Raisonner la vaccination pour réduire le risque d’effets indésirables - La Semaine Vétérinaire n° 2005 du 06/10/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2005 du 06/10/2023

Prévention

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Tanit Halfon

Dans une récente publication, le Comité consultatif européen sur les maladies félines rappelle que les effets indésirables associés à la vaccination restent rares. Le respect de quelques règles de bonnes pratiques, faciles de mise en œuvre, permet de les limiter.

Quels sont les risques associés à la vaccination chez le chat ? Comment les éviter ? Ces deux questions ont fait l’objet d’une récente publication1 du Comité consultatif européen sur les maladies félines, ABCD (European Advisory Board on Cat Diseases), parue en juillet 2023 dans la revue Viruses. Dans cet article, le Comité a passé en revue les dernières données de la littérature sur les effets indésirables liés à la vaccination féline. Il n’y a pas de nouveautés, mais des rappels toujours utiles à revoir. Premier d’entre eux : « Les réactions indésirables restent rares, bien que probablement sous-déclarées », indique Étienne Thiry (LIÈGE 80), membre de l’ABCD, et professeur émérite de virologie à la faculté de médecine vétérinaire de Liège (Belgique). En outre, « même en cas de déclaration, il est toujours difficile d’établir une relation causale ».

Relativiser les réactions systémiques non spécifiques

Les réactions les plus fréquemment observées après un vaccin sont des réactions systémiques non spécifiques type apathie ou hyperthermie qui apparaissent dans les 24 à 72 heures suivant la vaccination ; ainsi que les réactions locales au site d’injection (gonflement, irritation, érythème, alopécie, douleur, rarement abcès). « Ces réactions sont communément définies comme des réactions indésirables. Mais les virologistes et immunologistes, dont je fais partie, considèrent qu’il ne s’agit que de réactions physiologiques, nuance Étienne Thiry. Le principe du vaccin est, en effet, de stimuler la réponse immunitaire de l’organisme. La réaction inflammatoire observée au site d’injection est une réponse immunitaire innée souhaitée, en lien avec la libération de cytokines et chimiokines, inducteurs par la suite d’une réponse immunitaire adaptative. Chez certains individus, cette réaction physiologique peut être exacerbée ce qui provoque des signes cliniques transitoires. L’importance de ces réactions est donc à relativiser. » Autre effet, potentiellement plus grave : les réactions d’hypersensibilité. Celle de type I est la plus alarmante, avec des signes aigus pouvant aller jusqu’au choc anaphylactique. Les études montrent que les vaccins inactivés, et ceux avec adjuvants sont plus susceptibles d’être associés avec ce type de réaction. Les données sont moins robustes pour les autres de types II, III et IV.

Tous les vaccins injectables sont associés à un risque de sarcome félin

La littérature est beaucoup plus prolixe en ce qui concerne le risque d’apparition de sarcome félin. « Notre travail de révision a confirmé ce que l’on connaissait déjà. D’une part, les vaccins ne sont pas les seuls éléments associés au développement d’un sarcome. Des injections de médicaments à action prolongée le sont aussi dans certains cas : glucocorticoïdes, pénicilline, lufénuron, cisplatine, méloxicam. D’autre part, une inflammation chronique n’est pas systématiquement associée au développement d’un sarcome », indique Étienne Thiry. Dans le détail, dans les cas où est montrée une association entre une injection vaccinale et l’apparition d’un sarcome, certaines données ont suggéré un risque plus élevé avec les vaccins avec adjuvants. Toutefois, on ne peut pas exclure le développement d’un sarcome avec des vaccins atténués. De fait, la seule chose que l’on puisse dire est que tous les vaccins injectables pourraient provoquer un sarcome. En ce qui concerne l’inflammation chronique, il a été démontré que les vaccins avec adjuvants induisent des niveaux d’intensité d’inflammation tissulaire plus élevés que ceux sans adjuvants. Mais il n’a pas été établi de lien causal établi entre le phénomène d’inflammation chronique et la tumorisation. En outre, on ne connaît pas le mécanisme qui fait qu’une réaction inflammatoire chronique aboutira à un processus tumoral. Autre donnée pour le risque du sarcome : il a été démontré que les vaccins administrés froids étaient associés à un risque plus élevé de sarcome par rapport aux vaccins préalablement mis à température ambiante. À noter que si une prédisposition génétique a été suggérée pour le sarcome, cette hypothèse n’a pas encore été confirmée.

