La fourbure, une maladie répandue dans les élevages intensifs - La Semaine Vétérinaire n° 1991 du 26/05/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1991 du 26/05/2023

Affections podales des bovins

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Karim Adjou

La pododermatite aseptique diffuse (ou fourbure) est un syndrome qui résulte d’un processus non infectieux, congestif et inflammatoire, affectant le pododerme. Elle est multifactorielle et complexe. Ses causes ne sont pas toutes élucidées. Elle se manifeste sous des formes subaiguë, chronique et aiguë, cette dernière étant peu fréquente chez l’espèce bovine. Dès son apparition, la maladie atteint le système circulatoire et la corne du doigt, mais sa manifestation clinique est tardive et ses capacités de guérison sont mauvaises. L’importance économique de cette affection locomotrice est sous-estimée. Ainsi, même si la fourbure subclinique a été incriminée dans la physiopathologie des ulcères de sole, des érosions du bulbe et de la maladie de la ligne blanche, certaines études démontrent que plus de 45 à 65 % de toutes les lésions des pieds de bovins seraient provoquées directement ou indirectement par ce syndrome1.

Des causes et facteurs de risques variés

L’alimentation est un facteur important expliquant l’apparition de fourbure chez certains bovins. En effet, le bon équilibre alimentaire conditionne la production d’une corne de qualité et les rations à valeur énergétique élevée (acidogènes), dont les taux de concentrés sont élevés et les taux de fibres sont bas, prédisposent à la fourbure en particulier à la fourbure chronique. Les carences alimentaires en cuivre et en zinc, qui sont impliqués dans la synthèse de la kératine, peuvent également favoriser l’apparition de cette affection locomotrice. De plus, certaines conditions environnementales, comme une longue période debout, exacerbent le problème (transport des animaux ou vaches laitières en attente en salle de traite par exemple). Les sols glissants, les bétons rugueux, irréguliers ou neufs, non neutralisés, le rainurage trop large ou trop profond sont également des facteurs favorisants. Concernant les vaches en péripartum, comme elles sont soumises à des stress divers ainsi qu’à des changements physiologiques importants, tels que les changements de ration, de lot ou de bâtiment dans la période du vêlage, elles sont davantage prédisposées à la fourbure. Par ailleurs, la non-délivrance, les mammites, les métrites sont autant de sources de sécrétion de toxines vasomotrices qui sont résorbées et peuvent ensuite secondairement provoquer des fourbures. L’incidence maximale des lésions dues à la fourbure subclinique (bleimes de la sole et le long de la ligne blanche, croissance rapide de la corne de la sole) est observée dans les cent premiers jours après la mise bas, avec un pic entre 20 et 24 semaines post-partum, selon une étude sur des vaches laitières de race frisonne âgées entre 10 et 24 mois2. Les prédispositions génétiques semblent évidentes mais demeurent peu étudiées et peu prises en compte au niveau de la sélection.

Des symptômes et lésions caractéristiques

Les signes d’appel sont soit une boiterie plus ou moins sévère, soit une ou plusieurs lésions caractéristiques découvertes au hasard d’un parage préventif, dans un contexte d’élevage intensif de vaches laitières hautes productrices le plus souvent. Les symptômes et les lésions dépendent de la forme de fourbure (aiguë, chronique, subaiguë ou subclinique) et de la phase de la maladie (phase I discrète ou violente, ou phase II compliquée ou non). Ainsi, dans la forme subclinique de la maladie, la vache ne présente par définition aucune boiterie. Seules des hémorragies diffuses et minimales sont alors visibles dans la sole (de l’onglon externe du membre supérieur surtout) proche de la ligne blanche. En cas de forme subaiguë, la boiterie est moins importante que dans la forme aiguë et la démarche des animaux devient progressivement douloureuse. Les bovins boiteux semblent « marcher sur des œufs ». À l’arrêt et en marchant, les animaux modifient leurs aplombs pour restreindre le poids porté sur les onglons externes des membres postérieurs, ce qui les conduit à porter les pieds en rotation externe, jarrets serrés. L’examen des onglons, après parage fonctionnel, fait alors apparaître une ou plusieurs des lésions suivantes : décolorations rougeâtres (bleimes) ou jaunâtres dans la corne solaire, décollement possible de la ligne blanche, ulcère de la sole avec ou sans cerise, cassure horizontale de la paroi (ou seime cerclée)3.

Des formes aiguës ou chroniques

La forme aiguë de la fourbure est peu répandue (consécutive à un épisode d’acidose ruminale aiguë par exemple). Dans ce cas, la boiterie est brutale, violente et elle affecte simultanément les onglons des membres postérieurs et antérieurs. Généralement, les bovins touchés sont raides et piétinent. Lorsqu’ils sont debout, les animaux atteints se tiennent le dos voussé, les membres postérieurs portés sous eux. Les onglons peuvent être chauds et douloureux à la percussion, mais aucune déformation ou lésion de la corne n’est alors observable (les hémorragies de la corne seront observées plus tard [deux mois après l’épisode aigu]). Lors de forme chronique de fourbure, les signes locomoteurs sont encore plus progressifs que dans la fourbure subaiguë. Des modifications, très lentes, sont observées sur les onglons et surtout sur les onglons externes des membres postérieurs, à la suite d’un désengrènement du système de suspension de la phalange distale. Les lésions rencontrées sont surtout une concavité de la muraille, avec présence de cerclages marqués, non parallèles à la couronne.

La prévention est essentielle

Le traitement varie en fonction des lésions présentes lors du parage. La prévention consiste principalement à corriger l’acidose ruminale subclinique, mais surtout à améliorer le confort des animaux (litière suffisante, tapis de caoutchouc ou matelas, logettes confortables, réduction du temps de la posture debout…). De même, soigner activement les affections du péripartum (mammites, métrites, non-délivrance) fait partie du dispositif de lutte contre la fourbure. Il faut également effectuer un parage fonctionnel systématique, une ou deux fois par an, sur l’ensemble du troupeau. Enfin, un traitement antihistaminique, anti-inflammatoire non stéroïdien ainsi que la mise en place d’une corticothérapie peuvent être recommandés lors de forme aiguë pour diminuer la douleur et l’inflammation4.

  • 1. Delacroix M. La pododermatite aseptique diffuse (fourbure). In: Maladies des bovins. 3e éd. Paris: La France agricole; 2000. p. 338-41.
  • 2. Bradley H.K., Shannon D., Neilson D.R. Subclinical laminitis in dairy heifers. Vet Rec. 1989;125(8):177-9.
  • 3. Grasmuck N. Diagnostic différentiel des maladies podales des bovins. Thèse d’exercice [Médecine vétérinaire]. Maisons-Alfort: École nationale vétérinaire d’Alfort; 2005.
  • 4. Radostits O. Herd health: food animal production medicine. Philadelphie: Saunders; 2001.
Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr