Coryza des volailles : démarche diagnostique et thérapeutique - La Semaine Vétérinaire n° 2002 du 15/09/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2002 du 15/09/2023

Basse-cour

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Alexis KIERS, DV, ACPV*

Le coryza chez les volailles désigne communément une maladie respiratoire chronique sans agent pathogène spécifique en cause. On parle généralement de « complexe coryza » des volailles de par la multitude d’agents pouvant être à l’origine des signes cliniques. De plus, les particularités anatomiques des oiseaux (sacs aériens, absence de diaphragme) font que les infections originaires d’un système peuvent « déborder » vers un autre. Par exemple, une poule avec une infection génitale présente parfois des signes respiratoires. Quel(s) que soi(en)t l'(es) agent(s) impliqué(s) dans la maladie, la prise en charge devra être la plus précoce possible afin d’éviter une aggravation irréversible des signes cliniques.

Des signes cliniques non spécifiques et variés

Les signes cliniques respiratoires sont assez similaires indépendamment de l’agent pathogène en cause. On peut observer, entre autres, un jetage nasal muqueux voire mucopurulent (croûtes jaunâtres à la base des narines), une conjonctivite (écoulement muqueux et un gonflement autour des yeux), une sinusite (gonflement au-dessous des yeux), des éternuements et de la toux.

Lorsque ces troubles persistent, l’animal malade peut avoir une baisse voire un arrêt de la ponte et un changement de comportement (prostration). Il risque de mourir rapidement si l’accumulation des sécrétions pulmonaires entraîne un blocage des voies respiratoires. Sinon, les maladies respiratoires des volailles tendent vers la chronicité.

La transmission des germes se fait par contact direct entre les animaux ou par inhalation de poussières contaminées Cependant, la simple présence de bactéries ou de virus à tropisme respiratoire ne suffit pas pour déclencher une maladie. Dans la plupart des cas, les maladies respiratoires des volailles résultent de quatre facteurs principaux : le pouvoir infectieux des pathogènes, l’immunité de l’animal, la gestion du poulailler et des stress (déplacement, introduction d’une nouvelle volaille, changement alimentaire, nettoyage…) et l’environnement (température, humidité). C’est pour cette raison que le coryza apparaît plutôt l’hiver, lorsque les écarts de température sont importants, ou alors lors de l’introduction de nouvelles volailles dans le poulailler.

Des agents infectieux multiples

Plusieurs types d'agents pathogènes peuvent être en cause. Par exemple, chez l’espèce poule (Gallus gallus) :

- Virus : influenza aviaire (IA), maladie de Newcastle (ND, Newcastle Disease), bronchite infectieuse (BI), métapneumovirus aviaire (aMPV), laryngotrachéite infectieuse(LTI), virus du syndrome de la chute de ponte (EDS)…

- Bactéries : Mycoplasma gallisepticum (MG), Mycoplasma synoviae (MS), Avibacterium paragallinarum (AP), Pasteurella multocida (PM), Ornithobacterium rhinotracheale(ORT), Clostridium botulinum (CB)…

- Champignon : Aspergillus fumigatus (AF)…

Les agents infectieux responsables de signes respiratoires affectent aussi souvent d’autres organes. Par exemple, la BI, l’EDS et le MS causent des chutes de pontes et des problèmes de qualité de coquille et/ou de blanc d’œuf. Certaines souches de MS créent des boiteries. Le MG cause une chute de ponte, de la mortalité embryonnaire et des poussins en mauvaise santé. Pour ajouter à la complexité, la grande majorité des cas de maladies respiratoires sont le résultat de co-infections. Une étude récente1 (Souvestre M., 2021) montre que dans 89 % des cas de coryza des poules, il a été identifié au moins 2 agents infectieux présents chez le même animal. Les agents les plus fréquemment rencontrés sont l’agent du coryza infectieux (Avibacterium paragallinarum : 80 % des basses-cours infectées), Ornithobacterium rhinotracheale (75 %), Escherichia coli (36 %), le virus de la LTI (30 %), Mycoplasma synoviae (60 %) et Mycoplasma gallisepticum (20 %). Le virus de la bronchite infectieuse (un coronavirus) a souvent un rôle de déclencheur de signes respiratoires, particulièrement lorsque les animaux sont porteurs de MG, MS ou AP.

Chez les volailles, le paramyxovirus de type 1 (APMV-1) est responsable de la ND, mais seules les souches les plus virulentes sont réglementées et soumises à déclaration obligatoire. Chez les colombiformes (pigeons, colombes), circulent des isolats variants du paramyxovirus de type 1 (PPMV-1), mais seuls certains sont considérés comme des virus virulents de la ND. La seule manière de distinguer les différents virus de la ND est de procéder à des analyses de biologie moléculaire, PCR (Polymerase Chain Reaction) et séquençage, sur des cas suspects de mortalité aiguë avec présence de signes respiratoires et nerveux sur des volailles et/ou des pigeons.

