La FVE s’attelle à la rétention de la main-d’œuvre et au bien-être vétérinaire - La Semaine Vétérinaire n° 1997 du 07/07/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1997 du 07/07/2023

Europe

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Par Karine de Lange

L’assemblée générale de la Fédération des vétérinaires d’Europe (FVE) en juin dernier a permis de faire le tour d’horizon des sujets qui préoccupent la profession.

« La Fédération des vétérinaires d’Europe (FVE) est petite, nous devons donc choisir nos batailles », a souligné dans son allocution son président, Rens Van Dobbenburgh, lors de l’assemblée générale qui s’est tenue les 16 et 17 juin à Zajecí, en République tchèque. « Nous avons donc besoin d’une stratégie solide. » Parmi les priorités annoncées pour 2023 figurent les conclusions de la troisième enquête démographique de la profession, la promotion des visites vétérinaires préventives, la rétention de la main-d’œuvre et son bien-être, le rôle des vétérinaires dans One Health, la santé et le bien-être des animaux, et la durabilité. Tous ces sujets ont été discutés au cours de l’assemblée.

Plus de travail et moins d’employés

Des résultats préliminaires de la troisième enquête sur la profession vétérinaire en Europe – qui sera publiée cet été – ont été présentés par Tanya Michelsen, directrice associée de CM Research. Il s’agit de la plus grande enquête jamais réalisée jusqu’ici : elle repose sur la participation de 12 397 répondants de 37 pays. Les structures vétérinaires seraient « prudemment optimistes » quant à l’avenir, a noté Tanya Michelsen, avec 49 % des vétérinaires qui s’attendent à une augmentation des revenus pour 2023. Cependant, la plupart des répondants n’ont pas encore répercuté sur leurs clients l’augmentation du coût de la vie (énergie, médicaments, alimentation...). Les vétérinaires interrogés sont 52 % à s’attendre à une croissance du travail et 55 % à une augmentation de la charge de travail. Il apparaît par ailleurs que le stress professionnel s’est accentué. Sans surprise, la charge de travail, le recrutement, la pénurie de personnel, et l’équilibre entre le travail et la rémunération comptent parmi les cinq principaux défis mentionnés par les sondés.

Bien-être, diversité, équité et inclusivité

Il semblait donc pertinent de faire figurer le bien-être vétérinaire en bonne place à l’ordre du jour de la FVE. Vidhi Manghnani, stagiaire au sein de la Fédération, a donné des nouvelles de la campagne sur les principes de diversité d’équité et d’inclusivité (DEI). L’article de 2022 publié sur le sujet a été un grand succès, et la campagne « Les Mardis du DEI » présente des témoignages hebdomadaires de vétérinaires évoquant leurs expériences professionnelles en la matière, sous le titre « Unis dans la diversité ».

Wiebke Jansen, chargée de mission à la FVE, a annoncé que la fondation Zoetis s’était engagée à soutenir trosi ans les projets « Meilleur lieu de travail vétérinaire » et « Vet for a Day ». Une autre initiative en cours d’examen portait sur les « grands lieux de travail vétérinaires ». Elle suggère la création d’un portail Web de ressources sur la gestion des entreprises et l’aide à la recherche des subventions selon leurs besoins.

Manque de main-d’œuvre

Le manque de main-d’œuvre vétérinaire était également un sujet majeur du groupe de travail des organismes statutaires, selon son président Dietmar Gerstner (Autriche). Stéphane Martinot, à la tête de l’Association européenne des établissements d’enseignement vétérinaire (AEEEV), a souligné l’importance de développer des soft skills, comme la confiance en soi pour les compétences du premier jour. Il invitait les enseignants à surveiller la santé mentale des étudiants, et les praticiens à apporter leur soutien aux jeunes confrères. 

Le conseil comme modèle d’entreprise

« Le conseil est-il un modèle commercial viable pour les praticiens ? » est apparu comme le sujet brûlant lors de l’assemblée générale de l'UEVP (Union européenne des vétérinaires praticiens) qui s'est tenu la veille de celle de la FVE. La session a commencé par un témoignage vidéo du vétérinaire porcin John Haugegaard, qui a présenté son activité de consultant praticien au Danemark. « Depuis 1995, il est illégal pour nous de vendre des médicaments vétérinaires dans notre pays. Bien que ce fût un choc à l’époque, sur le plan de notre revenu, de passer de la vente de médicaments à la prestation de conseils, nous nous concentrons désormais davantage sur cette dernière. » Il admet toutefois que cela a constitué un choc aussi pour de nombreux clients, qui ont dû s’habituer à payer plus pour le service. Ozbalt Podpecan (Slovénie) observe que, bien qu’il soit certainement possible de mettre en œuvre des structures vétérinaires exclusivement basées sur le conseil, beaucoup dépendent du cadre législatif tandis que « nous devrions clairement définir les objectifs des consultations, ce qu’elles devraient inclure et qui devrait les mener ».

