Les chiens renifleurs flairent des cancers canins - La Semaine Vétérinaire n° 1987 du 28/02/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1987 du 28/02/2023

Cancérologie

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Tanit Halfon

Une étude américaine montre que les capacités olfactives des chiens peuvent leur permettre de détecter des processus tumoraux canins. Pour les scientifiques, cette preuve de concept doit ouvrir la voie à d’autres travaux de recherche.

Il ne fait plus de doute aujourd’hui que les capacités olfactives du chien peuvent être utilisées dans le domaine de la santé. Plusieurs travaux de recherche1 en témoignent. Une nouvelle étude américaine2, publiée en mars 2023 dans le Journal of the American veterinary medical association, le réaffirme avec la particularité cependant de tester l’olfaction du chien au service… du chien ! L’idée était d’explorer une méthode de détection plus précoce, moins coûteuse et moins invasive que les examens complémentaires que l’on pourrait être amené à effectuer dans le cadre d’une visite annuelle de santé. Cette étude s’inscrit dans le programme « Sniff 4 Life »3. Comme l’expliquent les scientifiques, une expérimentation avait déjà été tentée en 2017 par une équipe de l’université de Caroline du Nord : il s’agissait d’évaluer la capacité du chien à détecter, à partir d’un échantillon d’urine, des chiens présentant un carcinome à cellules transitionnelles des voies urinaires. Les résultats4 ont été peu concluants, notamment dus à la méthodologie.

Une preuve de concept

Dans la présente étude, ce sont des échantillons de salive de chiens sains et touchés par une tumeur maligne (hors période de traitement) qui ont été utilisés, provenant de plusieurs cliniques (surtout de l’hôpital universitaire de Wisconsin-Madison), de chiens de race, de sexe et d’âge différents. Les témoins avaient 6 ans ou moins sans maladie en cours (selon l’historique ou l’examen clinique) ; plusieurs types de processus tumoral ont été inclus. Au total, ce sont 139 échantillons de chiens malades et 161 de chiens sains qui ont été inclus dans l’étude exploratoire.

Six chiens de 7 ans et moins ont été sélectionnés comme chiens renifleurs, de race et sexe différents. Leur entraînement a duré six mois, à raison d’une à trois séances par semaine de deux à trois heures chacune. Après cette phase d’entraînement, les chiens ont été testés sur dix échantillons de chiens malades5 et 22 de chiens sains : il s’agissait d’un test à l’aveugle, à raison de quatre essais consécutifs effectués le même jour. Les résultats sont bons : une sensibilité moyenne de 90 %, une spécificité de 98 %, des valeurs prédictives positive et négative de 95 %. Cinq chiens sur six sont passés à côté d’un ou deux échantillons positifs ; deux chiens ont pointé à tort un ou deux échantillons négatifs ; un chien a réussi le test sans aucune erreur.

Poursuivre la recherche

Pour les chercheuses, ces résultats sont une preuve de concept que la méthode fonctionne et qu’elle pourrait servir d’outil de dépistage du cancer chez le chien. Elles en appellent à accentuer la recherche en incluant une plus grande diversité des processus tumoraux. Plusieurs questions devront être explorées, notamment comprendre s’il y a des différences suivant les types de tumeurs et évaluer les capacités olfactives selon le stade de la maladie. D’autres usages pourraient être envisagés, comme la détection de maladies non cancéreuses. Enfin, le chien pourrait également être utilisé dans le dépistage de cancers félins. In fine, l’objectif sera d’isoler les composés organiques volatils pour mieux les étudier dans le cadre de tests spécifiques de diagnostic et de suivi du cancer.

  • 1. Hache F. Chiens de détection olfactive de la Covid-19 : élaboration et traitement d’une enquête pré-déploiement auprès du grand public. [Thèse, Médecine vétérinaire et santé animale]. École nationale vétérinaire d’Alfort; 2022. bit.ly/3oAKJec.
  • 2. Malone L.A., Pellin M.A., Valentine K.M. Trained dogs can accurately discriminate between scents of saliva samples from dogs with cancer versus healthy controls. J Am Vet Med Assoc. 2023;1-8. bit.ly/3N2NhvQ.
  • 3. Snoff 4 Life, medical scent detection dogs : bit.ly/3mQDrCj.
  • 4. Dorman D.C., Foster M.L., Fernhoff K.E., Hess P.R. Canine scent detection of canine cancer: a feasibility study. Vet Med (Auckl). 2017;8:69-76. bit.ly/41xKcrR.
  • 5. Lymphome à grandes cellules (n = 3), mastocytome (n = 1), ostéosarcome (n = 1), le mélanome (n = 1), sarcome des tissus mous (n = 1), carcinome épidermoïde (n = 1), carcinome des cellules transitionnelles/urothéliales (n = 2).
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