Le régime alimentaire de la poule pondeuse - La Semaine Vétérinaire n° 1994 du 16/06/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1994 du 16/06/2023

Nutrition

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Gwenaël Outters

Conférencier

Graham Zoller, diplômé du Collège européen de médecine zoologique, praticien au centre hospitalier vétérinaire OnlyVet de Saint-Priest (Rhône)

Article rédigé d’après la conférence « Mettre en place un régime alimentaire adapté chez la poule », présentée au congrès de l’Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie qui s’est déroulé à Marseille (Bouches-du-Rhône) en décembre 2022.

L’alimentation des poules, omnivores, en captivité, est souvent peu adaptée alors qu’elle doit répondre aux besoins physiologiques spécifiques au cours des différents stades de la vie de l’animal.

Les aliments sont piqués par la poule avec son becpuis ingérés pour descendre par l’œsophage dans le jabot où les amylases commencent leur action, et que les sécrétions muqueuses contribuent à ramollir. Ils parviennent ensuite, en passant par l’œsophage thoracique, dans le proventricule (action des acides et des enzymes) puis le ventricule (trituration par le « grit »). Une fois broyés, ils transitent dans l’intestin grêle puis arrivent dans les cæca, situés à la jonction iléo-colique, ayant un rôle dans la fermentation microbienne des fibres et le système immunitaire. La digestion est rapide puisque la moitié de l’aliment transite en quatre heures.

Besoins nutritionnels

Les poules sont monogastriques et produisent moins de nouveaux nutriments dans leur système digestif que les ruminants. Pour cette raison, elles doivent trouver davantage de nutriments dans leur ration et leurs besoins ont été établis pour 38 nutriments.

Glucides

Les fibres, mal digérées, ne devraient pas représenter plus de 10 % – et devraient idéalement être inférieures à 4 % – de la ration.

Les amidons des céréales sont la source principale d’énergie de la ration. Les cosses de certaines céréales contiennent des polysaccharides qui sont mal digérés et augmentent la viscosité du digestat intestinal réduisant l’absorption des nutriments et favorisant la prolifération de C. perfringens (les industriels ajoutent des enzymes exogènes dans les aliments commerciaux).

Lipides

Les matières grasses apportent de l’énergie, véhiculent les vitamines liposolubles et les acides gras (seul l’acide linoléique est essentiel chez la poule), augmentent la digestibilité en ralentissant la vitesse de transit tout en améliorant la consistance et l’appétibilité de l’aliment. Pour lutter contre le rancissement des matières grasses, les industriels ajoutent des antioxydants (éthoxyquine par exemple).

Protéines

Les protéines assurent l’apport d’acides aminés requis pour la synthèse des plumes et du blanc d’œuf notamment. La qualité des protéines dépend de la présence d’acides aminés essentiels, au nombre de 12 chez la poule (souvent non mentionnés sur l’aliment). Aucun aliment ne fournit tous les acides aminés essentiels de sorte qu’une formule d’aliments est nécessaire : la lysine et la méthionine sont souvent limitantes et parfois ajoutées sous forme synthétisée dans les aliments commerciaux.

Minéraux

Les cendres mentionnées sur l’étiquette incluent les minéraux et les oligoéléments. Le calcium est un élément essentiel à la minéralisation osseuse, à la formation de la coquille et aux contractions musculaires permettant, entre autres, la ponte. Comme les céréales sont déficitaires en calcium, des compléments sont généralement ajoutés dans les aliments commerciaux. La majeure partie du phosphore contenu dans les céréales est complexée par des phytates et n’est pas absorbée efficacement. Les industriels ajoutent une enzyme (phytase) pour améliorer la biodisponibilité du phosphore.

Vitamines

Hormis la vitamine C, synthétisée par la poule, la vitamine D, produite par l’exposition aux ultraviolets B, et quelques vitamines issues des micro-organismes, toutes les autres vitamines doivent être apportées par l’alimentation, sous forme de prémélange vitaminé.

Les besoins nutritionnels varient en fonction de la race (et notamment de la couleur des œufs), de l’âge (les poussins ont des besoins accrus en vitamine B, en manganèse et en protéines ; les pondeuses ont une diminution du volume ingéré nécessitant une augmentation de la concentration énergétique de la ration et un apport accru en acides aminés essentiels) et le type de production (besoins accrus en calcium et en vitamine A chez les pondeuses).

Rationnement pratique

Types d’aliments

Les aliments complets extrudés devraient représenter 90 % de la ration. L’aliment est choisi en fonction de l’âge de la poule (démarrage [jusqu’à 6 semaines], croissance [6-10 semaines], poulette [10-18 semaines] et pondeuse).

Les mélanges de grains (blé et maïs concassés) sont riches en énergie mais pauvres en protéines (lysine et méthionine notamment), calcium et vitamines (A et D notamment). Ces aliments induisent des déséquilibres (obésité et arrêt de la ponte) car les poules régulent leur ingéré par l’apport énergétique. Ils peuvent être intéressants distribués à la volée pour renforcer le comportement de recherche alimentaire, la flore digestive et le fonctionnement du gésier mais ne devraient pas dépasser 5 % de la ration (1 cuillère à soupe par poule deux ou trois fois par semaine). Ils sont en revanche à éviter lors des mois chauds car ils augmentent la température corporelle des poules et le picage.

Parfois tentante, la ration ménagère avec un mélange de grains conduit le plus souvent à un déséquilibre de la ration (qualité des ingrédients, évaluation nutritionnelle du produit fini, hétérogénéité des vitamines et des minéraux, carences), possiblement aggravé par le tri réalisé par les oiseaux. Les compléments vitaminiques et minéraux qui pourraient être ajoutés sont généralement conditionnés pour les élevages industriels et inutilisables par les petits producteurs.

La distribution de déchets de cuisine ou de table est interdite aux animaux d’élevage (a fortiori les aliments avariés). Alors que les végétaux frais (herbe, fleurs, légumes) apportent un enrichissement de l’alimentation, les crudités, trop riches en fibres, les aliments riches en acide oxalique (rhubarbe, épinards, blettes) et les aliments toxiques (pommes de terre, avocats, oignons) devront être évités.

Compléments

La ration de la poule pondeuse doit également comprendre des compléments phosphocalciques (coquilles d’huîtres ou semoulette) dont deux tiers devraient mesurer 0,5-1 mm pour assurer une libération lente du calcium dans le gésier au cours de la nuit, quand la coquille est produite.

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