Le rôle central du vétérinaire dans la vaccination contre l’influenza aviaire - La Semaine Vétérinaire n° 2005 du 06/10/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2005 du 06/10/2023

Conférence SPACE

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Samuel Sauvaget

Véritable chef d’orchestre, le vétérinaire assume à la fois le contrôle des pratiques vaccinales et la surveillance active des lots vaccinés. Avec en toile de fond, la maîtrise de la traçabilité.

La nouvelle édition du Space, salon international de l'élevage, s’est tenue du 12 au 14 septembre dernier à Rennes. Elle a été le cadre d’une matinée de conférences organisée par l’Association mondiale vétérinaire d’aviculture (Avma) sur les actualités en pathologie aviaire. Cette année, le thème exclusif retenu était la vaccination contre l’Influenza aviaire hautement pathogène (IAHP). Quatre organismes ou administrations, acteurs majeurs dans sa mise en route, étaient invités à la tribune : la direction générale de l'Alimentation, représentée par la sous-directrice de la santé et du bien-être animal Karen Bucher ; l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), représentée par Nicolas Eterradossi, directeur du laboratoire de Ploufragan (Côtes-d'Armor) où ont eu lieu les essais de vaccination des canards ; l’École nationale vétérinaire de Toulouse, représentée par le professeur Jean-Luc Guérin de l’unité de pathologie aviaire ; la Société nationale des groupements techniques vétérinaires, représentée par Jocelyn Marguerie (N02), vétérinaire et président de la commission aviaire. Comme l’ont rappelé les orateurs, la campagne de vaccination qui va s’ouvrir à partir de début octobre (lire encadré), est une première mondiale avec un objectif d’éradication de la maladie. Elle a nécessité une préparation qualifiée de « pharaonique ». Le vétérinaire sanitaire des élevages de canards y joue un rôle essentiel et central, avec des actions à tous les niveaux.

Formation et traçabilité

En tant que responsable de la vaccination, il doit assurer la formation des personnes autorisées à la pratiquer sous sa délégation, c'est-à-dire les équipes professionnelles d’intervention en élevage et les éleveurs qui souhaiteront administrer eux-mêmes le vaccin à leurs animaux. Cette formation aborde les aspects techniques (matériel d’injection, geste spécifique, cadences), réglementaires (traçabilité des lots, récupération des doses en surplus…) et la biosécurité de l’intervention (tenue de protection, hygiène, barrières sanitaires…) [NDLR : les formations ont commencé la semaine du 25 septembre]. Étant entendu que le vétérinaire lui-même pourra évidemment pratiquer la vaccination.

Le vétérinaire sanitaire est en charge de la prescription et la délivrance du vaccin1. Ce qui lui confère un rôle également central dans la traçabilité de la vaccination. Avec d’abord, la collecte des informations de mise en place des canards dans les exploitations (nombre de canards, numéro INUAV (identifiant national unique d’un atelier de volailles) des bâtiments, date de mise en place), et celle des dates de vaccination (protocole d’injections à J10 et J28) qui vont lui permettre de prescrire et délivrer les flacons de vaccin. Les commandes de vaccins se feront sur la plateforme Calypso, ce qui permettra de faciliter le suivi avec l’enregistrement des lots de vaccins, des ordonnances, l’édition de certificats de vaccination, l’enregistrement des visites de surveillance et la récupération des doses en excès.

Organiser la surveillance

Le vétérinaire sanitaire doit aussi contrôler en présentiel le bon déroulé des chantiers de vaccination, a priori dans au minimum 10 % des élevages, incluant au moins une présence obligatoire chez les éleveurs qui pratiqueront la vaccination eux-mêmes pour la première fois. Ces audits permettront de corriger les éventuelles erreurs dans une démarche d’amélioration continue.

La vaccination est associée à un protocole de surveillance stricte afin de détecter toute circulation virale qui se ferait à bas bruit. Le principe retenu est de contrôler les élevages vaccinés tous les 30 jours à partir de la mise en place (voir tableau). Le vétérinaire devra établir un certificat de bonne santé et procéder à des prélèvements pour analyse virologique (PCR sur 60 écouvillons trachéaux ou oropharyngés) à chaque visite et des sérologies à la troisième visite (20 prises de sang pour contrôle d’un éventuel passage sauvage). À cela s’ajoute une surveillance passive effectuée par les éleveurs avec des écouvillons hebdomadaires sur sujets morts. Un contrôle de la prise vaccinale est logiquement prévu, avec une sérologie (pour mesurer les anticorps vaccinaux) qui serait à faire lors de la deuxième visite de surveillance sur un échantillon de 20 canards. Les résultats de ces dosages participeront à l’amélioration continue des pratiques de vaccination et alimenteront la base de données démarrée avec les essais pratiqués l’an dernier par l’Anses.

Toutes ces missions impliquent beaucoup de travail et d’organisation pour les cabinets vétérinaires. Ainsi que pour les vétérinaires eux-mêmes qui devront assurer les visites (audits et surveillance), et pour le personnel non vétérinaire qui se verra déléguer les tâches administratives (commandes des vaccins, organisation des visites, transmission des comptes rendus) tout en devant se familiariser avec la plateforme Calypso2. Cette dernière a fait l'objet d'un développement spécifique, avec un module dédié à la vaccination influenza. C'est déjà opérationnel, mais avec d'autres fonctionnalités qui suivront à la mi-novembre..

Les grandes lignes de la campagne de vaccination

Tous les canards commerciaux devront être vaccinés sur tout le territoire hexagonal et toute l’année à compter du 2 octobre prochain. Cela représente 64 millions de canards. Les reproducteurs ne sont pas concernés par cette obligation, mais pourront accéder à la vaccination si les issus ne sont pas concernés par l’export. Le vaccin retenu est le Volvac B.E.S.T. AI+ND de Boehringer Ingelheim avec un protocole de deux injections à 18 jours d’intervalle.

  • 1. Serviphar assure l’approvisionnement des cabinets vétérinaires.
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