Quel bilan tirez-vous de la dernière crise d’influenza aviaire ? - La Semaine Vétérinaire n° 2002 du 15/09/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2002 du 15/09/2023

EXPRESSION

Auteur(s) : Propos recueillis par Tanit Halfon

En France, entre le 1er août 2022 et le 5 septembre 2023, 402 foyers d’influenza aviaire hautement pathogène en élevage ont été rapportés* (dont 1 à la Réunion). C’est trois fois moins que lors de la précédente crise de 2021-2022 qui avait totalisé plus de 1 300 foyers… pour un coût dépassant le milliard ! Mais c’est le 5e épisode en moins de dix ans pour l'Hexagone, avec un virus qui a diffusé largement en Europe, et surtout une circulation virale au sein de l’avifaune sauvage qui est devenue persistante toute l’année. Ce contexte a amené de nombreux pays à envisager la mise en œuvre d’une vaccination. La France est le premier pays à lancer une campagne nationale qui débutera dès cet automne.

Julien Flori (N 93)

Président du Syndicat national des vétérinaires conseils (SNVECO), praticien aviaire à Châteaubourg (Ille-et-Vilaine)

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Une vaccination incontournable

Le bilan est mitigé. Tout le travail fait sur la biosécurité, le contrôle avant mouvements, la dédensification dans les zones à forte densité d’élevages… bien qu’utile, s’est avéré clairement insuffisant. Cela n’a pas empêché d’avoir des vagues de foyers, très difficiles à gérer par l’administration, tout comme pour les vétérinaires, générant des perturbations de planning, du travail en week-end… Il faut dire que le virus circule désormais sans discontinuer au sein de l’avifaune sauvage. Tout cela justifie totalement la stratégie prévue de vaccination des palmipèdes, sur laquelle on fonde beaucoup d’espoir. Cela n’évitera pas les foyers, mais permettra de les limiter, facilitant leur gestion et réduisant les abattages d’animaux. De plus, les mesures de dédensification, forcément très efficaces, ne sont pas tenables sur le long terme. Cette campagne de vaccination, avec un objectif affiché d’éradication de la maladie, est une première mondiale. En tant que responsable de sa supervision, les vétérinaires sont en première ligne : nous aurons à contrôler sa bonne mise en place et à suivre les lots vaccinés.

Léni Corrand (T 08)

Praticien aviaire à Arzacq-Arraziguet (Pyrénées-Atlantiques)

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Ne pas tout attendre du vaccin

Dans le Sud-Ouest, c’est la première fois que nous n’avons pas eu à gérer une situation de crise durant l’hiver… ce qui était attendu étant donné le plan Adour de dédensification mis en œuvre. Les repeuplements des élevages n’ont débuté qu’à la fin de l’hiver-début du printemps. Par la suite, courant mai, il y a eu une flambée de foyers. Cet épisode, inédit, montre bien qu’il n’y a plus de saison à risque, et qu’une diffusion est possible même sous des températures plus clémentes. Ceci dit, au global, la gestion de crise a été plus efficace que les années précédentes, grâce au travail de concertation entre l’État et les professionnels, et la décision d’avoir une politique forte d’abattages préventifs. Maintenant, cela reste clairement la crise de trop, ce qui a fini par convaincre du bien-fondé de la vaccination. Aussi utile soit-elle, elle n’est qu’un outil complémentaire de lutte, qui ne doit pas faire oublier les bonnes pratiques. Ni détourner des réflexions de fond à avoir sur l’évolution du modèle agricole : déspécialisation des territoires, adaptation des niveaux de production, accompagnement à la reconversion professionnelle…

Mathieu Allain (A 09)

Praticien aviaire à La Tardière (Vendée)

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Le rôle du vétérinaire sanitaire a été mis en avant

Fort de l’expérience de la crise de 2021-2022, qui aura ébranlé nos convictions sur la biosécurité, nous étions mieux armés pour aborder un nouvel épisode tant au niveau de la surveillance des élevages que de la gestion opérationnelle des foyers. Mais pour la suite, les crises successives nous ont bien montré qu’il fallait aller plus loin : la biosécurité, aussi essentielle soit-elle, ne suffit pas, d’autant plus dans un contexte où la maladie est devenue enzootique sur notre territoire. La vaccination, associée aux mesures de biosécurité, permettra de mieux la gérer à l’avenir. Dans ce cadre, on va prendre pleinement la mesure de la place du vétérinaire sanitaire dans la gestion d’une maladie réglementée et du maillage vétérinaire en général. Nous aurons, en effet, un rôle central à jouer dans la mise en œuvre de la vaccination sur le terrain, sa traçabilité et son suivi, tout comme dans la surveillance épidémiologique. Mais attention, si la vaccination est désormais une nouvelle arme, à l’instar de la biosécurité, elle ne fera pas tout. Elle vient en plus des autres mesures, et pas à la place.

  • * bitly.ws/UaDa
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