Les infections par les paramyxovirus de faible virulence peuvent conduire à une maladie respiratoire clinique lorsque d'autres infections ou des conditions environnementales sous-optimales sont présentes.

Les virus de l’influenza aviaire se distinguent en deux catégories : les hautement pathogènes (IAHP) responsables de signes nerveux et septicémiques, faisant l’objet d’une gestion réglementaire (maladie à éradication obligatoire) et les faiblement pathogènes (IAFP) responsables de signes respiratoires évoqués plus haut.

Un diagnostic de laboratoire

Afin de mettre en place un traitement adapté, il faut identifier la raison primaire des signes respiratoires et si des agents infectieux secondaires sont présents et à l’origine d’une surinfection. Il y a quelques aspects cliniques qui permettent de considérer une cause primaire plutôt qu’une autre. La LTI provoque une dyspnée respiratoire très sévère mais avec une mortalité faible. Une poule avec une salpingite chronique peut présenter, en plus de difficultés respiratoires, un historique d’arrêt de la ponte, une position particulière en « pingouin », de l’ascite dans la cavité abdominale et une diarrhée blanche. Dans le cas d’une salpingite, il est rare d’avoir plusieurs animaux affectés en même temps.

En règle générale, faire un diagnostic précis sans analyse de laboratoires reste compliqué. L’analyse de choix est la PCR sur un prélèvement de trachée ou de la fente choanale. Idéalement, le prélèvement est réalisé sur plusieurs animaux malades et une PCR est demandée au moins sur les cinq pathogènes suivants : BI, MG, LTI, AP, MS. Si les animaux ont été malades il y a quelques semaines, il faudra alors demander des sérologies pour mesurer la quantité d’anticorps dans le sang.

Un traitement antibiotique

En cas de baisse de la consommation alimentaire ou s’il y a des répercussions sur l’état général (animal abattu, plumes ébouriffées), et lorsqu’une infection bactérienne est diagnostiquée, un traitement à base d’antibiotiques est nécessaire (voir tableau). Les plus fréquemment utilisés sont la doxycycline, la spiramycine, l’oxytétracycline, la tiamuline, la tylosine, la lincomycine et la spectinomycine. En élevage professionnel de volailles, il est de règle de réaliser un antibiogramme avant de prescrire un antibiotique. Attention aux temps d’attente viande et œufs lors de prescription d’antibiotiques. Lors d’infections virales, des traitements de soutien des fonctions respiratoires et de immunitaires sont recommandés, tel qu’un mucolytiques et de la vitamine E/Selenium. Quand une poule montre de légers signes respiratoires, l’administration d’huiles essentielles2 peut être envisagée, avec l’avantage principal de l’absence de temps d’attente avant de consommer les œufs et la viande. L’idéal serait de contrôler la consommation d’eau et de nourriture de la poule malade.

Ne pas négliger la biosécurité

La prévention la plus efficace passera par une mise en place de mesures adaptées de biosécurité :

- Éviter tout contact entre les volailles et l’avifaune sauvage qui constitue potentiellement un réservoir asymptomatique d’agents pathogènes en gardant l’alimentation sous abri par exemple pour ne pas attirer les autres oiseaux.

- Protéger le stock d’aliment et de paille pour les mêmes raisons.

- Assurer une bonne hygiène du poulailler pour éviter la persistance des germes. Nettoyer les gamelles d’eau et d’aliment quotidiennement et changer la litière régulièrement.

- Se laver les mains avant et après la visite du cheptel et garder des bottes spécifiques au poulailler pour éviter de transporter des germes.

- Porter une attention particulière sur l’introduction de nouveaux animaux. Respecter une quarantaine d’au moins 2 semaines lors d’introduction de nouvelles poules, autant pour protéger ces dernières que pour protéger celles déjà sur place.

- De nombreux vaccins existent en France pour vacciner les volailles contre la plupart des maladies respiratoires. Cependant, leur conditionnement (10 x 1 000 doses) les rend très peu adaptés à la vaccination des petits élevages.

- Enfin, distribuer une alimentation équilibrée et contrôler les parasites digestifs et externes, après comptage parasitaire, permet d’avoir des animaux en bonne santé avec un bon système immunitaire, qui pourront donc mieux se défendre en cas d’infections.

  • 1. Marie Souvestre. Étude du statut sanitaire des élevages avicoles familiaux et de loisir et évaluation de leur rôle à l’interface avec les élevages avicoles commerciaux en France. Médecine vétérinaire et santé animale. Université Paul Sabatier - Toulouse III, 2021. Français. ffNNT : 2021TOU30069ff. fftel-03813764f
  • 2. bit.ly/45JxwAc
  • * Dr vétérinaire, membre de l’American College of Poultry Veterinarian (ACPV), Dr Bassecour vétérinaire (http://www.drbassecour.fr)
Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr