Tuberculose bovine : comment améliorer les mesures de surveillance de la maladie ? - La Semaine Vétérinaire n° 1993 du 09/06/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1993 du 09/06/2023

Épidémiosurveillance

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Clothilde Barde

L’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments vient de rendre, dans son bulletin épidémiologique de mars 2023, les résultats de travaux menés par les groupes de travail « Tuberculose bovine » et « Sylvatub (tuberculose en faune sauvage) » de la plateforme ESA, portant sur la surveillance de la tuberculose due à Mycobacterium bovis en France métropolitaine pour la campagne 2019-2020.

Bien que la France soit officiellement indemne de tuberculose bovine (Mycobacterium bovis), des foyers de bovins ainsi que des animaux sauvages sont régulièrement retrouvés infectés sur le territoire métropolitain. Actuellement, des dispositifs de surveillance sont pourtant disponibles à l’échelle nationale, avec pour objectifs la surveillance des bovins (surveillance en élevage, en abattoir) mais aussi celle des principales espèces sauvages sensibles (Sylvatub). C’est pourquoi, une équipe de chercheurs de l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses) a cherché à comprendre comment améliorer l’épidémiosurveillance de la maladie en analysant les résultats des dispositifs de surveillance de la tuberculose à Mycobacterium bovis mis en place pour la campagne 2019-2020 en élevage, en abattoir et sur la faune sauvage.

Une répartition hétérogène sur le territoire

En 2020, les données obtenues ont permis de repérer sur le territoire la présence de 104 foyers de bovins et de 99 blaireaux confirmés infectés et les proportions de bovins et de troupeaux (17 776 troupeaux, 10,9 % des troupeaux français) soumis à la prophylaxie ont été plus importantes lors de cette campagne. De plus, comme l’indique le rapport, « les données collectées ont également permis de montrer que la tuberculose est une maladie fortement ancrée dans certains territoires ». En effet, l’incidence et la prévalence nationale de la maladie ne reflètent pas la répartition géographique hétérogène des foyers, qui se situaient principalement dans les zones d’enzootie de la tuberculose, soit Nouvelle-Aquitaine, Côte-d’Or, Corse, Normandie et Occitanie.

Une surveillance accrue

Dans le même temps, les experts de l’Anses notent que, dans les zones d’enzootie qui étaient connues, le renforcement de la surveillance s’est poursuivi. Ainsi, pour la campagne 2019-2020, la prophylaxie est devenue annuelle sur tous les bovins de plus de 24 mois en Charente, biennale en Haute-Vienne et triennale en Gironde. Par ailleurs, en 2020, 83 % des foyers ont été détectés par la surveillance effectuée en élevage et 17 % par celle réalisée en abattoir. Comme le constatent les experts, « cette tendance se poursuit depuis 2007, date de remise en place d’une surveillance en élevage plus ciblée, notamment autour des foyers détectés initialement en abattoir ». En parallèle, selon ces derniers, un important travail de resensibilisation des vétérinaires sanitaires à la déclaration des intradermotuberculinations (IDC) non négatives et à leur réalisation correcte a permis d’augmenter le nombre de suspicion et, in fine, le nombre de foyers détectés par cette modalité de surveillance.

Une circulation dans la faune sauvage

En ce qui concerne la gestion de la faune sauvage, il semble que, comme les années précédentes, M. bovis continue de circuler activement dans le nord de la Nouvelle-Aquitaine, en Côte-d’Or et dans les Pyrénées-Atlantiques. Selon le rapport, les zones dans lesquelles M. bovis circule chez les blaireaux coïncident avec les zones d’enzootie de tuberculose bovine en élevage de bovins. En effet, la détection de sangliers et de blaireaux infectés par M. bovis, présentant les mêmes génotypes que ceux identifiés chez les bovins, montre que la contamination de ces deux groupes, sauvage et domestique, est liée. « Il est donc important de poursuivre les efforts de lutte et de surveillance pour les différentes espèces », indiquent les chercheurs. Toutefois, durant la campagne étudiée, des foyers sans lien épidémiologique direct avec les zones d’enzootie ainsi que des animaux sauvages infectés ont également été identifiés en limite des zones à risque ou dans des zones de protection renforcée (ZPR). Cela indique, selon les experts, « certaines limites des mesures de surveillance et de lutte mises en place actuellement pour contenir l’infection dans la faune sauvage ».

Des efforts à poursuivre

Comme le conclut le rapport, des perspectives d’amélioration existent telles que la réduction de l’âge de dépistage des bovins en ZPR à 12 mois afin de mieux détecter les cas, l’optimisation de la réalisation des actes d’IDC et de la déclaration effective de toutes les suspicions, de l’interprétation des résultats des tests de l’interféron gamma ou le renforcement des mesures de biosécurité. En outre, les experts suggèrent de poursuivre les études pour mieux comprendre et améliorer la surveillance et la lutte contre l’infection de la faune sauvage. À ce sujet, différentes études sont déjà en cours (essai de vaccination sur les blaireaux, grille d’évaluation des pâtures par rapport à la présence de blaireaux, étude pour optimiser la disposition spatiale des piégeages autour des foyers de bovins, séquençage des génomes des couches prélevées chez les bovins et les blaireaux). Selon les experts, il est donc nécessaire de poursuivre les efforts de surveillance sur l’ensemble du territoire métropolitain car « cette maladie évolue lentement et de façon chronique, ce qui ne permet pas de voir, dans un délai court, les conséquences des mesures de renforcement de la surveillance et de la lutte déjà mises en œuvre ».

Modalités de surveillance actuelles

- En élevage de bovins : surveillance programmée (prophylaxie) par intradermotuberculination simple ou comparative ou interféron gamma.

- Lors de mouvements d’animaux entre deux établissements, durant plus de six jours.

- À l’abattoir : inspection ante mortem et post mortem avec, en cas de suspicion, envoi de prélèvements pour recherche de M. tuberculosis par PCR, bactériologie et histologie.

- Pour la faune sauvage (dispositif Sylvatub) : trois types de surveillance complémentaires (événementielle, événementielle renforcée et programmée) selon le niveau de surveillance (zone infectée, tampon, de prospection et de prospection/tampon).

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr