Comment limiter les résistances aux antihelminthiques chez les brebis ? - La Semaine Vétérinaire n° 1997 du 07/07/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1997 du 07/07/2023

Conférence

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Par Pierre Bessière

Le 20 avril 2023, le Pr Philippe Jacquiet (L 86) a rappelé les mesures à prendre pour limiter la résistance aux antiparasitaires des ovins lors d’une conférence donnée dans le cadre de la Journée d’animation scientifique "Stratégies innovantes pour prévenir les risques sanitaires” organisée par l’École nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT).

La France compte deux grands bassins ovins laitiers, en Aveyron et dans les Pyrénées-Atlantiques, avec respectivement les appellations d’origine protégée (AOP) Roquefort et Ossau-Iraty. Or, comme l’a indiqué le Pr Philippe Jacquiet t (L 86) lors de la Journée d’animation scientifique de l’École nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT) du 20 avril 2023*, le climat humide des Pyrénées-Atlantiques – les cumuls de pluie pouvant être importants – est favorable à Haemonchus contortus, le "serial killer de brebis et de chèvres". Ce parasite hématophage peut en effet être responsable de mortalité massive dans le sud du pays, notamment dans les Pyrénées-Atlantiques. L’AOP Ossau-Iraty impose aux éleveurs de faire pâturer leurs brebis au moins 240 jours par an ; les pâturages étant souvent de petite taille dans ce bassin, l’exposition des animaux au parasite peut être très élevée.

Des traitements raisonnés

Pour lutter contre l’haemonchose, trois axes ont été identifiés par Philippe Jacquiet. L’éleveur peut tarir les sources de contamination de l’élevage (en modifiant les conduites de pâturage, par exemple), augmenter la résistance des animaux ou utiliser de manière rationnelle la chimie. Actuellement, l’éprinomectine, une lactone macrocyclique ayant un temps d’attente nul pour le lait, est particulièrement utilisée pour traiter les animaux. Des parasites résistants sont par conséquent apparus, et les résultats obtenus par l’équipe du Dr Jacquiet – à la suite de coproscopies faites sur plusieurs centaines d’animaux – ont montré que les niveaux d’infestation pouvaient varier considérablement d’un animal à l’autre. Certains étaient à peine parasités quand d’autres apparaissaient comme de très forts excréteurs d’œufs. C’est pourquoi, il recommande de traiter uniquement les animaux les plus infestés afin de diminuer l’utilisation de l’éprinomectine, tout en obtenant des résultats satisfaisants. Comme l’a indiqué Philippe Jacquiet, pour ne pas avoir à analyser les selles de tous les animaux des troupeaux, un arbre décisionnel simple a été développé à l’attention des éleveurs et des vétérinaires à partir de ces éléments. D’après cet outil, qui repose sur l’âge des animaux et leur état de santé, ceux en première lactation devraient être traités systématiquement, tandis que les multipares ne devraient l’être que s’ils présentent des signes cliniques ou un mauvais état corporel.

Des méthodes de lutte complémentaires

Par ailleurs, l’équipe de chercheurs de l’ENVT a également étudié les béliers destinés à la reproduction, le professeur se demandant pourquoi il en irait différemment avec les mâles si les niveaux d’infestation varient entre brebis. Elle a ainsi convaincu des éleveurs d’infester expérimentalement leurs animaux avec une quantité connue de parasites. Sur les 1 500 béliers infestés, les résultats étaient similaires à ceux obtenus chez les brebis. Il a alors été décidé de réformer chaque année de 10 % à 15 % des béliers les plus sensibles à l’infestation, d’utiliser prioritairement les béliers les plus résistants pour l’insémination artificielle, dans les élevages où des résistances aux lactones macrocycliques étaient présentes. Et depuis 2023, d’y mettre en place une sélection génomique. Comme l’a conclu Philippe Jacquiet, l’apparition d’une multirésistance aux anthelminthiques chez les strongles gastro-intestinaux, en particulier chez Haemonchus contortus, prend donc de l’ampleur dans notre pays. Selon lui, la lutte contre ces parasites ne peut plus reposer uniquement sur l’utilisation régulière de la chimie : cette dernière doit être utilisée de manière raisonnée, parallèlement à d’autres méthodes qui visent à augmenter la résistance des animaux et à tarir les sources de contamination.

  • *Le programme complet est disponible sur le site de l’ENVT. urlz.fr/mx94
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