Phyto’paradoxe - La Semaine Vétérinaire n° 1996 du 30/06/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1996 du 30/06/2023

EDITO

Auteur(s) : Michaella Igoho-Moradel

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Les vétérinaires français ont un intérêt certain pour la phytothérapie. C’est ce que révèle une récente enquête réalisée dans le cadre d’une thèse vétérinaire. 85 % d’entre eux y ont recours dans leur pratique clinique. L’attrait de la clientèle pour cette médecine fait partie des clés de leur motivation. Pourtant, à ce jour, en France, les médicaments phytothérapeutiques sont peu nombreux sur le marché. Il existe seulement neuf autorisations de mise sur le marché pour ce type de produit. Les industriels privilégient les compléments alimentaires à base de plantes, certainement en raison d’une procédure de commercialisation moins contraignante. Cet arsenal thérapeutique peu conséquent n’est pas le seul obstacle que rencontrent les vétérinaires-praticiens. Réalisation des préparations magistrales, détermination des posologies, accès limité à des formations adaptées… pratiquer la phytothérapie en clinique signifie aussi faire face à de nombreuses difficultés. Parfois, il faut même se découvrir des talents d’équilibriste. Pour se former, les vétérinaires ont très souvent recours à des formations proposées par des industriels ou encore au diplôme inter-écoles (DIE) de phytothérapie, bien que sur le banc des écoles, les enseignements portant sur la phytothérapie tendent à se démocratiser. Autre frein, et pas des moindres, le manque de preuves scientifiques. Si comme en santé humaine, cette médecine est réputée efficace et sans effets secondaires, surtout auprès du grand public, il n’en demeure pas moins que des bases solides sont indispensables pour appuyer le choix des plantes et des posologies, et garantir leur innocuité. Contrairement à la médecine humaine, la recherche scientifique vétérinaire en phytothérapie est insuffisante. Cela demande un investissement important de la part des industriels. Or ce marché est majoritairement détenu par des « petits » laboratoires, qui ne peuvent pas supporter les dépenses d’un essai clinique. Dans le même temps, les praticiens sont fortement encouragés à réduire leur recours aux antibiotiques. Tout un écosystème reste à construire pour permettre au praticien de proposer un traitement de phytothérapie adapté, ayant fait preuve de son innocuité et de son efficacité. 

Lire dossier pages 28 à 33

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