La communication est la clé

Mike Jessop (Royaume-Uni) a décrit dans le secteur des animaux de compagnie la place des vétérinaires dans les inspections d’établissements animaliers, et leur expertise dans les affaires judiciaires et d’assurance. Giovanni Guadagnini, vétérinaire porcin d’Italie, où la vente de médicaments est proscrite pour la profession, a souligné qu’il était important d’être formé à la communication avec les agriculteurs et les parties prenantes. « Soyez clair sur le service que vous offrez et la portée de votre intervention », a-t-il recommandé. Il a également conseillé de rédiger un contrat annuel avec les clients éleveurs, ce qui laisse le temps de montrer les résultats d’éventuels changements mis en œuvre. Au cours de la table ronde, la plupart des membres du panel ont convenu que les vétérinaires pouvaient gagner leur vie sans vendre de médicaments, mais qu’un « changement de mentalité » était nécessaire, tant chez eux que chez les éleveurs, et que cela nécessitait un changement progressif et un cadre juridique solide.

Recommandations de la FVE sur le bien-être animal 

Mette Uldahl, vice-présidente de la FVE, a annoncé que le groupe de travail sur le bien-être animal se concentrerait principalement sur la nouvelle législation de l’UE en la matière, ce qui comprend le bien-être des animaux à la ferme, pendant le transport, au moment de la mise à mort, ainsi que l’étiquetage correspondant. Afin de transmettre le point de vue de la profession, une courte vidéo et un dépliant ont été réalisés, soulignant les dix principales recommandations de la FVE. Le groupe prépare également une prise de position concernant les répercussions sur le bien-être animal des méthodes d’entraînement et de modification du comportement des animaux.

Médicaments : la CIA va devenir MIA

« Alors que la profession vétérinaire peut être fière d’avoir atteint une réduction de 50 % de la consommation antibiotique, un examen de la législation humaine vient tout juste de débuter avec des objectifs pour l’utilisation humaine fixés à -20 % sur la période 2019-2030 », a annoncé Nancy De Briyne, la directrice exécutive de la FVE. Elle a également signalé que les antimicrobiens d’importance critique (CIA) ont été renommés antimicrobiens d’importance médicale (MIA) par l’Organisation mondiale de la santé. La nouvelle classification comporte trois catégories : réservé à usage humain, à usage humain et vétérinaire, et réservé à usage vétérinaire. L’UE avait également annoncé une interdiction, à partir de mars 2025, de l’importation d’animaux et de leurs produits en provenance de pays tiers s’ils ont été traités avec des antibiotiques facteurs de croissance ou réservés à l’usage humain. En outre, il a été observé que la disponibilité des médicaments semble diminuer, en particulier sur les pays aux « petits marchés », malgré une nouvelle réglementation visant à l’améliorer. Au cours de l’assemblée générale, un atelier informel sur ces « marchés restreints » a été organisé.

Irlande : la prescription d’antiparasitaires sur la sellette

Les médicaments antiparasitaires risquent d’être délivrés sans ordonnance vétérinaire en Irlande, prévient Finbarr Murphy de l’instance ordinale Veterinary Ireland. Alors que les antiparasitaires vétérinaires sont devenus un médicament sur ordonnance (POM) en raison du risque de résistance aux anthelminthiques, et que le nouveau règlement de l’UE stipule clairement que tous les POM nécessitent une relation vétérinaire-éleveur et un examen préalable, cette exigence est maintenant remise en question en Irlande. Certains soutiennent qu’une exception devrait être faite pour les médicaments non thérapeutiques. « Cela pourrait gravement perturber toutes les initiatives concernant la santé du troupeau », a-t-il ajouté.

La prochaine assemblée générale de la FVE se tiendra les 16 et 17 novembre prochains à Bruxelles (Belgique), et la suivante est prévue en juin 2024 en Crète (Grèce).

Élections et nominations

Lors de l’assemblée générale, les bureaux suivants ont été élus…

FVE (Fédération des vétérinaires d’Europe) : Siegfried Moder (Allemagne, président), Jane Clark (Royaume-Uni, vice-présidente), Massenzio Fornassier (Italie, vice-président), Piotr Kwieciński (Pologne, vice-président) et Mette Uldahl (Danemark, vice-présidente).

UEVP (Union européenne des vétérinaires praticiens) : Volker Moser (Autriche, président), Athina Trachili (Grèce, secrétaire générale), Kenelm Lewis (Royaume-Uni, trésorier), Jan Bernardy (République tchèque, vice-président), Ann Criel (Belgique, vice-présidente) et Giovanbattista Guadagnini (Italie, vice-président).

Le Pr Luc Mounier a été cité parmi les nouveaux membres du groupe de travail sur le bien-être animal.

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