Intérêt de l’ostéopathie pour traiter le syndrome de la vache couchée - La Semaine Vétérinaire n° 2008 du 27/10/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2008 du 27/10/2023

Médecine complémentaire

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Clothilde Barde

Article rédigé d’après la conférence donnée par Emmanuel Hauguet (N 03), vétérinaire à Saint-James (Manche) lors de la Journée vétérinaire normande du 10 octobre 2023.

Le syndrome de la vache couchée se déroule généralement en trois étapes : tout d'abord, un décubitus primaire, dont les principaux facteurs de risque sont d'ordre métabolique (hypocalcémie – parfois associée à de l'hypophosphatémie, hypomagnésémie ou hypokaliémie – ou acétonémie), infectieux (mammite toxinique, métrite) ou traumatique (osseux, articulaire, musculaire, nerveux…) ; puis, un décubitus secondaire ; et enfin, un décubitus tertiaire, létal. Face à un échec thérapeutique, ou si l’éleveur tarde trop pour intervenir, la vache peut se trouver en décubitus secondaire et développer un syndrome des loges, c'est-à-dire des lésions musculaires, nerveuses et systémiques (rhabdomyolyse) nécessitant la mise en place classique d’un nursing, de perfusions ou drenchages et de l’administration d’anti-inflammatoire non stéroïdiens. Si ces mesures ne sont pas efficaces, l’animal finit souvent euthanasié. 

Qu’est ce que l’ostéopathie ?

L’ostéopathie vétérinaire est un ensemble de techniques manuelles permettant de réaliser un diagnostic puis un traitement sur un animal. C’est une médecine manuelle, qui dans son approche structurelle consiste à vérifier la mobilité de l’ensemble des articulations de l’organisme, aussi bien au niveau du dos que des membres et des organes internes. Les restrictions de mobilité nommées « fixations ou dysfonctions » seront traitées au choix du praticien par des techniques de mobilisations, de stimulations ou d'inhibitions neurologiques ou encore circulatoires. Cette pratique nécessite l’intégrité structurelle et fonctionnelle du corps pour être mise en œuvre. Comme l’a indiqué le conférencier, « il est important de noter qu’en cas de lésions anatomiques (fractures, luxations et entorses de grade 4 ou paralysie) ou de maladies inflammatoires, infectieuses ou métaboliques, l’ostéopathie ne sert à rien en première intention sur le syndrome de la vache couchée. Au mieux l’examen ostéopathique pourra compléter un diagnostic ou un traitement. »

Sa mise en pratique 

Avant de faire appel à un ostéopathe ou à un vétérinaire pratiquant l’ostéopathie, un examen clinique vétérinaire de la vache est indispensable pour éliminer les motifs d’exclusions. « Dans l’idéal, la vache couchée doit manger, ruminer et se tourner toute seule. Elle doit être normotherme, avec des valeurs sanguines de calcium et de bêta-OH dans les normes », a ainsi indiqué Emmanuel Hauget. Comme pour un examen vétérinaire, l’ostéopathe recueille l’anamnèse et les commémoratifs. Puis, après un examen à distance : position (décubitus sternal ou latéral), anomalie de position des membres, mobilité de la région cervicale, présence d’hématomes du rachis ou d’œdème de la vulve, tentative de se relever toute seule ou non, l’examen "palpatoire" commence. Il repose sur la palpation des membres à la recherche d’anomalies (amyotrophie, arthrite…), suivi de l’examen du rachis (recherche de zones de chaleur, de tensions, d’hématomes, de cordes ou de déviations vertébrales). Le praticien vérifiera également la tonicité des vertèbres coccygiennes. Enfin, il réalisera un test de mobilisation, examen qui consiste à mettre en tension la zone concernée et à évaluer la compliance (réponse à la pression des mains) et la viscoélasticité (capacité de reprise de forme après contrainte). Ce test de « résilience mécanique » se fait par transfert de poids avec la main ou le genou, pour mettre en évidence des douleurs et/ou des tensions (facettes, muscles ligaments). Le diagnostic s'établit par la mise en évidence des zones de restriction de mobilité et par leur caractérisation (résilience tissulaire).

Des gestes réalisables par tous

Une fois le diagnostic posé, un traitement manuel peut être mis en place. Le praticien a le choix entre différentes approches (structurelles, vibratoires, fasciales, myotensives, crâniennes…). L’objectif du conférencier lors de cette Journée technique normande était de présenter et de transmettre quelques gestes faciles à mettre en œuvre par tous, dès la fin de l’exposé. Il a ainsi expliqué, à l'aide d'une projection vidéo, quatre techniques applicables sur la vache couchée. La première d'entre elles est le « pincer-rouler », méthode issue des rebouteux d’antan. Elle consiste à séparer la peau des tissus sous-jacents. La peau est saisie entre les deux pouces, avec une certaine pression cutanée. Puis le pli est repoussé jusqu’à ce que les deux pouces se touchent. Un bruit de claquement est parfois audible. Sur vache couchée, Emmanuel Hauget encourage à recourir systématiquement à ce procédé sur la zone lombaire, et sacro-iliaque. Persuadé de son intérêt et de son efficacité, il explique que « le pincer-rouler cutané provoque une vasodilatation locale et une stimulation des terminaisons nerveuses cutanées. Ceci libère les zones de tensions superficielles et soulage le dos de la vache. »

Des techniques variées

Dautres méthodes de déroulement fascial sont aussi utilisables. L'objectif est d’obtenir un relâchement des fascias. Il sera obtenu soit par étirement, soit par compression. Il s’agit d’une technique globale dont l’action s’exerce à la fois sur les muscles, les ligaments et les aponévroses afin d'agir sur le tonus musculaire et d'avoir un certain effet de drainage. Pour le membre antérieur, l’enroulement est provoqué par la flexion, l’adduction et la rotation interne, jusqu’à la pronation. Le déroulement, lui, correspond à l’extension, l’abduction et la rotation externe, jusqu’à la supination. Ces deux phases de montée et descente des chaînes fasciales sont inversées pour le membre postérieur. Le vétérinaire insiste sur le fait « de ne pas lâcher le pli de peau durant la manipulation, que ce soit lors de l’enroulement ou lors du déroulement. » La technique de décordage, quant à elle, repose sur la notion de "corde", une zone de densification tissulaire formant une barrière cordiforme à la fluidité de la palpation au sein d’un tissu mou. « Il s’agit donc d’une terminologie et d’une expérience palpatoire. » Les cordes peuvent être musculaires, ligamentaires ou fasciales. Le principe du décordage est de réaliser un massage musculaire transversal profond ou d’aller crocheter un tendon, des aponévroses. « En pratique on prend un appui latéral à la corde avec le pouce, profond, avec la sensation de s’enfoncer sous la corde, comme si on voulait la décoller, puis on la pousse jusqu’à ce que la résistance provoque le basculement du point d’appui [le pouce] par-dessus. Comme si on jouait de la guitare. » Cette action permet de libérer les contractures du fuseau neuromusculaire par action directe et brutale de l’effet d’élongation/raccourcissement vibratoire.

Une voie d’abord réservée au vétérinaire

Le vétérinaire peut également réaliser un « décordage par voie interne » en crochetant directement le nerf par voie vaginale (par exemple au niveau du bassin pour le nerf obturateur et/ou sciatique). « Avec la main dans le vagin, le praticien peut évaluer si un traitement anti-œdème est nécessaire pour décomprimer l’œdème du bassin. Puis, après avoir repéré le foramen obturateur, il peut décorder au pouce de façon brève et tonique. Cette technique est intéressante en suite de vêlage pour agir sur le nerf sciatique ou obturateur », selon Emmanuel Hauget. Pour conclure, comme l’a indiqué le conférencier, dans le cas d'une vache couchée, il est important d’avoir d’abord un diagnostic vétérinaire puis, ensuite de faire éventuellement appel à l’ostéopathie. À cet égard, le nursing a un rôle important pour « donner sa chance à la vache ». Dans son activité, le Dr Hauget, qui a appris l’ostéopathie à l’AVETAO, l’utilise chaque mois sur environ 25 vaches couchées, avec un taux de réussite difficile à évaluer mais estimé à environ 60 %.

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