Recrudescence de cas de maladie de Carré en France - La Semaine Vétérinaire n° 2005 du 06/10/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2005 du 06/10/2023

Épidémie

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Pierre Dufour

De nombreux cas de maladie de Carré ont été rapportés dans la SPA de Périgueux (Dordogne) et plus largement dans le Sud-Ouest.

Après le décès de 3 chiens, pourtant vaccinés, la Société protectrice des animaux (SPA) de Périgueux (Dordogne) s’est vue dans l’obligation de fermer ses portes pendant 3 semaines à partir du 16 septembre. Éliane Rigaux, sa présidente, raconte : « Cela a commencé par un chien qui a fait des crises d’épilepsie. Une ponction de LCS a permis de mettre en évidence qu’il était atteint de maladie de Carré. Puis deux cas ont suivi. » Commence alors un isolement des animaux atteints, et des tests systématiques vont être réalisés sur les 58 chiens du refuge. « C’est dramatique pour nous psychologiquement et financièrement. Tous les chiens ont pourtant suivi un protocole vaccinal complet. Après une première batterie de tests, 9 chiens sur 15 sont revenus positifs. On ne comprend pas. La SPA de Périgueux travaille activement avec Scanelis pour tester les animaux et séquencer le virus », poursuit-elle.

Des analyses en cours pour essayer de trouver la source de l’épidémie

Corine Boucraut-Baralon (T85), directrice scientifique du laboratoire d'analyses vétérinaires Scanelis, explique : « Depuis quelques semaines, on note une recrudescence des cas confirmés de maladie de Carré, surtout dans le Sud-Ouest (Dordogne, Pyrénées-Orientales, Haute-Garonne), mais aussi dans le Gard et l'Hérault, principalement dans des refuges, mais aussi chez des chiens de particuliers, alors qu’on diagnostiquait moins de 10 cas par an dans notre laboratoire depuis au moins dix ans (à l'exception d'un foyer au sein d'une association en 2016). Cette maladie est actuellement très présente dans la faune sauvage avec des souches virales différentes des souches d'origine canine. » La maladie est très contagieuse et le virus peut être détecté également chez des animaux a priori correctement vaccinés (souvent à l'âge adulte dans les refuges) et qui s’infectent sans toujours déclarer de signes cliniques, mais peuvent être une source de diffusion du virus. D’un point de vue épidémiologique, le portage asymptomatique est un problème important car il peut durer plusieurs semaines, avec une contamination possible de chien à chien par aérosols et contacts avec les fluides corporels, car le virus est peu résistant dans le milieu extérieur. Notre consœur ajoute : « C’est encore trop tôt pour analyser l'origine de cette recrudescence. Il faudrait trouver la ou les sources de contamination, qui avait été, au début des années 2000, des importations de chiens d’Europe de l’Est avec comme conséquence plusieurs centaines de cas par an en France principalement sur de jeunes chiots. Les premiers résultats de séquençage confirment qu’une souche unique semble actuellement être à l’origine des différents foyers quelle que soit l’origine géographique et qu’elle reste significativement différente génétiquement des souches isolées dans la faune sauvage récemment. »

Une possible erreur dans le protocole de vaccination

Stéphane Bertagnoli (T88), enseignant chercheur en virologie-maladies infectieuses à l’École nationale vétérinaire de Toulouse, rappelle que « ce n’est pas une maladie suivie par les organismes sanitaires, il n’y a donc pas de réseau d’épidémiosurveillance. Pour ce virus, la faune sauvage ne constitue généralement pas un réservoir, mais représente plutôt des espèces indicatives, victimes et périphériques de contaminations péridomestiques. Il n’y a jamais eu vraiment d’arrêt de circulation de virus, il suffit d’une vaccination moins bien pratiquée pour voir des cas réapparaître ». D’après lui, c’est plutôt le protocole de vaccination qui est incriminé et la source de la recrudescence de cas : « Les vaccins contre les Morbillivirus (comme la peste bovine, la peste des petits ruminants ou la rougeole) sont très efficaces, je ne crois pas du tout à un échappement vaccinal dû à une dérive antigénique. La durée d’immunité, lorsque la primovaccination est correcte est en plus très longue : 3 ans minimum. Le problème vient plutôt d’un défaut dans le protocole de vaccination : possibles interférences avec des anticorps maternels, contexte d’infection défavorable (forte pression d’infection, vaccination d’animaux en incubation, animaux en mauvais état général), mauvais stockage du vaccin qui est fragile, etc. » En l’absence d’informations complémentaires sur les protocoles de vaccination réalisés et le contexte épidémiologique, il est prématuré de conclure à ce stade sur l’origine de ces foyers.

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