Soigner la relation humain-animal - La Semaine Vétérinaire n° 2003 du 22/09/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2003 du 22/09/2023

Nouveau métier

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Propos recueillis par Tanit Halfon

La communication est un élément clé d’une consultation. Mais parfois, le détenteur de l’animal n’est pas en mesure d’entendre ce que propose son vétérinaire. C’est là qu’intervient Gaëtane Marquet Liagre. Vétérinaire, passée par la clinique, puis l’industrie du diagnostic vétérinaire, elle se propose désormais, en tant que coach en relation humain-animal, d’aider les propriétaires à surmonter certains de leurs blocages. Entretien.

Pourquoi avoir lancé votre activité ? En quoi consiste-t-elle ? Comment vous positionnez-vous par rapport aux vétérinaires cliniciens, notamment formés en comportement, ou encore aux éducateurs ?

En clinique, je faisais souvent face à des situations dans lesquelles la prescription d’une thérapie comportementale n’amenait pas les résultats escomptés, du fait de certains blocages des propriétaires. En tant que praticienne, ce n’était pas vraiment mon rôle d’aider à les surmonter, et je n’en avais pas non plus le temps. Mais j’ai toujours eu un attrait particulier pour l’optimisation du lien qui se construit entre un animal et son détenteur. D’où mon idée de reconversion vers le coaching de cohabitation humain-animal, en passant par un diplôme universitaire.

Mon rôle est désormais d’accompagner les propriétaires au début de leur relation avec un nouvel animal, ou lorsque cela ne se passe pas bien. Je m’attache à travailler sur leurs compétences relationnelles, chacun d'entre eux pouvant avoir des freins cognitifs ou émotionnels. Par exemple, pour certains, les conseils préconisés en matière de comportement vont à l’encontre de la vision qu’ils ont de la relation à l’animal : il faut donc forcément en passer par un travail sur eux-mêmes pour que les conseils des vétérinaires, ou des éducateurs, puissent être mis en place. C’est à ce niveau que j’interviens : je les accompagne dans leur évolution personnelle afin qu’ils intègrent ces nouvelles conduites.

Comment se déroule une intervention ?

On peut envisager des séances de coaching individuelles ou en famille, en ligne ou en présentiel. Cela peut se faire en amont d’un projet d’adoption, par exemple lors du délai de réflexion imposé par le nouveau certificat de cession. Il y sera essentiellement question de communication, d’assertivité… Nous travaillerons le rôle du détenteur dans la relation nécessairement asymétrique qu’il commence avec son animal.

Lors de situations relationnelles problématiques, ce qui concerne la majorité de mes séances, je rencontre deux principaux cas de figure. Dans l'un, il s’avère que la relation avec l’animal est décevante pour le propriétaire qui projetait des attentes sur lui. Cette situation est délicate à gérer, car la faute est généralement rejetée sur l’animal. Cela est vécu comme un échec. Certaines personnes ont même déjà l’idée d’abandon en tête, et je les accompagne alors, afin que cela se passe pour le mieux. Dans l’autre, il s'agit d'une relation stressante pour le propriétaire en lien avec des troubles de communication. Je peux avoir affaire à des problématiques d’hyperattachement, ou encore de manque de leadership. Ici, le propriétaire n’a plus la capacité de trouver des solutions, ni d'appliquer les conseils des vétérinaires. Nous commencerons par la gestion de son propre stress.

En cas de descriptions de comportements à risque, ou d’anxiété trop marquée chez l’animal, je renvoie à la consultation vétérinaire, qui peut être aussi envisagée en parallèle de mon accompagnement.

Est-ce uniquement la relation avec le chien qui est visée ?

Généralement oui. Concernant le chat, j’ai accompagné jusqu’à présent des personnes qui n’arrivaient pas à faire face au deuil de leur compagnon.

Autre motif d’intervention : la phobie vis-à-vis d’un animal chez l’enfant, lorsque l’évitement associé devient un réel handicap. Je compte aussi faire des interventions dans les écoles sur les bons gestes à adopter avec le chien, pour la prévention des morsures et la sensibilisation au respect de l’animal.

Êtes-vous la première à proposer ce genre de services ?

À ma connaissance, oui. Dans la problématique relationnelle, le coaching, ce n’est pas de la thérapie : je n’interviens pas sur le pourquoi du problème, mais sur le comment en sortir. L’objectif est de rechercher une solution opérationnelle. Ce n’est pas non plus du conseil. Ma formation de vétérinaire me permet cependant d’avoir une bonne connaissance du répertoire comportemental de l’animal, de ses capacités émotionnelles et cognitives, ce qui permet un accompagnement plus éclairé. Le but est que le propriétaire devienne acteur de son changement, et que les solutions qu’il imagine, ou s’approprie, entrent enfin dans ses possibilités d’application.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr