Fièvre aphteuse : la vigilance est de mise - La Semaine Vétérinaire n° 2003 du 22/09/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2003 du 22/09/2023

Maladie réglementée

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Clothilde Barde

Du 14 au 16 juin 2023, s’est tenue une formation inédite portant sur la lutte contre la fièvre aphteuse (FA) diligentée par la direction générale de l’Alimentation (DGAL) et organisée par la Commission européenne de lutte contre la FA (EuFMD) avec l'établissement d'enseignement et de recherche VetAgro Sup.

Relancer les réflexions sur la planification et sur la préparation pour faire face à une introduction de FA sur le sol français était l’objectif de la formation organisée par l’École nationale des services vétérinaires/France Vétérinaire International (ENSV-FVI) – école interne de VetAgro Sup –, la DGAL, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) et la Commission européenne de lutte contre la FA (EuFMD). Proposée aux coordonnateurs régionaux « plans d’intervention sanitaire d’urgence » de la FA, elle s'est déroulée du 14 au 16 juin 2023. À cette occasion, la situation épidémiologique mondiale de la maladie, les risques d’introduction sur le territoire national, les connaissances sur la pathogénie, les enquêtes épidémiologiques amont/aval lors de suspicion, et enfin, les modalités de déploiement des mesures de gestion de la FA, ont été abordés.

Des risques réels pour le cheptel français

En effet, pour rappel, au-delà des quelques foyers, rapidement maîtrisés, détectés en 2001 suite à une épizootie au Royaume-Uni, le dernier cas de FA « endémique » identifié sur le territoire français date de 1981. La vaccination obligatoire a ensuite été interrompue en France en 1991. L'Hexagone jouit actuellement d’un statut indemne de FA sans vaccination, reconnu par de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), permettant l’exportation d’animaux vivants et de produits animaux. Cependant, cette maladie reste considérée comme l’une des plus contagieuses et dévastatrices pour les élevages de ruminants (bien que non contagieuse à l’homme). Or, comme l’a indiqué Labib Bakkali-Kassimi, responsable du Laboratoire de référence pour la FA au sein du laboratoire de santé animale de l’Anses, des foyers, pour certains inattendus, ont été rapportés récemment dans plusieurs régions du monde. Selon lui, la dynamique du virus est imprévisible (en termes de mouvements et de variation antigénique) et il représente un risque permanent pour l’Europe. « La FA est aux portes de la France (actuellement aux Comores, en Afrique du Nord, et dans la région anatolienne turque) et il est donc important de rester vigilant et d’être bien préparé à une éventuelle introduction », a-t-il prévenu.

Un plan d’intervention sanitaire d’urgence

Face à cette menace, la DGAL, et notamment la mission des urgences sanitaires, a rappelé que la gestion de crises sanitaires en France s’appuie sur le dispositif interministériel ORSEC (organisation de la réponse de la sécurité civile) avec une répartition des rôles aux différents échelons (national, régional et départemental). Puis, des échanges nourris ont montré qu'une bonne préparation contre l’introduction et la propagation de cette maladie, requiert une animation des réseaux pour la mise à jour des plans d’intervention, mais aussi que l’activation des exercices de simulation ainsi que la mise en place d’une formation continue régulière des acteurs impliqués sont nécessaires. Il a été également suggéré un renforcement des collaborations entre les services vétérinaires, VetAgro Sup et l’EuFMD.

Une stratégie vaccinale réfléchie

Enfin, Pascal Hudelet (vétérinaire, Boehringer Ingelheim) a présenté les banques de vaccins et d’antigènes mobilisables en cas d’introduction de la FA en France. Comme l’a indiqué la DGAL, « sur décision gouvernementale uniquement, des vaccins pourraient être produits en urgence selon les sérotypes et souches introduits ». Une stratégie vaccinale pourrait alors être définie en fonction du moment de détection du premier foyer, de la dynamique de propagation de la maladie au sein des élevages (ruminants et porcins) et des ressources disponibles (en personnel, en vaccins et en matériel). Les discussions ont souligné la pertinence des modèles disponibles de diffusion de la FA, permettant de définir la meilleure stratégie de lutte en termes d’efficacité et de coût, et notamment d’anticiper les besoins en doses de vaccins. En effet, la DGAL a ajouté qu’en cas d’introduction sur le territoire français « la perte du statut indemne (sans vaccination) de la France, et ses conséquences sur les échanges européens et internationaux d’animaux vivants et de produits d’origine animale, ainsi que les mesures à mettre en œuvre pour recouvrer un statut indemne auprès de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), sont des considérations essentielles ». Les formateurs ont conclu en rappelant que l’investissement dans la prévention de l’introduction de la FA, dans la préparation (à travers la formation professionnelle, les exercices de simulation) des acteurs impliqués et dans l’intervention précoce en cas de suspicion reste donc notre meilleure arme pour protéger notre bétail et notre économie.

Entretien

Étienne Chevanne (vétérinaire, secrétariat de l’EuFMD) et Sabine Didierlaurent (vétérinaire, directrice adjointe de ENSV-FVI)

« Des formations accessibles au niveau français et européen »

Quelles sont les opportunités de formation mises à disposition des services vétérinaires français ?

Un crédit de formation est alloué à la France (DGAL) par l’EuFMD, et renouvelé tous les deux ans. Ce crédit permet entre autres de financer la participation de vétérinaires français à une formation d’une semaine dans un pays où la fièvre aphteuse est endémique, afin de familiariser in situ les vétérinaires des États membres de l’EuFMD à une maladie qu’ils n’ont jamais rencontrée dans leur carrière. Outre cette formation réservée à un petit nombre de vétérinaires, des formations virtuelles en accès libre1 sont disponibles au plus grand nombre et notamment aux vétérinaires sanitaires désireux de renouveler leurs connaissances sur la FA.

Quels sont actuellement les outils existants pour pouvoir prendre des décisions sur la conduite à tenir face à la menace de la FA ?

Il existe notamment trois outils d’aide à la prise de décision, mobilisables en temps de paix et en temps de crise, dont un modèle européen de diffusion de la FA (EuFMDiS), un outil de suivi et de priorisation des risques d’introduction des maladies animales transfrontalières et, enfin, un outil de calcul des coûts associés à la réponse et à la surveillance de la FA, par secteur impliqué (public et privé).

Les missions de l'EuFMD 

La Commission européenne de lutte contre la FA, EuFMD, est une commission technique régionale, hébergée par l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO)1. Son mandat est de préserver ses 39 États membres et leur cheptel domestique des menaces d’incursion de la FA ainsi que des maladies animales transfrontalières dites similaires (dont la peste des petits ruminants, la clavelée, la variole caprine, la dermatose nodulaire contagieuse bovine et la fièvre de la vallée du Rift). Son programme de travail, validé par son comité scientifique présidé par Stéphan Zientara (vétérinaire, Anses), a pour objectifs d’améliorer la préparation des États membres à la gestion de crise sanitaire, de réduire le risque d’introduction depuis le pourtour européen et de soutenir la mise en œuvre de la stratégie mondiale de lutte contre la fièvre aphteuse avec la FAO et l’OMSA.

1 https://www.fao.org/eufmd/en/

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