Le professeur Vincent Carlier, « denréologue », nous a quittés - La Semaine Vétérinaire n° 2007 du 20/10/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2007 du 20/10/2023

Hommage

COMMUNAUTE VETO

Auteur(s) : Yves et Fabienne Buret (A 82-83)

Postulant en 4e année pour un assistanat, c'est Vincent Carlier, jeune enseignant cravaté, qui m’accueille avec bienveillance et courtoisie. Au cours de la conversation vient la question : « Est-ce pour enseigner ? », car la vocation prime à ses yeux sur le choix de la discipline. À la rentrée, démarre une formidable aventure humaine qui révèle un pédagogue passionné.

Gros travailleur, il porte véritablement le service : gestion du personnel, accueil des stagiaires étrangers, cours magistraux et exercices d’enseignement. Ainsi, chaque jeudi, il s’investit dans la Salle des Viandes pour le tri des saisies, une opération suivie d’une présentation des plus belles pièces le lendemain. À cette époque, il y a encore de la tuberculose ouverte avec foyers de ramollissement… C’est là que des promotions entières révisitent l’anatomie et « touchent du doigt » les maladies du bétail : formidables travaux pratiques ! En parallèle, il encadre alors le concours d’un futur maître-assistant avant de préparer sa propre agrégation, s’investit gracieusement auprès de praticiens en reconversion et assure la trésorerie de la SHEVA1, non parce qu’il est cavalier, mais par attachement à sa profession et à son école. Ses compétences en anatomopathologie appliquée et en hygiène alimentaire, son actualisation permanente de la réglementation, complétées par une disponibilité désintéressée, expliquent son aura auprès de professionnels, enseignants et étudiants.

Il érige la qualité gastronomique en art de vivre (la flaveur de son lapin à la moutarde flotte encore dans l'air) et consacre après l’agrégation presque un mois de son salaire pour inviter ses proches chez un triple étoilé. Quant à son humour pince-sans-rire, il réveille ! Ainsi, lors d’une intervention sur la contamination de la viande, il annonce : « Et maintenant Campylobacter, le petit dernier… ».

Pendant la crise de la vache folle, alors que producteurs et consommateurs de viande rasent les murs, il répond courageusement aux médias avec talent et rassure, ce qui lui vaut la reconnaissance de ses pairs2. Il est vrai qu’il enseigne une matière dont l’attrait rivalise mal avec la clinique. Mais, une génération plus tard, le nombre de vétérinaires inspecteurs formés – dont plusieurs généraux – laisse pantois.

Il avait toutes les qualités d’un maître sans la suffisance. Et quand j’avais interrogé, à la demande de la mairie, notre futur témoin de mariage sur sa profession, il avait répondu par un néologisme : « Hygiéniste ou denréologue ». 

  • 1. Société hippique de l’École nationale vétérinaire d’Alfort.
  • 2. Vétérinaire de l’année 2000.
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