L’Organisation mondiale de la santé animale sur tous les fronts - La Semaine Vétérinaire n° 1992 du 02/06/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1992 du 02/06/2023

Monde

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Par Marine Neveux

La 90e session générale de l’Organisation mondiale de la santé animale, qui s’est déroulée du 21 au 25 mai à Paris, a accueilli les délégués des 182 pays membres de l’Organisation. Approche multisectorielle, coordination, planification restent les maîtres mots.

La vaccination contre l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) a été l’un des sujets phares de cette 90e session (à lire le détail en pages 22-23 de ce numéro) alors que la France, face à la crise actuelle, envisage de vacciner à titre préventif les élevages de canards sur tout le territoire à l’automne prochain. La stratégie de vaccination sera finalisée en ce mois de juin. La stratégie française est confortée par l’approche internationale, s’est félicitée Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, alors que dans la résolution adoptée le 25 mai en clôture de la 90e assemblée générale de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), les délégués des pays membres ont appelé à trouver des solutions innovantes pour lutter contre l’IAHP, au premier rang desquelles la vaccination.

Répondre aux crises, mais réaliser un travail de fond est également un axe majeur de l’OMSA qui accompagne les services vétérinaires du monde entier pour faire face aux différentes crises qui peuvent survenir. Elle s’appuie sur des systèmes de détection, de coordination et de gestion des incidents, en coopération avec plusieurs partenaires. Son action internationale prend tout son sens dans le contexte actuel.

Monique Eloit (A 81), directrice générale de l’OMSA, revient sur les actions prioritaires, permettant de balayer les cinq piliers du plan stratégique (voir encadré). « Le champ de notre expertise se développe au-delà des seules sciences vétérinaires et nos avancées s’élargissent. » Reconnaissant que les textes fondamentaux de l’Organisation limitent aussi la diversité des commissions spécialisées, « ce constat nous conduit à analyser le cadre constitutionnel dans lequel nous agissons », explique-t-elle devant l’assemblée des délégués.

Le rapport 2022 de l’OMSA révèle de réelles avancées, avec plusieurs initiatives régionales qui témoignent que la stratégie des animaux aquatiques est bien entrée dans sa phase opérationnelle au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie. L’Organisation montre un dynamisme sur la biosécurité dans les petits élevages.

L’année 2022 est également une année phare pour la santé des animaux sauvages avec un portail Web actualisé et les travaux d’un groupe ad hoc sur le commerce des animaux sauvages visant à réduire les risques de maladies animales ou de zoonoses associées. « Nous faisons des vétérinaires les gardiens essentiels de la préservation de la santé des espèces sauvages. Nous nous impliquons dans les problématiques urgentes de la biodiversité et la surveillance accrue des nouveaux agents pathogènes. »

De la gestion des urgences à l’agroterrorisme

Autre thème phare de l’Organisation, « la gestion des urgences s’appuie sur un partenariat très actif avec Interpol et l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) » poursuit Monique Eloit. En 2022, l’OMSA a renforcé sa capacité à soutenir les membres à se préparer aux urgences, en s’emparant aussi de menaces comme celles de l’agro-terrorisme, de la criminalité agricole, car les agents biologiques peuvent devenir des armes et menacer la paix et la stabilité économique mondiale. L’OMSA s’attache à cette problématique et à la capacité de réponse des pays. Le projet encourage la coopération entre les services de répression et les services vétérinaires à l’interface de la santé et de la sécurité animale par le biais de groupes d’experts.

L’OMSA, en partenariat avec Interpol, a animé en juin 2022 un atelier pour explorer les risques en santé animale. Elle commence à développer des recommandations qui pourraient être utilisées par les services vétérinaires et les services de répression pour prévenir, reconnaître et lutter contre la désinformation et la mésinformation. Avec la FAO, Interpol et l’European Commission for the Control of Foot and Mouth Disease et l’Institut des maladies infectieuses animales, l’OMSA continue de programmer des exercices de simulation d’agroterrorisme.

Bien-être animal et développement durable

Autre sujet d’importance : le bien-être animal et son interaction avec les objectifs du développement durable. « Cela lance vraiment l’opérationnalisation de notre stratégie et la vision affichée : un monde où le bien-être des animaux est promu et renforcé, ainsi que le bien-être de l’homme, le développement socio-économique et la durabilité. Je souhaite insister sur ce sujet et vous inviter à être plus réceptifs à ce bien-être animal, ce n’est pas seulement un sujet technique, c’est un enjeu politique, car c’est à l’interface d’enjeux majeurs pour nos citoyens », interpelle Monique Eloit.

Des outils numériques pertinents

Les outils informatiques restent au cœur de la stratégie de l’OMSA pour le partage, la remontée des informations et une grande réactivité. La directrice générale se félicite ainsi de la rénovation de Wahis (système mondial d’information sanitaire permettant d’accéder aux données mondiales de la santé animale) et du nombre croissant de notifications.

En outre, la base de données mondiale Animus (lancée en septembre 2022) recueille les données sur les antimicrobiens. « À la fin 2022, il y avait déjà 114 membres connectés avec succès et 22 avaient déjà soumis leurs données pour ce cycle de collecte de données, ce qui est utile pour l’adaptation aux mesures de lutte contre les résistances. Nous devons être proactifs sur ce secteur, et pas seulement en réaction. » D’autres projets sont en très bonne voie, comme le lancement de l’interface publique d’Animus, le système d’information de processus d’évaluation de la performance des services vétérinaires (PVS) pour que les rapports de mission et d’analyses soient plus accessibles. Il y a également un projet de développement d’une plateforme en ligne pour archiver et suivre les statuts sanitaires officiels des membres…

Premier rapport de l’observatoire

Le premier rapport annuel de l’Observatoire de l’OMSA offre une vue d’ensemble sur la mise en œuvre par ses membres des normes internationales en matière de santé et de bien-être des animaux. Ce document comprend douze sections sur plusieurs thèmes. « L’Observatoire permet d’élaborer, de définir, de mettre en œuvre un cadre de gouvernance de la donnée, ce qui est crucial pour tous les projets de digitalisation de l’Organisation. C’est seulement en ayant des données probantes que nous pourrons avoir un système décisionnel robuste », explique Monique Eloit.

Renforcement des capacités vétérinaires et One Health

Le troisième objectif stratégique de l’OMSA est le soutien aux membres. Il s’est construit autour du travail normatif et du renforcement des capacités vétérinaires. En 2022, 76 membres ont bénéficié de 56 activités PVS. Le processus PVS aide les membres de l’Organisation à évaluer leur capacité par rapport aux normes internationales de l’OMSA.

« En 2022, l’accent avait été mis sur les effectifs vétérinaires et paravétérinaires. Pour compléter ce travail, un groupe de travail a été constitué pour développer des lignes directrices sur les professionnels de santé. » « Un groupe One Health a été créé sous notre impulsion », rappelle Monique Eloit. En effet, l’Organisation a lancé un plan d’action conjoint sur le thème “Une seule santé” avec les partenaires de la quadripartite (FAO, OMSA, Organisation mondiale de la santé, programme des Nations unies pour l’environnement). « Cet élan est à garder avec des applications régionales. » « L’approche Une seule santé est utilisée comme un instrument unique pour lutter et prévenir les futures pandémies, l’OMSA participe aux négociations pour représenter la santé animale et le personnel vétérinaire. »

Septième plan stratégique 2021-2025 : les cinq domaines d’intérêt

- L’expertise scientifique (tirer profit de l’expertise scientifique appropriée pour aborder des questions multisectorielles en matière de santé et de bien-être des animaux).

- La gouvernance des données (mettre en œuvre une transformation numérique au travers d’une stratégie sur les données de l’Office international des épizooties).

- La réponse aux besoins des membres (assurer un haut niveau de soutien aux membres de l’OMSA par des normes et du renforcement des capacités).

- La collaboration avec les partenaires (optimiser la coopération avec les partenaires pour mieux répondre aux défis mondiaux).

- L’efficacité et l’agilité (être reconnue comme une organisation performante et flexible sous-tendue par des processus internes et des outils modernes).

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