Prise en charge des calculs urétéraux chez le chat - La Semaine Vétérinaire n° 1993 du 09/06/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1993 du 09/06/2023

Urologie

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Mylène Panizo

Conférencière

Élodie Darnis, diplômée de l’European College of Veterinary Internal Medecine-Companion Animals, spécialiste en médecine interne au centre hospitalier vétérinaire (CHV) Frégis

Article rédigé d’après la webconférence « Aïe aïe aïe, mon chat a une colique néphrétique comme mon oncle : ont-ils les mêmes facteurs de risque ? », organisée par le CHV Frégis à Gentilly (Val-de-Marne), en partenariat avec le laboratoire Hill’s, le 9 mai 2023.

L’apparition des calculs urétéraux est multifactorielle (causes alimentaires, environnementales et génétiques). Leur prise en charge est un défi thérapeutique, aussi bien en urgence qu’en prévention.

Prédispositions et nature des calculs urétéraux

Les femelles semblent être davantage prédisposées aux calculs urétéraux (sans doute en raison d’un diamètre urétéral inférieur à celui des mâles), ainsi que les chats de plus de 4 ans et certaines races dont le sacré de Birmanie, le persan, le ragdoll et le British shorthair.

Les calculs urétéraux sont majoritairement des calculs d’oxalates de calcium (OxCa). Viennent ensuite les struvites, les lithiases d’urate et d’apatite ainsi que, dans de très rares cas, une agglomération de sang séché.

Chez l’humain, il est très important de différencier les calculs d’OxCa monohydratés des dihydratés, car ils sont associés à des facteurs de risque différents : les monohydratés sont liés à une hyperoxalurie et à une hypocitraturie, et les dihydratés à une hypercalciurie. Chez le chat, il n’y a que très peu d’études sur le sujet, mais des travaux de recherche sont en cours.

Prise en charge en urgence

Lors d’obstruction urétérale chez le chat, les symptômes sont généralement frustes, mais on observe parfois des vomissements, une dysorexie, un abattement et un inconfort abdominal. À l’examen clinique, une asymétrie rénale à la palpation et une déshydratation sont la plupart du temps constatées.

Il est nécessaire de réaliser les examens complémentaires suivants :

- Un bilan hémato-biochimique : une azotémie sévère est fréquemment constatée.

- Un gaz du sang/ionogramme, afin de détecter notamment une hyperkaliémie.

- La mesure du taux de calcium ionisé sanguin, afin de diagnostiquer une éventuelle hypercalcémie, constatée chez 17 % des chats atteints de calculs urétéraux.

- Une analyse d’urine : densité et pH urinaires, rechercher une éventuelle bactériurie et une cristallurie (mais, attention, en cas d’OxCa il est fréquent de ne pas observer de cristallurie).

- Une échographie abdominale mettant en évidence la présence de calculs urétéraux.

L’obstruction urétérale nécessite une hospitalisation d’urgence, afin de lever l’obstruction, de corriger les désordres électrolytiques et la déshydratation. Plus la prise en charge est précoce, plus il y a de chances de restaurer une fonction rénale normale. Le plan thérapeutique est le suivant :

- Mise en place d’une fluidothérapie, à adapter en fonction de la déshydratation et des anomalies électrolytiques.

- Administration d’une analgésie : en médecine humaine, c’est le premier traitement prescrit lors de calculs urétéraux, avec l’apport d’eau. En effet, une bonne gestion de la douleur pourrait permettre un relâchement de l’uretère, qui faciliterait l’élimination du calcul. Chez le chat, même s’il manifeste parfois peu de symptômes de douleur, il est conseillé d’administrer une analgésie. Au centre hospitalier vétérinaire Frégis, du fentanyl en perfusion à débit constant à 2 µg/kg/h est utilisé. À défaut, de la buprénorphine peut être prescrite.

- Administration d’alfuzosine*, à 0,1 mg/kg, afin de dilater l’uretère. Dans ce but, de la tamsulosine* peut également être donnée, mais elle est moins pratique (il faut faire reconditionner les gélules). 

- L’antibiothérapie n’est utile qu’en cas de bactériurie.

- L’utilisation de diurétique (mannitol) est controversée car il peut induire une surcharge volémique.

Il est nécessaire de refaire un bilan sanguin et une échographie vingt-quatre à quarante-huit heures après l’admission. Si l’obstruction n’est pas levée, ou si d’emblée un calcul de grande taille situé en partie crâniale de l’uretère est diagnostiqué, la réalisation d’un subcutaneous ureteral bypass (SUB) est à envisager rapidement.

Le SUB est un système qui permet de créer un uretère artificiel (en connectant un conduit du bassinet rénal à la vessie). À court terme, les complications sont évaluées à moins de 5 % des cas et sont variables (fuites, persistance d’une insuffisance rénale aiguë, dysurie, blocage du système). À long terme (< 10 % des cas), les complications possibles sont l’apparition d’une pyélonéphrite, d’un blocage du système, d’une minéralisation ou d’une migration du SUB.

En médecine humaine, en cas d’échec du traitement médical, les urologues utilisent la lithotripsie percutanée ou pratiquent une urétéroscopie avec technique de fragmentation par laser au thulium fibré. Chez les chats, ces méthodes ne sont pas envisageables car les uretères sont de trop petit diamètre, et cela risquerait de les endommager. Une urétérotomie reste possible, mais le risque de sténose urétérale est important. De plus, les chats synthétisent en général de nombreux calculs.

Prise en charge à long terme

Il convient de traiter les complications, de prévenir l’apparition d’une maladie rénale chronique (MRC) et de limiter les récidives de calculs.

La prévention repose sur un changement alimentaire. La ration doit répondre aux critères suivants :

- Être en partie humide : l’objectif est d’obtenir une densité urinaire inférieure à 1,025-1,030, afin d’éviter une sursaturation urinaire en calcium et en oxalate.

- Permettre d’obtenir un pH urinaire compris entre 6,5 et 7. Si l’alimentation ne suffit pas, du citrate de potassium peut être prescrit, à 50-75 mg/kg, par voie orale, deux fois par jour.

- Contenir des protéines de bonne qualité. La diminution de l’apport protéique est actuellement controversée, ce sont les protéines de mauvaise qualité qu’il faut éviter.

- Contenir peu de sodium (70-100 mg/100 kcal). L’excès de sodium permet certes de faire boire davantage l’animal, mais il augmenterait l’excrétion urinaire de calcium (cela a été démontré chez l’humain, mais il n’y a que peu d’études chez le chat).

- Ne pas être réduite en phosphore, en magnésium, en pyridoxine, ni en calcium (car cela induirait une augmentation de sa résorption intestinale).

Des outils de prédiction de survenue des cristaux existent (la relative supersaturation [RSS] ou le calcium oxalate titration [COT]).

La décision de prescrire un aliment rénal chez un chat atteint de MRC et de calculs urétéraux doit se baser sur le stade de la MRC. Lors de stades précoces, il est préférable de privilégier un aliment à visée urinaire.

En ce qui concerne le type d’eau à apporter, il est recommandé chez l’humain de boire de l’eau du robinet, qui est moins riche en minéraux que de l’eau en bouteille. Chez le chat, en l’absence d’études sur le sujet, les mêmes préconisations peuvent être suivies. Il est fondamental de stimuler le chat à boire (fontaine à eau, eau fraîche à disposition en permanence, plusieurs points d’eau…).

  • *pharmacopée humaine
  • Références
  • Geddes R.F., Davison L.J., Elliott J., et al. Risk factors for upper urinary tract uroliths and ureteral obstruction in cats under referral veterinary care in the United Kingdom. J Vet Intern Med. 2023;37(2):567-77.
  • Kopecny L., Palm C.A., Segev G., et al. Urolithiasis in cats: Evaluation of trends in urolith composition and risk factors (2005-2018). J Vet Intern Med. 2021;35(3):1397-1405.
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