Vétérinaires ruraux : les épisodes de canicules et de sécheresse estivaux impactent-ils votre quotidien ? - La Semaine Vétérinaire n° 2005 du 06/10/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2005 du 06/10/2023

Expression

EXPRESSION

Auteur(s) : Propos recueillis par Chantal Béraud

Selon les praticiens interrogés – même si les éleveurs de porcs ou de volailles en bâtiment ont réfléchi depuis longtemps déjà à comment s’adapter aux pics de chaleur –, en élevage bovin, surtout en prairie naturelle, des solutions d’urgence doivent encore être trouvées. 

Jocelyn Amiot (L04) 

Praticien mixte à dominante bovine à Épinac (Saône-et-Loire)

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Réfléchir collectivement à des solutions

En raison des canicules, notre quotidien est bouleversé : le plus possible, nous programmons en rurale les manipulations entre 7 h 30 et midi, et consacrons nos après-midi aux animaux de compagnie. Cette chaleur affecte en particulier fortement l’élevage des bovins en prairie. Par exemple, comme il y a une diminution de la fertilité des taureaux, certaines vaches sont non gestantes ou vêlent plus tard l’année suivante. Par conséquent, cela oblige les agriculteurs à les rentrer en juin-juillet, notamment pour éviter de trop forts coups de chaleur aux jeunes veaux. De plus, comme une vache a besoin de 100 à 120 litres d’eau par jour en période de canicule, et que des réserves naturelles ou des puits s’assèchent, certains agriculteurs doivent organiser une logistique compliquée pour les abreuver, parfois même avec de l’eau potable du réseau ! En élevage laitier, cette situation entraîne aussi une baisse de fertilité, une moindre production laitière, plus d’acidose du rumen, etc. En bref, la situation s’aggrave et il serait temps d’avoir une réflexion collective réunissant chambres d’agriculture, syndicats, groupements de défense sanitaire, groupements techniques vétérinaires, praticiens vétérinaires, localement, voire nationalement…

Franck Bouchet (N97)

Conseiller en filière porcine (Cybelvet) et praticien à Étrelles (Ille-et-Vilaine)

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Un quotidien bien rempli mais déjà adapté

Il y a deux types de stress thermique : les montées de températures brutales et la chaleur en période estivale. Lors des pics de température, s’il n’y a pas de modification du rythme ou des quantités de l’alimentation, des mortalités peuvent survenir, en particulier chez les reproducteurs ou les porcs charcutiers en fin d’engraissement. Mais les éleveurs sont majoritairement sensibilisés à ces problématiques. Pour beaucoup, ils se sont équipés de divers systèmes de refroidissement des bâtiments (cooling, brumisateurs, etc.). Cependant, les températures estivales entraînent souvent une réduction des performances de croissance et de reproduction. Les moyens pour minimiser ces effets sont de respecter les fondamentaux de l’élevage, dont la densité, le réglage de la ventilation et l’accessibilité à l’eau… Il existe aussi des systèmes pour réduire la chaleur au niveau des fenêtres : films antichaleur, volets de protection pour faire de l’ombre… En bref, les éleveurs ont besoin d’être rassurés et d’avoir des conseils en début de périodes estivales.

Patrick Chabrol (L89)

Praticien en filière volailles à Bourg-en-Bresse (Ain)

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Des conseils de gestion dès avril

La zootechnie en bâtiment a déjà beaucoup progressé en ce qui concerne la ventilation (turbines d’extraction, vitesses d’air augmentées), la brumisation, etc. À partir du printemps, nous rappelons aux éleveurs de se préparer aux canicules, en vérifiant par exemple les buses de nébulisation. En production de type poulet Label Rouge, les souches dites « cou nu » sont naturellement moins sensibles à la chaleur. En pondeuses « œuf de consommation », les formules d’aliment sont adaptées aux fortes chaleurs et aux sous-consommations attendues. Au-delà de 30 °C, et surtout 35 °C, il faut être vigilant pour ne pas avoir de mortalité, les densités doivent être réfléchies à la baisse mais c’est difficile. Les apports d’électrolytes (sel, bicarbonate de sodium) permettent d’améliorer la réhydratation et de lutter contre l’acidose respiratoire (conséquence de l’hyperventilation). La qualité de l’eau d’abreuvement a également beaucoup progressé et la plupart des volailles consomment de l’eau du réseau. Il se produit quand même parfois des baisses de performance en termes de reproduction et de croissance.

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