Bien-être animal : la profession s’interroge sur ses propres pratiques - La Semaine Vétérinaire n° 1991 du 26/05/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1991 du 26/05/2023

FILIÈRE ÉQUINE

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Chantal Béraud

Conférences

Cet article fait suite à la séance de l’Académie vétérinaire de France du 27 avril 2023, organisée pour débattre de l’évolution du bien-être animal dans la filière équine, et où il a notamment été abordé les pratiques vétérinaires interdites ou questionnables qui y ont parfois cours.

« Il y a aujourd’hui des vétérinaires que je qualifie d’indignes qui devraient être poursuivis et sanctionnés. Autrefois, quand un praticien faisait des infiltrations, c’était pour soigner le cheval ! Aujourd’hui, je vois des vétérinaires français et étrangers qui utilisent ces pratiques à très haute dose et qui veulent même les imposer à de jeunes entraîneurs qui ne savent pas à quoi ils s’exposent… » (en matière de condamnation pour dopage). Tel est le cri du cœur d’un entraîneur qui, avec « fracas », est intervenu en direct lors de la séance thématique de l’Académie vétérinaire de France du 27 avril dernier. Ces propos ont d’ailleurs conforté la prise de parole précédente de Jean-Yves Gauchot (T 90, ancien président de l’Association vétérinaire équine française et actuel vice-président de la Ligue française de protection du cheval), qui venait d’assurer, posément mais fermement, « qu’il ne fallait pas passer dans de la surtechnicité vétérinaire ni infiltrer à mauvais escient », dans le cadre de sa conférence intitulée « Quels enjeux pour la profession vétérinaire face aux attentes sociétales en matière de bien-être des équidés ».

Le temps de l’analyse

Réfléchir sur les pratiques vétérinaires d’un point de vue éthique, c’est ce vaste chantier que Jean-Yves Gauchot souhaiterait voir lancer dans la profession. Et de prendre l’auditoire à témoin avec cette série d’interrogations en rafale : « Les interventions chirurgicales sur les coliques sont techniquement très bien maîtrisées par la profession, mais ne vaudrait-il pas mieux désormais réfléchir à l’axe de la prévention, en nous améliorant par exemple en nutrition ? » « Quelles limites pour les soins aux poulains ? À quoi bon une arthroscopie sans conseil de prévention suffisant à l’élevage ? De même, opérer de très vieux chevaux de coliques, est-ce bien raisonnable ? Et lorsqu’un cheval souffre d’insuffisance cardiaque, comme il n’existe pas de médicament pour les équidés, est-il vraiment approprié de vouloir le traiter avec des médicaments pour chien, alors même qu’il lui en faut d’énormes quantités, pour un prix conséquent ? »

Jean-Yves Gauchot a ainsi exhorté la profession à faire l’inventaire en interne des questions médicales de ce genre afin d’essayer d’y apporter des réponses dans un consensus collectif. Car, explique-t-il, « les vingt dernières années ont apporté au vétérinaire équin de formidables avancées scientifiques et techniques. Le moment de l’analyse de cette période est maintenant arrivé pour positionner les soins au cheval au bon endroit sur l’échelle du bien-être animal, sans aller dans “l’hyper soin”, qui pourrait être assimilé à une forme de maltraitance ».

Des progrès… mais encore du travail en vue

Les autres intervenants ont pour leur part plutôt mis en avant les progrès déjà accomplis en matière de bien-être équin. « Dans son immense majorité, le cheval de course est un animal bien traité », a ainsi assuré Pierre Préaud, secrétaire général de la Fédération nationale des courses hippiques (en citant notamment le code des courses à respecter, en matière de cravache, harnachement, déferrage…).

Une table ronde, animée par les docteurs vétérinaires Jean-Roch Gaillet (président 2023 de l’Académie vétérinaire de France) et Michel Martin-Sisteron (coordinateur), a clôturé la séance. Voici la synthèse finale de l’Académie : « Les représentants de l’ensemble des activités de la filière équine ont ici pu présenter les réalisations déjà accomplies en matière de bien-être animal. Un long chemin reste cependant à parcourir à ce propos par chacun, ainsi qu’en a témoigné, par exemple, dans son domaine, l’exposé vétérinaire présenté. Qui, loin de n’être qu’un réquisitoire de procureur, a été une analyse objective et constructive de la situation, mettant en garde contre tous les excès et infractions constatés et inadmissibles, notamment du fait de la place des vétérinaires parmi les professionnels concernés. » Avec, en conclusion, à méditer : « Il ne faut pas oublier que la domestication animale, donc celle du cheval, même si elle semble accorder des droits, implique surtout des devoirs à l’espèce humaine du fait de sa situation de dominance. »

SONIA WITTRECK (A 89)

Responsable du département livrets et contrôles chez France Galop

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Les instances internationales sportives travaillent également sur le bien-être du cheval. Bientôt va d’ailleurs sortir la charte internationale sur la reproduction dans le stud-book international du pur-sang anglais (race qui vient d’être reconnue comme faisant partie des chevaux de sport par la World Breeding Federation of Sport Horses). Mais d’autres efforts doivent être menés. Par exemple, il nous faut continuer à encore mieux prendre en charge les reconversions et la fin de vie des chevaux de course. Comme l’a indiqué Pierre Préaud, secrétaire général de la Fédération nationale des courses hippiques, la filière travaille déjà dans ce sens. En effet, concernant le galop ou le trot, pour de jeunes chevaux sans résultats sportifs probants ou d’autres en fin de carrière, des mises en relation sont faites entre des entraîneurs et de nouveaux cavaliers, par l’intermédiaire notamment d’associations telles qu’Au-delà des pistes et Passerelle. Dans le futur, il faudra sans doute attribuer un agrément aux débourreurs et pré-entraîneurs pour les affilier aux sociétés mères du trot et du galop, afin que les opérations de contrôle déjà effectuées puissent, en cas d’anomalie ou d’infraction constatées, permettre de les sanctionner.

DÉBORAH BARDOU

Présidente de la commission bien-être animal de la Fédération française d’équitation, sous-filière « sports et loisirs »

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L’évolution des comportements nécessite beaucoup de pédagogie préalable. Je rappelle qu’en 2015, quand l’usage de la cravache avait été interdit lors d’une compétition avec des enfants sur des poneys Shetland, cela avait posé des problèmes de sécurité car les poneys sont souvent conditionnés à leur présence. Et ce n’est pas non plus parce que l’on proscrit la cravache en concours qu’elle ne va pas continuer à être utilisée à la maison. Juste interdire un élément ne permet pas de tout solutionner, c’est plus complexe que cela. Beaucoup de sensibilisation doit être déployée à tout niveau en amont. C’est une œuvre de longue haleine sur laquelle travaille la Fédération française d’équitation, qui représente 690 000 cavaliers dans une trentaine de disciplines différentes.

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