Comment et jusqu'où prévenir les maladies nosocomiales ? - La Semaine Vétérinaire n° 2010 du 10/11/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2010 du 10/11/2023

EXPRESSION

Auteur(s) : Propos recueillis par Chantal Béraud

Les maladies nosocomiales dans le secteur vétérinaire seraient-elles mésestimées ? De fait, le manque d’études et, parfois, l'insuffisance de pratiques de précaution sont difficilement contestables. Pour améliorer la situation, cet aspect de la prise en charge ne mériterait-il pas une recherche approfondie ?

Clément Baudin (A 12)

Spécialiste diplômé du Collège européen d’imagerie médicale vétérinaire (ECVDI) au CHV Lanquedocia (Hérault)

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Plus de formation et de recherche

En 2012, j’ai réalisé une thèse bibliographique et expérimentale sur l’hygiène des mains au Centre hospitalier universitaire vétérinaire d’Alfort, en me demandant notamment quels étaient les obstacles à sa bonne pratique ? En premier lieu, l’application des recommandations est chronophage ! Deuxièmement, sa pratique peut incommoder les praticiens en cas de blessure ou de réactions dermatologiques aux produits. Enfin, il y a un manque de formation et une méconnaissance de ses effets positifs. Toute personne manipulant les animaux devrait pourtant y être sensibilisée et formée. Ça serait peut-être bien si les grosses structures pouvaient créer – à l’instar des médecins dans les hôpitaux – des comités de lutte contre les maladies nosocomiales. Enfin, il faudrait développer la recherche dans ce domaine pour quantifier les maladies nosocomiales chez l’animal, avec leurs conséquences médicales et économiques.

Étienne Vannucci (A 17)

Coresponsable des urgences et des soins intensifs, clinicien en médecine interne au CHV de Guyancourt (Yvelines)

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Nettoyer son stéthoscope entre chaque consultation

Ma thèse portait sur l’évaluation du risque de contamination par les stéthoscopes, au CHUV d’Alfort. Actuellement, nous manquons d’études concernant la prévalence et la morbidité des maladies nosocomiales en pratique vétérinaire, tant en centres hospitaliers qu’en cliniques privées. À ce jour, les praticiens y prêtent surtout attention pour les animaux immunodéprimés. Mais il faut aussi être vigilant en chirurgie. Toute anesthésie provoque une baisse de l’activité immunitaire, et les incisions sont autant de portes d’entrée pour les germes. J’y suis naturellement très attentif dans ma propre pratique de soins intensifs. J'en profite pour rappeler quelques conseils, souvent galvaudés : se laver les mains régulièrement, nettoyer la table de consultation entre chaque animal, changer fréquemment de tenue. Et faire un geste de plus : nettoyer son stéthoscope ! Car après un jour de consultation, on peut y retrouver des dizaines de souches bactériennes, dont certaines pourraient être multirésistantes. Et c’est encore pire en dermatologie !

Christophe Bille (A 03)

Coresponsable du service de médecine interne au CHV de Meaux (Seine-et-Marne)

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L'hygiène des locaux n'intéresse personne

L’hygiène des locaux et du matériel sont les sources de contamination les plus importantes. Faute de formation, le praticien et/ou son assistante choisissent souvent « au feeling » quels produits utiliser dans la structure et à quelle fréquence ! C’est pourquoi, dans notre CHV, j’ai mis en place une commission hygiène, composée d’un vétérinaire et de trois ASV, qui se réunit environ tous les trois mois. Ainsi, nous avons décidé de diviser le CHV en six secteurs et d'observer pendant un an leur fonctionnement, afin de définir précisément qui y intervient, avec quelle fréquence et de quelle manière sont utilisés les produits. On a pu s’apercevoir, par exemple, que certaines personnes font parfois des mélanges dans un même sceau ou qu'elles ne respectent pas le temps de contact nécessaire pour permettre un bon nettoyage des cages… De même, pour le petit matériel, nous effectuons désormais une stérilisation à intervalles réguliers. Notre profession aurait besoin d’une campagne de sensibilisation sur ces questions car nous pourrions vraiment faire mieux.

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