Les maladies ovines au cœur du « Sheep Summit 2023 » - La Semaine Vétérinaire n° 2001 du 01/09/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2001 du 01/09/2023

Médecine des petits ruminants

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Karim Adjou en collaboration avec Clothilde Barde

Une trentaine de participants se sont réunis du 27 au 28 juin à Millau (Aveyron) lors du « Sheep Summit 2023 », événement organisé par Vetoccitan pour faire le point sur les dernières connaissances concernant la reproduction, l’alimentation et les maladies des ovins. 

Le développement durable, le médicament vétérinaire, les maladies nerveuses et parasitaires, les actualités sur le piétin, les pasteurelloses ovines, le comportement de la brebis et les nouvelles approches de la traite ovine étaient les principales thématiques qui ont été abordées lors du « Sheep Summit 2023 », organisé par le groupe Vetoccitan (réseau de vétérinaires fondé en 2009) du 27 au 28 juin au Domaine Saint Estève à Millau (Aveyron). 

Réglementation et bilan des connaissances sur le comportement ovin

À cette occasion, le Dr Emmanuel Bénéteau (T91), consultant en mise en œuvre de la réglementation vétérinaire, a présenté les grandes lignes des règles en vigueur (mises en place chez tous les vétérinaires) et les contrôles soumis aux praticiens. Il a également abordé les innovations récentes liées à l’application du règlement européen ainsi que les évolutions réglementaires en cours de préparation. Puis, Alline de Paula Reis, vétérinaire, enseignante-chercheuse à l'École nationale vétérinaire d'Alfort (EnvA), est intervenue pour rappeler les fondamentaux du comportement du mouton et le lien avec quelques pratiques en élevage et la santé animale. Un film a été projeté pour discuter de l’éthogramme de la brebis laitière en bergerie. De son côté, Philippe Chemineau, ingénieur agronome et docteur en physiologie de la reproduction et directeur de recherche émérite à l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, a prononcé une communication sur l’« effet mâle » et sur les facteurs sociaux dans la maîtrise du cycle sexuel des petits ruminants. Issus de programmes de coopération scientifique menés depuis plus de vingt ans entre la France, la Tunisie et le Mexique, à l’origine de nombreuses publications, ces techniques agroécologiques durables de maîtrise de la reproduction ont été adoptées avec succès par les éleveurs tunisiens et mexicains. Toutefois, bien que, selon lui, ces dernières ne suscitaient jusqu’à présent d’intérêt que chez les éleveurs et professionnels ovins et caprins en agriculture biologique, l’émergence récente de préoccupations environnementales a changé le point de vue des professionnels français, désormais plus soucieux de durabilité de leurs systèmes. Les informations accumulées lors de ces programmes internationaux de coopération semblent donc maintenant utiles dans les systèmes d’élevage hexagonaux et européens, pour accélérer la mise au point de nouvelles techniques alternatives à l’utilisation des traitements hormonaux.

Des maladies spécifiques 

Parmi les autres conférenciers du « Sheep Summit 2023 », Karim Adjou (ALGER 91), professeur au département de médecine des grands animaux à l'EnvA, a abordé le diagnostic différentiel (aspects cliniques, examens complémentaires, critères de diagnostic). En effet, les affections nerveuses (listériose, botulisme, tétanos, tremblante, nécrose du cortex cérébrale, Maedi-Visna…) du mouton sont des motifs courants de consultation du vétérinaire. Elles ont toujours représenté un défi pour le praticien en raison des difficultés du diagnostic et de la fréquence des échecs thérapeutiques. Enfin, Sylvain Bareille (N86), docteur vétérinaire, directeur filières ruminants chez MSD Santé Animale, a fait une présentation sur le piétin et sur ses conséquences pratiques en matière de maîtrise. Comme il l’a indiqué, en France, la situation des élevages ovins viande vis-à-vis du piétin est insuffisamment connue et les acquis scientifiques ne semblent pas se traduire par un recul de la maladie. C’est pourquoi, un projet, PACTISE (Piétin action sensibilisation), a été mis en place. Ce dernier s’appuie sur un premier état des lieux de la situation sanitaire vis-à-vis de la maladie, sur les mesures de lutte mises en œuvre ainsi que sur les freins et les motivations des éleveurs ayant été et/ou étant confrontés au piétin, afin d’améliorer la gestion des facteurs de risques en élevage ovin viande. Mené de 2018 à 2021 en Haute-Vienne et dans le Lot, les deux départements français ayant le plus de brebis allaitantes, ce travail devrait aussi permettre de co-construire avec les éleveurs, les techniciens et les vétérinaires, des méthodes de lutte adaptées aux situations rencontrées, d’évaluer les changements de pratiques et de perception des éleveurs participants et de diffuser les supports et les résultats. Sylvain Bareille a souligné qu'« éliminer le piétin ou en diminuer les impacts sur le troupeau est un travail de longue haleine mais qui reste possible ! Parce que les moyens de lutte sont à adapter à chaque situation, une méthode personnalisée en 5 étapes (mise en quarantaine, gestion des risques, traitement des dermatites podales, réforme et vaccination) pourra être suivie rigoureusement pendant trois ans afin de contenir la maladie ».

Des techniques curatives et préventives

Par ailleurs, toujours selon lui, le parage agressif est à bannir dans la thérapie de la majorité des boiteries, car il aggrave souvent le problème au sein du troupeau. De plus, « le parage seul n’a démontré qu’une efficacité restreinte sur la plupart des types de boiterie et cette pratique nécessite que la corne soit ramassée et évacuée après parage et que le matériel soit désinfecté entre chaque animal », a-t-il ajouté. Il a également rappelé qu’en France, Footvax, un vaccin disposant d’une AMM, peut être utilisé pour prévenir et traiter le piétin. Afin d'obtenir les meilleurs résultats en vaccination, il faut suivre un programme vaccinal de l’ensemble du troupeau (y compris les béliers) programmé pour coïncider avec la période à risque de l’exploitation. Enfin, comme il l’a indiqué, les protocoles de vaccination peuvent varier selon la situation de l’exploitation (géographique et conduite d’élevage – notamment, mise à la reproduction). À l'issue de cet événement, les participants ont salué à l’unanimité « l’excellente organisation de cette rencontre nationale qui fut conviviale, riche de rencontres et de discussions ». Rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle édition.

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