L’intérêt du régime vegan pour les chats une nouvelle fois discuté - La Semaine Vétérinaire n° 2003 du 22/09/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2003 du 22/09/2023

Nutrition

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Claire Marion

Après s’être attaqué au régime alimentaire des chiens, Andrew Knight, fervent défenseur de l’alimentation végétale pour les carnivores domestiques, publie une nouvelle étude consacrée aux chats.

Dans une publication d'avril 20221, le chercheur Andrew Knight (Centre for Animal Welfare, université de Winchester, Royaume-Uni) arguait que les chiens nourris avec un régime végan seraient en meilleure santé que les autres2. Il revient à la charge avec une étude similaire consacrée aux chats3.

Conflits d'intérêts et sensationnalisme

Pour commencer, il convient de préciser que l'auteur principal, Andrew Knight, est un vétérinaire australien lui-même végan, très impliqué dans la volonté de démontrer l'innocuité et même la supériorité de ce régime pour les chiens et les chats. Il est ainsi à l'origine de plusieurs livres, articles, et conférences sur ce thème. Ses propos sont fortement relayés par les associations véganes anglo-saxonnes. Ce nouvel écrit a même été financé par l'association ProVeg International. La question d'un manque d'impartialité peut donc se poser.

Par ailleurs, ce document, publié dans le journal PLOS One en date du 13 septembre 2023, a été transmis à la presse avant cette date et placé sous embargo. Pour quelles raisons ? Aucune conclusion particulièrement décisive n'en ressort pourtant... Il est même indiqué dans l'abstract de l'article : « No [risk] reductions were statistically significant. » Quel intérêt de cet embargo alors ? Sans doute pour donner plus de poids et de portée à cette étude, car cela amènera la presse à en parler dès que celui-ci sera levé.

Des résultats issus de réponses des propriétaires

Les données sont issues de questionnaires distribués à des propriétaires de chats, qui ont répondu par Internet : rien à voir avec une étude clinique en double aveugle donc ! Demander à un propriétaire d'avoir un jugement sur la santé de son animal, ou de se souvenir d'éléments parfois anciens sur celle-ci, est un risque important de créer des biais. D'ailleurs, une étude a montré que les détenteurs d'animaux nourris avec un régime sans produits animaux sont souvent eux-mêmes végétariens ou véganset ont une image plus positive de la santé de leur compagnon à quatre pattes5.

Certains répondants ont même été recrutés sur des groupes Facebook consacrés à l'alimentation non conventionnelle pour animaux. Or, chacun sait combien ces derniers, de par leur caractère fermé, ont un regard peu objectif sur des pratiques qu'ils jugent les seules recevables…

Une alimentation variable et non contrôlée

Dans l'étude, deux groupes sont identifiés : les chats nourris avec un régime végan, et ceux nourris avec un régime à base de viande. Dans ce second groupe, sont rassemblés des chats avec une alimentation industrielle carnée, et d’autres avec des rations à base de viande crue. Or, les risques – notamment sanitaires et de déséquilibre nutritionnel – de ces rations crues sont importants et peuvent impacter la santé des animaux qui les consomment. Difficile donc de regrouper des animaux qui sont alimentés de façon aussi différentes, et d’en tirer des conclusions.

En outre, dans les deux groupes, les friandises ne sont pas prises en compte, ainsi que la chasse pour les animaux ayant accès à l'extérieur. Impossible donc de dire dans quelle proportion les chats considérés comme végans le sont en fait exclusivement…

Des prédispositions sans lien avec la nourriture

Comme dans l'étude précédente consacrée aux chiens, le critère de race n'a pas été retenu. Or certaines maladies ont une prédisposition raciale, plus qu'un lien avec l'alimentation (troubles cardiaques ou rénaux par exemple). Si des races sont plus représentées dans l'un ou l'autre des groupes, les résultats ne sont donc pas exploitables… D'ailleurs, le seul résultat significatif concernant la fréquence de certaines affections est la plus grande proportion de maladies rénales dans le groupe des chats nourris avec un régime végan. Face à cela, les auteurs cherchent alors à en minimiser l'importance en mettant en avant la génétique, la race, ou encore une erreur diagnostique…

Des conclusions parfois hâtives

Pour juger de l'état de santé des chats, l'un des critères étudiés est le nombre de visites chez le vétérinaire. Or les propriétaires n'avaient que deux choix de réponses : 0-1 visite / 2 visites et plus ; les auteurs estimant qu'au-delà d'une visite, l'animal qui avait consulté était potentiellement malade. Mais rien ne nous dit que celui-ci n'a pas été vu pour un bilan de santé sans lien avec une pathologie particulière, ou, par exemple, pour un abcès ou une blessure qui n'aurait aucun rapport avec l'alimentation.

Idem pour l'administration de médicaments : un animal qui en prend moins est-il forcément moins malade ? Ou juste moins médicalisé ? Choix, qui dans ce cas précis, est souvent fait par les propriétaires végans1

De même, l'une des tendances fortes mises en avant par cet article, est le passage à un aliment diététique plus fréquent chez les chats nourris à base de viande. Or généralement, c'est le vétérinaire qui conseille ce type d'alimentation, après une consultation et un diagnostic précis. Mais un chat qui restera sur une alimentation végane classique parce que le diagnostic de sa maladie n'a pas été fait, ou parce que son propriétaire refuse de passer à un aliment diététique non végan, est-il pour autant moins malade ? Conclure que les chats végans, consommant moins d'aliments diététiques, sont en meilleure santé est un peu rapide.

Ainsi, cette nouvelle étude n'apporte aucun élément nouveau et pertinent sur l'intérêt d'un régime végan chez le chat. De nombreux biais sont présents et l'effectif des animaux végans étudiés est faible. Des recherches en clinique à plus grande échelle, menées par des vétérinaires, restent nécessaires pour conclure sur un éventuel bénéfice de ce type d'alimentation.

  • Bibliographie
  • 1. Knight A., Huang E., Rai N., et al. Vegan versus meat-based dog food : guardian-reported indicators of health. PLOS One. 2022;17(4):e0265662. urlz.fr/nEqw 
  • 2. « Le régime végan, vraiment meilleur pour les chiens ? », La Semaine Vétérinaire n° 1943 du 6 mai 2022. urlz.fr/nEqB 
  • 3. Knight A, Bauer A., Brown H. Vegan versus meat-based cat food : guardian-reported health outcomes in 1,369 cats, after controlling for feline demographic factors. PLOS One. 2023;18(9):e0284132. urlz.fr/nEqI
  • 4. Dodd S.-A.-S., Cave N.-J., Adolphe J.-L., et al. Plant-based (vegan) diets for pets : a survey of pet owner attitudes and feeding practices. PLOS One. 2019;14(1):e0210806. urlz.fr/nEqV
  • 5. Preylo B., Arikawa H. Comparison of vegetarians and non-vegetarians on pet attitude and empathy. Anthrozoos. 2008;21:387‑95. urlz.fr/nEre
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