Le chat, un animal sociable et attaché à son propriétaire - La Semaine Vétérinaire n° 2007 du 20/10/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2007 du 20/10/2023

Étude

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Tanit Halfon

Contrairement à ce que certains décrivent, le chat est loin d’être un animal solitaire et autonome. Les études comportementales montrent des liens forts avec son détenteur, des interactions sociales positives entre individus et des besoins environnementaux bien spécifiques.

Le chat n’est pas un petit chien. Si cet adage, bien connu des vétérinaires – avec les implications médicales qui vont avec – tend à se démocratiser auprès du grand public, il peut persister quelquefois des incertitudes sur le comportement félin et les besoins associés. Quelques-unes pourront être levées grâce à deux récentes publications* parues dans The Veterinary Journal. Le constat des auteurs est qu’il persiste encore beaucoup d’idées reçues sur le comportement social du chat, alors même qu’il est devenu le deuxième animal de compagnie le plus populaire et un membre à part entière de la famille. Avec pour conséquences des interactions inappropriées avec des détenteurs, et des environnements de vie perfectibles. Pour y remédier, l’approche adoptée dans les publications est originale : il s’agit de présenter un listing de plusieurs « mythes »… pour mieux les ébranler. Focus sur quelques-uns d’entre eux.

Des affinités entre individus

Un mythe connu est que les chats ne sont pas sociables entre eux. Selon plusieurs études menées sur des colonies de chats, les liens sociaux sont bien là. Des affinités sont observées, avec des individus qui passent plus de temps ensemble, et qui manifestent certains comportements tels que se toiletter, se frotter, se toucher le museau ou pendant le sommeil, ainsi que se signaler en levant la queue en passant à côté d'un congénère. Davantage de comportements amicaux sont aussi observés entre individus apparentés, que ce soit en colonie ou en chatterie. Et même des chats non apparentés mais familiers, sont moins susceptibles d’être agressifs les uns envers les autres par rapport aux chats non apparentés et non familiers, suggérant que la familiarité, comme la parenté, entre en ligne de compte pour prédire de bonnes interactions sociales. Au sein d’un foyer avec plusieurs chats, il peut y avoir des conflits entre individus, ce qui serait une cause fréquente d’abandon dans des refuges. Toutefois, l'état actuel des connaissances ne permet pas d’affirmer (ou de confirmer) qu’un chat devrait vivre seul ou à plusieurs. Des études montrent que les différences de manipulation et d’élevage ainsi que les perturbations de l’environnement peuvent avoir autant ou plus d’effet sur les indicateurs physiologiques de détresse (niveau de cortisol), que le nombre de chats dans un foyer. Ainsi, il apparaît que ce sont plusieurs facteurs qui jouent sur les relations sociales : la parenté, le bon accès aux ressources (dont nourriture et espace), tout comme l’expérience antérieure. À noter qu’au sein d’un groupe, des conflits de forte intensité peuvent induire de la détresse pour certains individus. Il est important de la détecter.

Un attachement à l’humain

Autres mythes abordés : le lien avec l’humain et la socialisation des chats. Pour le premier, les travaux montrent de forts liens d’attachement avec le détenteur… Pour exemple, une étude qui s’est penchée sur les préférences des chats et dans laquelle des félins sont mis en face de plusieurs options : nourriture, jouet, objet odorant et leur détenteur. Il est apparu que l’interaction sociale avec l’humain était l’option préférée de la majorité des chats, suivie de la nourriture, qu’il s’agisse de chats de compagnie ou de refuge. D'autres études montrent que les chats de compagnie développent des liens d'attachement avec les personnes qui s'occupent d'eux (attachements sécurisés), et qu'ils pourraient être sujet à l'anxiété de séparation. Une autre étude se penche aussi sur une forme de communication non verbale qui gagne à être connue : le slow blink-matching, ou le clignement lent des yeux, consistant en des séries de demi-clignements suivi d’une fermeture ou d’un rétrécissement des yeux. Elle montre que ces clignements lents pourraient être une forme de communication émotionnelle positive entre chats et humains (lesquels doivent aussi cligner des yeux pour interagir !). Du côté de la socialisation, comme les chiens, les études suggèrent qu’exposer les chatons de manière précoce à différents stimuli environnementaux, chats et humains, est bénéfique pour leur comportement social (ils sont moins craintifs, notamment lors de l’exposition à des nouveaux stimuli) et leur développement cognitif, et donc in fine leur bien-être.

Des besoins d’enrichissement de l’environnement

Côté environnement, le mythe du chat qui demande peu d’entretien… est à oublier. Cinq piliers pour un environnement sain sont décrits : avoir un endroit sûr (avec perchoirs, cachettes ou accès dans des espaces extérieurs comme des patios fermés) ; disposer d’un accès sûr aux ressources clés (pour se nourrir, boire, faire les besoins, se reposer, faire les griffes) ; faire des jeux imitant les comportements de prédation ; profiter d'interactions positives avec les humains ; posséder un environnement qui respecte l’importance de l’odorat et de la communication olfactive du chat. Dans les études, a été mis en évidence une association entre un manque de stimulation et d’exercice, et des problèmes de comportement comme l’agression, l’élimination en dehors de la litière ou l’obésité. D’autres montrent que la présence de stress environnementaux, dont un enrichissement insuffisant, peut être associée à la cystite idiopathique féline, des troubles digestifs et la suralimentation émotionnelle. Une autre idée reçue, à tort, est que le chat ne peut pas être dressé. Pour preuve, la réussite de programmes de dressage au clicker dans des refuges. Ou encore l’apprentissage de comportements comme « assis », « couché », la marche en laisse ou des tours plus complexes. Cette capacité est aussi applicable pour préparer le chat à être plus coopératif dans le cadre de soins. Des recherches manquent encore sur les protocoles de dressage le plus adaptés au chat, mais cela inaugure de multiples implications pour leur bien-être : moindre recours à des pratiques de manipulations basées sur la peur ou le stress ; amélioration des comportements en foyer ; plus grandes opportunités d’enrichissement et d’attachement.

Sensibiliser les détenteurs

Comme le soulignent bien les auteurs, toutes ces croyances erronées (et d’autres encore – voir encadré) mettent à mal le bien-être du chat, tout comme le lien entre les félins et l’humain, à l’origine de stress social chronique pour l’animal voire de problématiques de santé. Casser les mythes, c’est aussi favoriser les adoptions des chats de refuge, tout en limitant les abandons en lien avec des attentes qui n’auraient pas été satisfaites. C’est aux professionnels travaillant avec les animaux, dont les vétérinaires, de sensibiliser le grand public sur ces sujets. À la maison, les interactions avec son chat doivent être « positives, cohérentes et prévisibles ». Travailler sur les capacités d’apprentissage de son chat favorise ces interactions positives… avec un avantage certain pour les chats d’intérieur à qui l’on pourrait apprendre à marcher en laisser permettant d’augmenter leur espace de vie. De manière générale, les interactions avec les humains sont bénéfiques, même s’il existe des préférences individuelles. Pour les conflits entre chats, certaines solutions empiriques semblent faire leurs preuves : fournir des espaces sûrs pour s’éviter si besoin, fournir assez de litières et de zones pour boire et manger… avec des individus ayant été soumis à une socialisation précoce et positive. Cette bonne socialisation participe à des interactions futures réussies avec les autres chats et les humains. Il est toutefois difficile de pouvoir prédire la façon dont des chats non familiers qui seraient mis ensemble au sein d’un foyer vont réagir. Davantage de recherches aideraient à progresser sur la connaissance du comportement félin.

Les autres mythes analysés

- La fréquence optimale d'alimentation des chats d'intérieur est bien établie et facile à mettre en œuvre.

- La couleur de la robe du chat est associée à sa personnalité et à ses traits de comportement.

- Les chats de race pure sont génétiquement moins sains que les chats de race aléatoire.

  • * Les deux articles sont le fruit d’un travail collectif entre des vétérinaires de l’université de Purdue et d’Oregon aux États-Unis, de l’université de Guelph au Canada et d’une spécialiste américaine du comportement félin. Voir : https://urlz.fr/nTQX ; urlz.fr/nTQR 
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