D’autres réactions indésirables sont décrites dans l’article, mais elles sont plus anecdotiques ou manquent de données robustes.

Adapter le protocole vaccinal à l’animal

Les données partielles disponibles (dont certaines sont contradictoires), tout comme l’absence de relations de cause à effet, n’empêchent pas de pouvoir proposer des méthodes de réduction du risque. Étant entendu que la vaccination féline est un acte préventif essentiel : « Le risque de réactions indésirables est très faible par rapport au risque de développer une maladie infectieuse potentiellement mortelle », souligne bien Étienne Thiry. Il s’agit alors de « vacciner aussi souvent que nécessaire, mais aussi rarement que possible ». Pour ce faire, il convient de raisonner la vaccination, avec un calendrier adapté à chaque individu suivant le risque d’exposition aux pathogènes d’intérêt, afin de réduire le nombre de vaccins… et donc d’injections sous-cutanées et de réactions inflammatoires. Très concrètement, « on ne pourra pas intervenir au niveau de la primovaccination, précise Étienne Thiry. Ce sera possible par contre au niveau des rappels vaccinaux, suivant l’évaluation du risque. On pourrait éventuellement s’aider des tests de détection2 des anticorps ». Pour le risque de sarcome, il convient de ne pas injecter au niveau des zones où la résection de la tumeur sera difficile, ce qui exclut d’emblée la zone interscapulaire. Les sites à privilégier sont la partie distale du grasset et du coude, mais aussi la queue. « À titre personnel, quand l’acte vaccinal est complexe à réaliser par exemple dans le cadre de campagne de vaccination de chats de refuge, il vaut mieux vacciner en interscapulaire, que de ne pas vacciner du tout », convient Étienne Thiry. À ce stade, les données ne sont pas suffisantes pour avoir des recommandations relatives au type de vaccin à utiliser.

Surveiller en post-vaccinal

La surveillance du site de vaccination est aussi essentielle, afin de détecter précocement toute masse. Il est conseillé d’appliquer la règle des « 3-2-1 » : on procédera à des biopsies ou une exérèse totale de la masse si : 1) elle est toujours présente 3 mois après la vaccination ; 2) si son diamètre est supérieur à 2 cm ; 3) ou si sa taille augmente 1 mois après la vaccination. D’autres recommandations générales sont à suivre : utiliser une aiguille neuve pour administrer le vaccin ; l’injecter à température ambiante (pour cela, on peut sortir les flacons de diluant le matin). Les flacons multidoses ont été associés au développement de sarcome : à exclure donc. Les injections intramusculaires sont à proscrire, car on observe la même fréquence de développement des tumeurs intramusculaires, qui sont de plus moins faciles à détecter précocement que les tumeurs sous-cutanées. De manière générale, les vaccins à longue durée d’immunité sont à privilégier. Les vaccins intranasaux seraient logiquement préférables aux vaccins injectables, mais ils ne sont pas disponibles. À noter : étant entendu que l’administration sous-cutanée de substances irritantes à longue durée d’action (glucocorticoïdes, pénicilline…) est aussi associée au risque de sarcome, il est recommandé d’éviter leur administration.

En ce qui concerne le risque de réactions d’hypersensibilité, un chat qui fera une première réaction n’en fera pas forcément au vaccin suivant. Toutefois, il convient de prendre des précautions : réduire aux vaccins essentiels ; changer le type de vaccin avec si possible des vaccins vivants atténués sans adjuvants ; administrer des antihistaminiques entre 15 et 30 minutes avant la vaccination ; garder l’animal sous surveillance à la clinique pendant 30 minutes après la vaccination et avertir son détenteur de poursuivre la surveillance pendant encore quelques heures à la maison.

Quel discours tenir au détenteur de l’animal ?

Pour Étienne Thiry, l’idée est d’informer et de rassurer. « Trois points me semblent importants : d’abord, dire que les réactions indésirables sont rares. Et que dans l’analyse coût/bénéfice, le vaccin l’emporte de loin. De plus, il faut montrer que l’on prend toutes les précautions possibles pour réduire ces risques. Enfin, lors de la visite vaccinale, le fait de prendre le temps avec le détenteur pour un examen clinique, et pour une évaluation du risque, permettra de le rassurer sur les bonnes pratiques professionnelles de la structure. »

  • Pour aller plus loin : se référer aux indications et aux fiches d'information disponibles sur le site de l’ABCD : http://www.abcdcatsvets.org
  • 1. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37632050/
  • 2. bit.ly/3re3JRk
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