Les maladies ovines au cœur du congrès de la Société espagnole de technologie ovine et caprine - La Semaine Vétérinaire n° 1989 du 12/05/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1989 du 12/05/2023

Médecine des petits ruminants

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Par Karim AdjouKarim Adjou

Pour le 10e Congrès de la Société espagnole de technologie ovine et caprine (Seoc), 500 participants du monde entier se sont réunis du 6 au 10 mars à Séville, en Espagne, pour faire le point sur les dernières connaissances sur les maladies des ovins.

Les différentes thématiques de la médecine et de la production des petits ruminants étaient très bien représentées », lors du 10e Congrès international vétérinaire ovin (International Sheep Veterinary Congress [ISVC]), qui s’est tenu du 6 au 10 mars au Palais des congrès de Séville, avec environ 500 participants venant de nombreux pays (y compris des États-Unis, d’Australie, du Canada, de Hong Kong et de Nouvelle-Zélande). Cet événement international a été organisé par la Société espagnole de technologie ovine et caprine (Sociedad española de ovinotecnia y caprinotecnia [Seoc]), en tant que membre de l’Association vétérinaire ovine internationale. En effet, l’Espagne est le troisième pays d’Europe en termes d’effectifs d’ovins, avec un recensement de 16 millions d’ovins (ce qui la place après la Fédération de Russie et le Royaume-Uni). Il s’agit en outre du troisième pays producteur de viande et de lait, avec un peu plus de 100 000 tonnes de viande et un demi-million de tonnes de lait. Les productions élevées de ces espèces donnent une idée de la diversification des systèmes de gestion et de production dans ce pays. Pour ouvrir le congrès, la professeure Delia Lacasta (Espagne) a présenté les principales thématiques retenues lors de cette rencontre, soit le développement durable, la réduction de l’usage des antibiotiques, les maladies virales, les maladies parasitaires, les hémoparasites, les avortements, le bien-être animal et la vaccination. De nombreux scientifiques (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement [Inrae], écoles nationales vétérinaires d’Alfort [ENVA] et de Toulouse [ENVT], Institut d’élevage, laboratoires pharmaceutiques…) et praticiens français y ont participé, dont huit intervenants français (ENVA, ENVT, Inrae, Ceva, Lallemand) qui ont présenté des conférences ou des communications orales.

La coproscopie, une technique intéressante

Ainsi, Karim Adjou, professeur à l’ENVA, a présenté une « keynote » sur l’intérêt et les limites de la coprologie en médecine ovine. Il a rappelé qu’en médecine vétérinaire, les méthodes classiques de diagnostic des parasites côtoient les techniques les plus modernes, comme la PCR, et jouent toujours un rôle majeur dans les activités quotidiennes de diagnostic (c’est le cas à l’ENVA lors des suivis parasitaires d’élevages de petits ruminants en Île-de-France). Ces techniques sont faciles à mettre en œuvre dans un cabinet vétérinaire car elles nécessitent un matériel réduit et peu coûteux. Cependant, la lecture et l’interprétation des résultats doivent être basées sur une connaissance approfondie des éléments trouvés, de la sensibilité de la technique et des conclusions que l’on peut en tirer. À cet égard, des arbres de diagnostic et des tableaux d’interprétation peuvent être suivis pour interpréter correctement les résultats coprologiques chez les ovins et prendre ainsi les bonnes décisions concernant la thérapie antiparasitaire. Comme l’a indiqué le Pr Adjou, « la coproscopie, même si elle n’est pas parfaite, est un outil d’aide à la décision qu’il ne faut pas hésiter à utiliser ». Cette technique donne une indication sur le nombre total d’œufs présents mais ne permet pas d’identifier les familles de strongles, a-t-il précisé. Pour identifier les larves, il convient de recourir à une coproculture dans un laboratoire spécifique où les œufs sont éclos, car les œufs de nombreux nématodes se ressemblent beaucoup en taille et en forme et ne peuvent pas être identifiés facilement. En outre, la coproculture est nécessaire lors d’études épidémiologiques et de résistance des parasites aux produits antiparasitaires.

La SDMA, un paramètre à considérer

Parmi les autres conférences, le Dr Frederik Kiene (Clinique porcine et des petits ruminants de Hanovre, en Allemagne) a présenté les résultats d’un travail portant sur la diméthylarginine symétrique comme paramètre sérique précoce pour détecter les lésions rénales des ovins et des caprins. En effet, les paramètres conventionnels d’évaluation de la fonction rénale, telles les concentrations de créatinine sérique et d’urée, sont très variables en fonction de l’âge, de la masse corporelle, de la race et du régime alimentaire de l’animal. Dans ce contexte, la créatinine sérique dépend étroitement du nombre total de cellules musculaires, et les concentrations d’urée ou d’azote uréique sanguin sont directement influencées par la teneur en protéines alimentaires. Le niveau de sensibilité de ces paramètres est très limité, puisque la détection d’une lésion rénale n’est possible que lorsque le taux de filtration glomérulaire est déjà inférieur à 40 %. Chez les animaux de compagnie, comme les chats et les chiens, de nouveaux biomarqueurs rénaux, tels que la diméthylarginine symétrique (SDMA pour symmetric dimethylarginine), sont donc de plus en plus utilisés pour améliorer le diagnostic des maladies rénales précoces. Contrairement à la créatinine, la SDMA est produite par tous les types de cellules. Bien que les lésions rénales directes jouent généralement un rôle mineur chez les petits ruminants, l’utilisation de ce paramètre relativement nouveau chez les ovins et les caprins peut faciliter la détection des lésions rénales subcliniques causées par les phytotoxines et le diagnostic ante mortem de la cachexie. Ce travail de recherche permet, par conséquent, de fournir des valeurs de référence pour la SDMA chez les petits ruminants et d’étudier la spécificité rénale et l’indépendance démographique de ce paramètre sérique dans son application au sein de deux espèces jusqu’à présent totalement nouvelles.

Des travaux à poursuivre

Ainsi, les concentrations de SDMA ont été mesurées, à l’aide d’un test Elisa compétitif commercial, dans des échantillons de sérum provenant d’un total de 111 moutons et 89 chèvres présentés pour traitement à la clinique des porcs et des petits ruminants de l’université de médecine vétérinaire de Hanovre entre 2016 et 2021. Les valeurs de référence ont été déterminées par bootstrapping (intervalles de confiance des concentrations sériques de SDMA dans une sous-population d’animaux cliniquement sains dont les concentrations de créatinine se situaient dans l’intervalle de référence). Des analyses de corrélation et des tests de Wilcoxon pour déterminer l’indépendance de la SDMA par rapport aux facteurs démographiques, tels que l’âge, la masse corporelle ou le sexe, et à la créatinine sérique ont été effectués. La population d’étude comprenait des animaux présentant des anomalies cliniques et des concentrations élevées de créatinine sérique afin d’obtenir une variance élevée dans l’ensemble des données. En outre, un petit groupe d’ovins présentant une émaciation clinique sévère, une faible créatinine sérique et des valeurs élevées d’urée sérique, a été examiné pour tester la possibilité d’un diagnostic clinique ante mortem de cachexie. Les résultats, comparés aux résultats post mortem, ont démontré une corrélation significative entre les concentrations de SDMA et de créatinine dans le sérum chez les deux espèces, et que la SDMA semble moins dépendre de l’âge et de la masse corporelle que la créatinine. Ce nouveau biomarqueur pourrait donc être très intéressant pour application chez les moutons et les chèvres. Néanmoins, cette enquête rétrospective ne peut servir que d’étude pilote et ne peut remplacer une évaluation systématique de la SDMA sérique chez les petits ruminants sur un plus grand nombre d’individus avec des informations plus précises sur l’état des reins. À l’issue du congrès, les participants ont salué à l’unanimité « l’excellente organisation de cette rencontre internationale qui fut riche en rencontres, en discussions et en projets futurs ». Le prochain congrès ISVC aura lieu près de Sydney, en Australie, en 2025.

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