Le dépistage du CAEV et de la lymphadénite caséeuse des ovins - La Semaine Vétérinaire n° 1996 du 30/06/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1996 du 30/06/2023

Formation rurale

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Clothilde Barde

Article rédigé d’après la conférence1 donnée par Nicolas Ehrhardt, chercheur à l’Observatoire des maladies caprines (Omacap), le 10 octobre 2022.

Le CAEV (virus de l’arthrite encéphalite caprine), maladie virale (small ruminant lentivirus) qui se caractérise par une inflammation chronique, et la lymphadénite caséeuse, maladie bactérienne (Corynebacterium pseudotuberculosis) à l’origine d’abcès caséeux, sont des maladies chroniques très fréquentes en élevages de caprins, dont la maîtrise représente un enjeu majeur pour améliorer la santé et, par conséquent, le bien-être animal. À cet égard, l’Observatoire des maladies caprines (Omacap), programme animé par la Fédération régionale des groupements de défense sanitaire Nouvelle-Aquitaine (FRGDS-NA), a mis au point une méthode (enzyme-linked immunosorbent assay) pour le dépistage du CAEV et de la lymphadénite caséeuse à partir des analyses de lait de tank caprin.

Une enquête à grande échelle

Afin d’évaluer la qualité du dépistage de cette méthode, l’étude Sérocaptank WP2 a été menée en collaboration avec Capgènes2 et l’Omacap3 au sein d’élevages sélectionneurs, en races Alpine, Saanen et Poitevine en Nouvelle-Aquitaine. Au-delà de cet objectif, cette expérimentation devait permettre de décrire la séroprévalence et l’impact de ces deux maladies dans les élevages d’ovins de la région et d’évaluer l’impact économique du CAEV. Pour cela, des prélèvements de sang et des observations cliniques (« gros genoux » et abcès actifs ou cicatriciels) ont été réalisés sur 10 chèvres primipares et 10 multipares dans 49 élevages (40 en races alpine ou saanen et 9 en race poitevine). Dans chaque élevage, les éleveurs ont rempli un questionnaire décrivant leurs pratiques. Plusieurs prélèvements de lait de tank ont également été collectés par le laboratoire interprofessionnel Lilco (95 chèvres alpines ou saanen, et 9 poitevines). Pour renforcer la fiabilité de l’étude d’impact économique du CAEV, des analyses de lait de tank ont également été réalisées sur un échantillon plus large d’élevages adhérents de Capgènes. D’après les résultats obtenus, les deux maladies étaient fréquentes dans l’échantillon étudié (CAEV dans 65 % des élevages et lymphadénite caséeuse dans 77 % d'entre eux).

Une méthode de dépistage intéressante

En ce qui concerne le CAEV, l’analyse du sérum de 20 chèvres a montré que 17 élevages avaient un statut négatif et 32 un statut positif. De plus, dans les 32 élevages où des infections ont été détectées, 90 % des chèvres multipares étaient séropositives en moyenne et 51 % des primipares. Les analyses sur lait de tank ont ensuite révélé que la densité optique (DO) moyenne était inférieure à 0,1 pour les 17 élevages négatifs et que la DO était élevée (>2) au-delà de 30 % de caprins séropositifs dans un élevage positif. Parmi les élevages de cette étude infectés par le CAEV, des « gros genoux » (élargissement des carpes sur un ou deux membres) ont été observés chez 31 % des multipares et 11 % des primipares. Selon les chercheurs, ces analyses de lait de tank permettent donc de repérer de façon certaine les élevages potentiellement indemnes mais aussi de sensibiliser les élevages infectés pour qu’ils mettent en place des plans de contrôle. Pour la lymphadénite caséeuse, l’analyse du sérum a révélé que deux chèvres avaient un statut négatif, 9 un statut douteux et 39 positifs. Sur les 51 % de chèvres "positives", la moitié était primipare et l’autre moitié multipare ; 11 % avaient un statut douteux. La DO de l’analyse réalisée sur le lait de tank était inférieure à 0,2 pour les 11 élevages négatifs ou douteux ainsi que pour un élevage positif, et sa valeur était supérieure à 0,2 dans les élevages positifs présentant plus de 20 % de caprins séropositifs. Les abcès (nodules et cicatrices localisés sur des nœuds lymphatiques sous-cutanés) étaient observés chez une proportion très variable d’animaux (14 % des primipares et 28 % des multipares) et de nombreux cas d’abcès étaient dus au microcoque de Morel, germe qui se distingue de la lymphadénite caséeuse par la précocité et la gravité des symptômes (5 élevages dont 2 indemnes de lymphadénite). Comme l’a indiqué Nicolas Ehrhardt, ces données mettent donc en évidence l’intérêt de l’analyse de lait de tank pour dépister cette maladie ainsi que les limites des tests sérologiques individuels ou des examens cliniques pour dépister la lymphadénite caséeuse à l’échelle de l’animal. En outre, avec cette méthode d’analyse, il est possible de distinguer la lymphadénite caséeuse du microcoque de Morel.

Des travaux à poursuivre

Les questionnaires exploités pour les 26 élevages infectés par le CAEV (dont 6 en race Poitevine) ont révélé que les mesures de séparation des chevreaux de renouvellement, de traitement du colostrum et d’allotement sont variables suivant les élevages. Les chercheurs recommandent donc de rechercher la présence du microcoque de Morel (prélèvement de pus) dans l’élevage lors d’achat d’animaux, en raison de l’émergence de ce germe particulièrement virulent. De plus, ils conseillent de nettoyer systématiquement les abcès avant qu’ils ne contaminent le milieu dans les élevages infectés, même si cette mesure devient inapplicable lorsque les abcès sont trop nombreux. Grâce aux résultats de cette étude, les chercheurs ont donc une meilleure connaissance de la situation sanitaire des troupeaux de chèvres françaises pour le CAEV et pour la lymphadénite caséeuse, ce qui permet d’améliorer l’efficience du programme de sélection ainsi que la gestion des mouvements de caprins reproducteurs entre élevages. De plus, ils ont pu confirmer l’intérêt du dépistage sur lait de tank pour ces deux maladies, en tenant compte des limites de sensibilité constatées. À l’avenir, différents projets à l’initiative des GDS devraient permettre de valoriser ces outils à grande échelle, et des travaux de recherche seront menés pour identifier les solutions à mettre en place lors d’échecs dans la maîtrise du CAEV, ou pour les élevages ne pouvant pas assurer les mesures de prévention classiquement préconisées (élevages pratiquant le pâturage ou l’élevage des chevrettes sous les mères).

  • 1. Ehrhardt N. "Dépistage du CAEV et de la lymphadénite caséeuse par analyses sur lait de tank". urlz.fr/mpme
  • 2. capgenes.com
  • 3. Programme Omacap 2023. Portail santé des chèvres. sante-chevres.fr
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