Nutrition, chirurgie et diagnostic moléculaire au congrès de l’ESVONC - La Semaine Vétérinaire n° 1994 du 16/06/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1994 du 16/06/2023

Cancérologie

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par David Sayag

Le lien entre microbiome et cancer, les avancées en chirurgie oncologique et les « biopsies » liquides ont été les trois thèmes du congrès de cancérologie vétérinaire de l’European Society of Veterinary Oncology.

Le congrès de la Société européenne d’oncologie vétérinaire (European Society of Veterinary Oncology [ESVONC]) s’est déroulé du 25 au 27 mai dernier à Alicante, dans le sud de l’Espagne. Forte de plus de 300 participants, cette grand-messe de l’oncologie vétérinaire a été structurée cette année autour de trois thèmes d’actualité, en offrant toujours une approche transversale avec des spécialistes de médecine humaine. Ainsi, les liens entre nutrition et cancer, et notamment l’impact du microbiome chez le patient atteint de cancer, les avancées en chirurgie oncologique et l’essor des nouvelles techniques de diagnostic moléculaire que sont les « biopsies liquides » ont été discutées.

La supplémentation en antioxydants lors de cancer non recommandée

Dan Chan, du Royal Veterinary College, a rappelé que « malgré des années de recherche en nutrition, il n’existait à ce jour aucune stratégie nutritionnelle définitive chez l’animal atteint de cancer ». Si les études de laboratoire mettent en évidence les effets anticancéreux de nombreux nutriments, il n’existe que peu de preuves d’efficacité à l’échelle de l’organisme dans sa globalité.

La place de la supplémentation en antioxydants a pu être débattue. L’impact du stress oxydatif sur le développement tumoral demeure variable en fonction du type tumoral et du micro-environnement tumoral notamment. Les supplémentations en antioxydants pratiquées au quotidien demeurent majoritairement inadaptées ; en effet, les petites molécules, telles les vitamines C et E, n’ont pas d’impact réel sur la physiopathologie tumorale, et une supplémentation en enzymes antioxydantes serait à privilégier, ce qui est bien plus difficile à mettre en place en pratique.

Les antioxydants peuvent avoir un effet délétère potentiel sur l’action de certaines molécules de chimiothérapie. En outre, ils peuvent promouvoir la cascade métastatique, les cellules néoplasiques pouvant d’autant plus être résistantes au stress oxydatif. Un intérêt futur pour les activateurs des facteurs de transcription nucléaires NRF2 demeure patente.

Le microbiome, une future cible dans la lutte contre le cancer ?

Il est à présent admis que des échanges complexes entre la flore digestive commensale et l’organisme s’établissent bilatéralement, et que ces échanges participent au maintien d’une bonne santé et au développement des cancers. Le polymorphisme du microbiote est ainsi considéré comme une caractéristique essentielle du cancer.

Bien qu’encore à l’étude, l’usage de prébiotiques peut favoriser la prolifération de la flore digestive saine, et aider ainsi à la correction de dysbiose secondaire à la maladie et/ou aux traitements, notamment en limitant le stress oxydatif. L’impact des probiotiques demeure encore à l’étude.

Détermination du nœud lymphatique sentinelle : à inclure dans les bilans oncologiques

La détermination du nœud lymphatique sentinelle1 a fait l’objet de très nombreux travaux dans la dernière décennie, que ce soit par des techniques d’imagerie (lymphographie, lymphangioscanner, reconnaissance dans le proche infrarouge…), de médecine nucléaire (lymphoscintigraphie, PET-scan) ou en chirurgie (coloration au bleu de méthylène notamment). Il est ainsi rappelé qu’il existe une discordance entre nœud lymphatique régional (le plus proche de la lésion tumorale) et nœud lymphatique sentinelle (le premier qui draine la tumeur) dans 28 à 63 % des cas, en fonction de la localisation anatomique et du type tumoral.

Si la détermination du nœud lymphatique sentinelle s’inscrit dans les standards de prise en charge diagnostique, des considérations cliniques persistent quant à la prise en charge thérapeutique (voir photos 1a et 1b). Car il existe peu de corrélations entre aspect du nœud lymphatique sentinelle et son infiltration néoplasique potentielle, et relativement peu d’études sur l’impact du retrait chirurgical de ce nœud lymphatique dans le pronostic. Doit-on systématiquement retirer chirurgicalement le nœud lymphatique sentinelle identifié lors du bilan d’extension ? Une question qui reste à ce jour sans réponse franche, tant la prise de décision doit être ajustée à chaque situation clinique (accessibilité chirurgicale du nœud lymphatique…) et familiale (motivation personnelle et financière des responsables de l’animal).

Une étude de l’université de Milan (Italie)sur l’impact de l’infiltration du nœud lymphatique sentinelle lors de mastocytome canin a cependant rappelé de manière précise que la classification histopathologique de Weishaar en quatre niveaux (HN0 : absence de métastase ; HN1 : prémétastatique ; HN2 : métastase précoce ; HN3 : métastase manifeste) était corrélée au pronostic, et que le retrait du nœud lymphatique aux stades HN1 ou HN2 permettait d’éviter une chimiothérapie adjuvante.

Biopsies liquides en médecine vétérinaire : des perspectives, mais pas de miracle

Les mois passés et à venir ont vu et verront l’émergence de nouveaux biomarqueurs du cancer chez les animaux de compagnie, et particulièrement chez le chien.

Jaime Modiano, directeur du centre anticancer de l’université du Minnesota (États-Unis), a présenté les évolutions des biopsies liquides en médecine vétérinaire, et insisté sur le fait qu’une détection précoce d’un cancer n’est, à ce jour, toujours pas associée à un meilleur pronostic. Une attention particulière sur les valeurs de sensibilité, de spécificité, et sur les valeurs prédictives positives et négatives est toujours essentielle afin d’appliquer les tests correctement, sans tomber dans les pièges commerciaux, et ainsi pouvoir interpréter chaque résultat de manière optimale.

Les tests de recherche des nucléosomes circulants (Nu.Q, Volition) et de l’ADN tumoral circulant (OncoK9, PetDx), disponibles depuis mars dernier en France pour le premier et à partir de début 2024 pour le second, sont des nouveaux outils dans la démarche diagnostique et le suivi thérapeutique de l’animal atteint de cancer, particulièrement lors de lymphomes (voir photo 2) et d’hémangiosarcome.

Un programme pour les ASV très apprécié

Fortement apprécié depuis sa mise en place en 2019, un programme de formation réservé aux auxiliaires spécialisés vétérinaire (ASV) a permis à un petit groupe de 17 assistant(e)s travaillant en centre d’oncologie de discuter des recommandations nutritionnelles du patient atteint de cancer, et des examens de suivi des animaux sous chimiothérapie. Les prochaines éditions du congrès renouvelleront ce programme pour les ASV, avec un projet de traduction instantanée afin d’ouvrir ces formations au maximum de personnes.

Les prochains rendez-vous de l’ESVONC seront le congrès mondial d’oncologie vétérinaire à Tokyo (Japon), en mars 2024, puis le congrès européen qui se tiendra à Bucarest (Roumanie) en mai.

  • 1. Panizo M. La procédure du nœud lymphatique sentinelle. La Semaine Vétérinaire n° 1980, 10 mars 2023.
  • 2. Gariboldi E.M., Ubiali A., Boracchi P., et al. Weishaar’s classification system for nodal metastasis in sentinel lymph nodes: update on clinical outcome in 94 dogs with mast cell tumors. Alicante (Espagne): Proceeding of the ESVONC Congress; 2023.
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