Le vaccin en renfort dans la lutte contre l’influenza aviaire - La Semaine Vétérinaire n° 2001 du 01/09/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2001 du 01/09/2023

Gestion maladie réglementée

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Tanit Halfon

La campagne de vaccination commencera début octobre. Elle concernera tous les élevages commerciaux de canards sur l’ensemble du territoire métropolitain (hors Corse). Le laboratoire allemand Boehringer Ingelheim a été choisi pour fournir le vaccin.

La France se prépare à la mise en place de la campagne de vaccination contre l’influenza aviaire hautement pathogène. Et elle sera le premier pays de l’Union européenne à avoir structuré à un niveau national une stratégie vaccinale ! C’est le laboratoire allemand Boehringer Ingelheim, avec son vaccin VOLVAC B.E.S.T. AI + ND qui aura été finalement choisi, au détriment de Ceva Santé Animale. Les deux vaccins avaient fait l’objet d’une expérimentation en France, avec des résultats positifs. Après ce choix, Ceva avait déposé un recours au tribunal administratif de Paris… pour finalement le retirer plusieurs jours plus tard. La vaccination vient, bien entendu, en plus des mesures habituelles de lutte, en premier lieu de la biosécurité. Elle permettra en particulier d’éviter d’en arriver à une situation hors de contrôle, et donc de réduire les abattages préventifs, et la diffusion de la maladie.

Vaccination obligatoire pour les élevages commerciaux de canards 

En pratique, le début de la campagne est prévu à partir du 1er octobre 2023 et celle-ci s'étalera sur toute l'année. Le schéma vaccinal acté par les autorités sanitaires est une vaccination obligatoire de tous les élevages commerciaux de canards (Pékin, Barbarie et mulard) sur tout le territoire (hors Corse). Pour les élevages de canards reproducteurs, la vaccination restera volontaire, mais uniquement pour ceux dont les produits (œufs à couver et canetons d’un jour) sont destinés au marché national. Pour  ceux dont les produits, seront exportés, elle sera en revanche interdite. Au total, environ 64 millions de canards devront être vaccinés.

Concernant la solution vaccinale, VOLVAC B.E.S.T. AI + ND, 80 millions de doses sont attendues. Il s'agit d'un vaccin sous-unitaire recombinant H5 inactivé, qui assure une protection croisée dont le virus H5Nx du clade 2.3.4.4b. Il est commercialisé depuis 2014. 2 injections de primo-vaccination sont nécessaires, par voie sous-cutanée. Son stockage est simple puisqu’il peut se faire directement au réfrigérateur entre 2 °C et 8 °C. Ce vaccin est commercialisé depuis 2014 hors Europe. Pour comparaison, celui de Ceva, le Duck H5-SRV vaccine, est un vaccin à ARNm qui se conserve à une température de -80 °C. Comme pour Boehringer, 2 injections sont nécessaires par voie intramusculaire.

Une surveillance renforcée

La vaccination sera assortie d’une surveillance renforcée afin de ne pas passer à côté d’une circulation virale. Outre la surveillance évènementielle classique, sera mis en place un protocole de surveillance passive renforcée reposant sur des analyses virologiques sur cadavre sur un maximum de 5 morts par semaine (RT-PCR sur écouvillons trachéaux ou oropharyngés). Est prévu aussi un protocole de surveillance active, reposant également sur des analyses virologiques mensuelles, ainsi que des analyses sérologiques (ELISA-NP) en fin de lot. Pour les premières, elles seront réalisées sur 60 animaux vaccinés. Pour les secondes, sur 20 vaccinés avant leur départ en salle de gavage ou en abattoir (canard à rôtir). Ce protocole doit être réalisé par un vétérinaire officiel, tandis que dans le cadre de la surveillance passive renforcée, les prélèvements peuvent être faits par l’éleveur ou un technicien.

L’ensemble des opérations de vaccination et de surveillance sera suivi via trois systèmes d’information, dont la plateforme vétérinaire Calypso, qui permettra d’avoir une trace des données relatives à la commande des vaccins, leur acheminement, leur réalisation, et la surveillance post-vaccination. Côté coût, l’État a annoncé une prise en charge financière globale à hauteur de 85 %.

Une supervision vétérinaire

Dans cette campagne, le vétérinaire apparaît comme un acteur central, confirme Léni Corrand (T08), praticien aviaire à Arzacq-Arraziguet (Pyrénées-Atlantiques). « Nous aurons la responsabilité de former les équipes de vaccination, et de s’assurer de sa bonne mise en œuvre sur le terrain. Cette supervision, qui correspond à une délégation d’actes vétérinaires, est une première pour une maladie réglementée. C’est un vrai engagement pour la profession vétérinaire. » Dans cette optique, un travail est en cours pour trouver de la main-d’œuvre mobilisable rapidement, tout comme un travail sur l’organisation logistique de la campagne. « Il reste encore à bien définir le circuit financier, et définir comment sera rémunéré le vétérinaire. Les discussions sont en cours. » « Il n’y a pas de raison de ne pas y arriver, nous serons prêts. Tous les pays d’Europe regardent la France. Nous sommes pionniers », ajoute-t-il.

Une stratégie de dé-densification dans le Grand Ouest

Cet été, en parallèle de la stratégie vaccinale, le ministère de l'Agriculture a également annoncé1 qu’il avait été acté une stratégie de réduction des densités de canards dans le Grand Ouest. C’est une première pour cette partie du territoire, qui suit les pas du Sud-Ouest. En effet, à l’hiver 2022-2023, y avait été mis en œuvre le plan Adour, consistant en une baisse drastique des densités d’animaux, tout particulièrement pour les palmipèdes, dans les zones les plus à risque – Landes, Gers, Pyrénées-Atlantiques – et pendant la période critique du15 décembre au 15 janvier. Pour le Grand Ouest, ce sont les Pays-de-la-Loire et les Deux-Sèvres qui sont concernés par la réduction des densités de canards. Comme expliqué par l'État, « l’objectif est de réduire progressivement la densité de canards dans les élevages jusqu’à la mise en place de la vaccination afin de limiter le risque d’apparition d’une nouvelle vague épizootique. Cette stratégie s’effectue en deux étapes : tout d’abord l’arrêt progressif à partir du mois de juillet 2023 de la mise en place de canards non vaccinés dans 45 communes2 des Pays-de-la-Loire et des Deux-Sèvres, puis la mise en place uniquement de canards vaccinés à compter d’octobre 2023. La mesure s’applique également autour d’une quarantaine de sites stratégiques pour la génétique aviaire ». 

1. Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Influenza aviaire : l’État renforce son soutien budgétaire pour accompagner les éleveurs et le lancement de la campagne vaccinale. urlz.fr/npXU

2. Instruction technique DGAL/SDSBEA/2023-477. bitly.ws/TFnv

  • Sources  
  • -  Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Tout ce qu’il faut savoir sur le plan d’action vaccination influenza aviaire hautement pathogène en France. urlz.fr/nbws. 
  • - Le ministère prépare le déploiement de la stratégie de vaccination contre l’influenza aviaire : les grandes étapes à franchir d’ici l’automne 2023. urlz.fr/npTs
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