Conduite alimentaire du porc d’élevage - La Semaine Vétérinaire n° 1992 du 02/06/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1992 du 02/06/2023

Nutrition

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Morgane Rémond

En élevage, la maîtrise de l’alimentation est fondamentale pour favoriser la pleine expression du potentiel de croissance des animaux. Chez le porc, le plan alimentaire est à adapter à chaque période de vie, avec un point de vigilance particulier au moment du sevrage. Pour valoriser au mieux l’aliment, il est primordial de l’adapter aux enzymes présentes et de prendre soin de la muqueuse digestive dès le plus jeune âge.

Une production progressive d’enzymes après la naissance

Lorsqu’il naît, le porcelet est équipé d’un système digestif qui va profiter de l’arrivée d’une plus grande diversité de nutriments (comparé à ce qu’il reçoit in utero) pour se développer. Dans un premier le temps, le porcelet est capable de digérer uniquement le lait grâce aux lactases produites par les entérocytes (production pendant la vie fœtale, puis décroît progressivement à partir de la deuxième semaine après la naissance). Par la suite, la modification d’expression génétique dans les entérocytes permet le passage des lactases aux saccharases et maltases vers l’âge du sevrage (4 semaines) pour la digestion d’autres nutriments. Au niveau du pancréas, une production progressive d’amylases et de lipases se met en place les six premières semaines de vie (voir figure 1). Ainsi, pendant son premier mois, le porcelet ne digère pas l’amidon cru (traitement thermique nécessaire). À noter que l’estomac n’est pas un site majeur de digestion : une seule enzyme, la pepsine, est sécrétée.

Un risque de réduction de la sécrétion enzymatique au sevrage…

Au moment du sevrage, le porcelet passe d’une alimentation majoritairement liquide à solide avec une évolution des matières premières (origine animale à origine végétale). Cette transition alimentaire est associée à divers stress, tels la séparation avec la mère, le mélange de portées, le changement de salle, d’aliment, de mode de distribution… Tout cela peut engendrer une baisse de consommation d’aliment, ce qui induit une dégradation de la muqueuse de l’intestin grêle avec une diminution de la hauteur de villosités (de 45 à 70 %) ainsi que des microvillosités. Avec pour conséquence une baisse des contractions digestives, une diminution de la synthèse d’enzymes digestives, ainsi que la capacité d’absorption au risque de voir apparaître des diarrhées liées à la malabsorption. Il est donc nécessaire d’apporter progressivement l’aliment de sevrage au porcelet en maternité.

… à prévenir par un plan alimentaire en maternité

À partir de 1 semaine d’âge, il est possible de distribuer un « appât » pour habituer progressivement le porcelet à l’aliment solide et la consommation à l’augette. Ces appâts ont la caractéristique d’être très appétants et très digestibles ; ils sont à base de poudre de lait ou d’amidon cuit. Leur distribution se fait dans des augettes, par petites quantités, afin que le produit reste frais. Après une semaine de distribution, il est possible de passer à un starter, également caractérisé par sa haute appétence et digestibilité. On vise un objectif de consommation de 100 à 150 g pour un sevrage à 21 j et 200 à 250 g pour un sevrage à 28 j. Dans le cas d’un sevrage à 28 j, les 4-5 derniers jours en maternité, l’aliment premier âge consommé en post-sevrage pourra être distribué à raison de 200-300 g par porcelet. L’objectif est qu’avant le sevrage un porcelet ait consommé 500 g d’aliment solide (voir figure 2).

En parallèle, le porcelet doit être également habitué à boire de l’eau de façon autonome. Pour ce faire, l’eau peut être tirée à l’abreuvoir dès 2 ou 3 jours après la naissance.

Une transition alimentaire pour le post-sevrage

Au moment du sevrage, le système digestif n’est pas encore ou pas parfaitement adapté à la digestion de l’amidon cru. Il est donc conseillé de rester sur des aliments très digestibles (aliments premier âge amidons traités thermiquement et protéines lactées). La durée de distribution de cet aliment est historiquement liée à une quantité d’aliments consommés par les porcelets (règle des 14 : poids de sevrage + poids d’aliment premier âge à distribuer = 14). Aujourd’hui, la distribution dure environ deux semaines avec une transition alimentaire progressive vers l’aliment deuxième âge autour de 40 jours d’âge (voir figure 2). L’aliment deuxième âge est composé d’amidons crus et de protéines végétales (fin des protéines lactées), de fait une transition alimentaire sur un minimum de trois-quatre jours est nécessaire pour l’adaptation du système digestif afin de limiter le risque de dysbiose.

L’aliment deuxième âge est un peu moins concentré en protéines que l’aliment premier âge. Il est souvent distribué jusqu’à la fin du post-sevrage (environ 70-80 jours d’âge, soit environ 25-30 kg). Dans certains élevages, un aliment Nourrain peut être distribué en fin de post-sevrage entre l’aliment deuxième âge et l’aliment croissance.

Des sevrages à 21 j ou de petits porcelets nécessitent une attention particulière (voir figure 2).

Plusieurs systèmes alimentaires possibles en engraissement

En engraissement, le système digestif est mature : outre la valorisation des nutriments au niveau de l’intestin grêle, il y a aussi une digestion bactérienne de la cellulose au niveau du gros intestin, permettant la production d’acides gras à chaîne courte. Ils seront absorbés par la muqueuse, participant à l’apport d’énergie de l’animal. Pour cette période, l’objectif est d’avoir une alimentation qui permette d’optimiser au mieux le potentiel de croissance des animaux.

Les porcs reçoivent une alimentation avec une teneur plus faible en protéines qui permet de limiter le dépôt de gras sans pénaliser la croissance musculaire. Dans un premier temps, un aliment croissance est distribué jusqu’à environ 120 j d’âge puis un aliment finition (baisse du taux de protéine, 15-17 % versus 14-16 %, et de l’énergie de l’aliment).

L’aliment est présenté sous forme sèche (granulés, farine) ou sous forme de soupe (sec + eau). Il peut être distribué en plusieurs repas (système soupe) ou mis librement à disposition (alimentation sèche). La quantité distribuée suit la courbe de croissance des porcs avec un plafond de distribution autour de 2,6 kg d’aliment sec par jour (variable selon l’aliment et le type d’élevage).

Sur un aliment sec, une attention particulière devra être portée sur la période de disponibilité de l’aliment (maintenir l’accessibilité aux aliments), ainsi que sur la granulométrie de l’aliment (trop de particules fines, pouvant être à l’origine d’ulcères d’estomac).

Côté soupe, il faudra bien contrôler les équipements de distribution avec notamment les pesées de cuve de préparation et/ou de distribution, la quantité de soupe distribuée au niveau des différentes vannes le long du circuit, l’homogénéité de l’aliment (dilution autour de 2,6-2,8 l/kg) et sa qualité (voir tableau 1).

Toutes ces règles générales de conduite alimentaire seront à ajuster suivant la conduite d’élevage (âge au sevrage, élevage sur paille ou bio), le statut physiologique des animaux (mâles entiers/castrés), l’origine de l’aliment (achat/fabrication à la ferme), le type d’alimentation (soupe/sec), son mode de distribution (type de nourrisseurs, nombre de repas), l’état sanitaire de l’élevage (fragilité digestive, présence de pathologies digestives ou pouvant influencer la consommation des animaux [syndromes grippaux]) et les objectifs visés de croissance. Ce qui rend la situation de chaque élevage unique concernant l’alimentation.

  • Sources
  • - La physiologie digestive du sevrage à 50-60 kg, Aude Ferran, présentation du congrès 2022 de l’Association française de médecine vétérinaire porcine (AFMVP).
  • - Conduite alimentaire du porc en croissance, Paul Blons, présentation du congrès 2022 de l’AFMVP.
  • - Hygiène de la soupe, Claudio Trombani, présentation du congrès 2022 de l’AFMVP.
  • - Brunon M., Trombani C., Ropars M. et al. Déterminants de la flore microbiologique de la soupe et ses conséquences sur les porcs charcutiers en engraissement. Journées de la recherche porcine. 2020;52,147-52.
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