Inspecteurs vétérinaires : entre tensions et enjeux d'avenir - La Semaine Vétérinaire n° 2010 du 10/11/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2010 du 10/11/2023

Santé publique

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Par Marine Neveux

Le congrès du Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire, qui s’est tenu les 19 et 20 octobre à Paris, a été l’occasion de mettre en exergue le rôle essentiel de ces professionnels dont les missions sont variées. Ils doivent gérer bien des crises dans des conditions souvent difficiles en termes de moyens mais aussi de reconnaissance. Pour autant, leurs compétences sur les sujets d'avenir sont précieuses.

« Les inspecteurs de santé publique vétérinaire (ISPV) sont clairement des métiers d’avenir », a tenu à souligner Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire (MASA), par vidéo interposée lors du congrès du Syndicat national des inspecteurs de santé publique vétérinaire (SNISPV). Un signal bienvenu face à un corps professionnel bousculé par l’actualité (influenza, etc.), alors que très engagé. Comme l’a souligné son président Stéphan Pinède (L 94), « les ISPV et les vétérinaires inspecteurs contractuels (VIC), en lien avec vétérinaires territoriaux, conçoivent et portent, avec leurs équipes, l’essentiel de la politique de l’Alimentation (au sens large) du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Ils sont totalement engagés dans les enjeux de transition, dont l’approche « Une seule santé » est un levier fondamental. Alors, j’avais envie de vous dire : "aimez-les", mais cela met un peu trop d’affect dans un monde très professionnel. Alors, estimez-les déjà !, valorisez-les, soutenez-les. Ils sont, avec certitude, une part essentielle de l’avenir de ce ministère… et de bien d’autres. »

Au-delà des mots du ministère, peut-on espérer du concret pour panser les maux ? Le corps professionnel des ISPV a un rôle fondamental. Il a essuyé des réformes aussi, dont certaines subies et d’autres soutenues… Il fait face à des difficultés de recrutement, à de la souffrance et, phénomène nouveau, à des démissions heureusement exceptionnelles.

Une année complexe

Les maladies animales sont présentes sur le territoire et/ou constituent une menace réelle, notamment l’influenza aviaire, hautement pathogène. Des crises « pour lesquelles nous avons œuvré, dans la souffrance parfois, loyalement toujours ! », rappelle Stéphan Pinède. 

Le rapport du CGAAER1, « Tirer les leçons des crises d’influenza aviaire », est attendu dans les semaines à venir. Dans ses premières constatations, il pointe le très fort impact psychologique de la crise sur les agents, la très forte charge de travail, le sentiment de n’être ni compris ni reconnu par le ministère. Mais aussi, sur le plan organisationnel, des outils informatiques fragiles, des locaux/équipements pas toujours adaptés, une planification qui prend rarement en compte la possibilité de débordement des capacités locales, etc. Un constat pour mieux anticiper l’avenir ? Le rapport propose notamment de passer d’une approche sectorisée des épizooties majeures à leur pleine intégration dans le dispositif interministériel de gestion de crise2, et de s’articuler avec le plan de gestion des pandémies.

Maud Faipoux, directrice générale de l’Alimentation (DGAL) est venue avec des annonces : « Au titre de la DGAL, nous allons nous renforcer en créant un poste de directeur de gestion des épizooties, qui aura en charge la direction de crise », mais aussi la possibilité, « en temps de paix », de se poser « pour préparer et pour être dans la prévention et dans l’anticipation de la gestion des crises. Cela s’accompagnera d'une équipe de 6 emplois temps plein (ETP) supplémentaires alloués à la DGAL. »

Autre chantier fort, depuis le 1er janvier 2023, la DGAL gère l’ensemble de la « police sanitaire », unique en termes de sécurité sanitaire des aliments. Depuis le 1er septembre, les directions départementales ont repris les inspections dans les industries alimentaires avec des agents supplémentaires (150 ETP alloués en 2023). Le prochain jalon, celui du 1er janvier 2024, permettra de parachever cette réforme avec la reprise des missions de contrôle en remise directe3 et avec l’ambition d'un renforcement des contrôles de 10 % pour les industries agroalimentaires et de 80 % sur la remise directe. « L’objectif est de ne pas se satisfaire du fait qu'aujourd'hui l’on ne contrôle un établissement de remise directe que tous les 13 ans, en moyenne. Quand on sait la durée de vie d’un établissement de remise directe, cela peut paraître un peu long… »

Des propositions

Stéphan Pinède apporte des pistes de solutions pour répondre aux enjeux et problématiques de cette profession : la nécessité de revoir l’attractivité des postes, les parcours de carrière, les enjeux de bien-être au travail ; tout comme la nécessité de rénover les outils informatiques. Il appelle aussi à conduire une réflexion collective sur les missions, leur pilotage, leur articulation, ainsi qu'à investir sur la mise en œuvre concrète du One Health ou, encore, à homogénéiser les taux pro/pro4 et leur évolution. Xavier Maire, directeur du service des ressources humaines du MASA, a tenté d’adoucir l'amertume avec la règle visant à « rapprocher les grilles des agents contractuels des rémunérations des fonctionnaires. […] Nous avons remis une copie en juin dernier et nous avons eu la fumée blanche il y a seulement quelques jours, ce qui veut dire que pour les nouvelles embauches de vétérinaires contractuels nous allons appliquer ces barèmes. […] L’idée de ces grilles de recrutement est de pouvoir bien reconnaître le parcours antérieur à l’arrivée au ministère et d’avoir des paliers d’ancienneté, avec une marge d’appréciation pour le recruteur ». Et de justifier que « les taux pro/pro sont naturellement différents par corps car ils sont très liés à la pyramide des âges du corps. »

Le président du SNISPV soulève aussi la difficulté à recruter des agents de catégorie B : « Est-ce que la circulaire va aussi prévoir la revalorisation des rémunérations ? », a-t-il demandé. « Oui, a répondu Xavier Maire, cela concerne les agents de catégorie A, B et C, l’administration centrale et les services déconcentrés ».

Sur la question de l’évolution de la carrière des experts, Xavier Maire se dit « ouvert à une évolution des critères. On a fait un exercice de projection dans 5 ans ; si l'on continue à recruter au même rythme qu’aujourd’hui, il y a un risque d’attrition des postes, menacés de ne pas être pourvus ». 

L’attractivité en question

La faible appétence des vétérinaires pour les postes de la fonction publique est une problématique à prendre à bras-le-corps. Au MASA, deux groupes de travail ont été crées autour de cet enjeu. Le premier porte sur les messages à faire passer. « Le groupe a identifié quelques sujets à mettre en avant comme l’appartenance à la haute fonction publique, la notion de responsabilité, le sujet One Health, l’expertise, la possibilité d’une formation tout au long de la vie, les passerelles public/privé, le travail en équipe et en autonomie, ainsi que la communication sur le salaire et les cibles à identifier », détaille notre confrère Jean-Luc Angot (T 82), chef du corps des ISPV. Le second groupe réfléchit aux politiques de communication.

La profession a de l’avenir. « On voit un intérêt croissant pour tous les thèmes d’actualité : changement climatique, agroécologie, développement durable, etc. Il faut que l’on investisse ces sujets-là, et davantage ceux concernant l’eau, l’empreinte carbone. On a des compétences scientifiques qui nous permettent de travailler sur ces préoccupations d’avenir ».

  • 1. Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux
  • 2. piloté par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN)
  • 3. vente de produits alimentaires dans les secteurs de la distribution, des métiers de bouche et de la restauration commerciale
  • 4. Les taux pro/pro sont les ratios promus/promouvables
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