont liés au manque d’interactions, à une mauvaise interprétation du langage et des besoins du chien, d’où la nécessité d’accompagner l’humain à comprendre son compagnon. L’autre volet développé a concerné la méconnaissance de la douleur du chien par son propriétaire, avec le retard de soins qui peut en découler, ainsi que de mauvaises conditions de détention dont les propriétaires ne sont pas toujours conscients et qui peuvent être découvertes en « entrant chez les gens », en tant que vétérinaire à domicile ou force de police. Audrey Jougla a clôturé ces échanges en évoquant le problème global de manque de connaissances des propriétaires, et la nécessité d’encadrer la médiation animale afin qu’elle ne devienne pas délétère pour le chien.

Cette nécessité d’informer tout public a constitué également le fil rouge de la table ronde suivante qui portait sur les hypertypes pathologiques, à l’origine de souffrances quotidiennes pour les animaux touchés. Ont été évoqués les travaux de la SCC pour stopper ce fléau, et plusieurs questions se sont posées : doit-on les déclarer pour éviter leur reproduction, dénoncer les fournisseurs responsables ? Comment informer et sensibiliser le public ? Beaucoup de questions sans réponses, d’où a émergé l’idée qu’il puisse s’agir d’un rôle pour le vétérinaire, bien sûr, mais il ne voit souvent l’animal qu’après son achat…

Chez les chevaux et les NAC

La maltraitance passive des chevaux et des NAC a ensuite été abordée. Les chevaux nécessitent un investissement matériel important et des contacts fréquents, tant avec les humains que leurs congénères, et ce au long cours. Une vie en box ne peut convenir à leur bien-être physique et mental, sous peine de voir apparaître des stéréotypies. L’enrichissement ne peut suffire s’il n’est pas appliqué à un environnement quotidien de bonne qualité, avec des paddocks en herbe par exemple. Il n’est pas rare de plus d’en trouver certains « oubliés », seuls dans un champ.

Quant aux NAC, ils sont autant victimes de maltraitance passive par négligence (pour les plus petits et les moins chers d’entre eux) que par méconnaissance de leurs besoins physiologiques et comportementaux, qu’il s’agisse de NAC domestiques ou plus exotiques : difficulté de leur assurer un environnement correct, législation non respectée…Tous font les frais du manque de connaissances de leurs acheteurs qui ne s’informent pas en amont, ainsi que de certaines habitudes ancrées mais pourtant non adaptées (clapier du lapin, tortue nourrie exclusivement de salade…). Le même constat s’impose pour tous : il convient d’éduquer les enfants, responsabiliser les adultes qui doivent se renseigner avant d’acquérir un animal quel qu’il soit, mais également appuyer sur le rôle d’information des cédants de ces animaux. Ils se doivent d’être légitimes donc formés à ce rôle, exemplaires et cohérents en montrant les animaux dans les conditions adéquates et en ne vendant, le cas échéant, que le matériel adapté. 

Mais aussi les chats 

Le dernier thème de la journée était consacré au chat pour lequel les signes de mal-être sont bien visibles, souvent liés à sa double personnalité de proie et de prédateur, à son côté non social mais néanmoins relationnel, l’exposant à d’éventuels troubles psychologiques. Tant éducateurs que vétérinaires s’accordent sur l’importance de savoir lire le comportement du chat, de lui laisser l’initiative du contact et d’attendre son consentement, dans de nombreux cas, même si le consensus quant aux moyens d’aider le chat à s’équilibrer n’est pas atteint dans certaines situations (notamment sur les moyens disruptifs, apparaissant à certains comme représentant une agression pour le chat). Un autre type de maltraitance passive abordé concerne les chats errants, dans la gestion que font les humains de leur population (populations nourries mais non gérées par la stérilisation, par exemple), ainsi que la maltraitance que constitue le fait de garder enfermé un chat haret sous prétexte de le protéger.

Cette journée riche en contacts et en échanges met en évidence l’obligation de bien connaître l’animal que l’on veut faire entrer dans nos familles, pour lui assurer une vie équilibrée, l’ « aimer bien ».

Création de la banque d’aide pour la protection animale

Jean-Philippe Darnault, président de l’Arche des Associations, et sa déléguée générale, Christine His, ont présenté leur dernière réalisation, la Banque d’aide pour la protection animale (BAPA), qui se décline en trois axes : dons alimentaires et de produits d’hygiène aux petites associations, via les municipalités ; prêt de matériel de trappage pour les campagnes de « stérilis-action» ; offre de montée en compétence des associations via le financement total ou partiel de formations.

  • 1. Selon Jakob von Uexküll et Thomas A. Sebeok, l'Umwelt est l’environnement sensoriel propre à une espèce ou à un individu, mieux rendu en français par l'expression de « monde propre ».
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