Établir un protocole anesthésique et analgésique chez une poule - La Semaine Vétérinaire n° 1987 du 28/02/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1987 du 28/02/2023

Chirurgie

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Mylène Panizo

Conférencier

Thomas Coutant, diplômé de l’European College of Zoological Medicine (spécialité aviaire), spécialiste en médecine et chirurgie des oiseaux, chef du service NAC au centre hospitalier universitaire vétérinaire de l’École nationale vétérinaire d’Alfort (ENVA)

Article rédigé d’après la webconférence « Établir un protocole anesthésique et analgésique chez une poule : quelles sont les nouveautés ? », organisée par l’ENVA (Val-de-Marne), le 23 mars 2023*.

Des données récentes chez la poule permettent d’établir des protocoles anesthésiques et analgésiques efficaces et sécuritaires. Certaines particularités de cette espèce sont à connaître afin de réduire les risques anesthésiques.

Anesthésies générales

La pose d’un cathéter est recommandée. Celui-ci se place généralement dans la veine alaire ou dans la veine métatarsienne médiale. Il est fortement conseillé d’intuber les oiseaux, quels que soient le type de chirurgie et le protocole anesthésique choisis. En effet, les poules, comme toutes les espèces aviaires, sont sujettes aux dépressions respiratoires qui surviennent rapidement après le début de l’anesthésie (dès dix minutes). Les apnées sont fréquentes mais facilement gérables en ventilant l’animal. Chez les poules, il est impératif d’utiliser des sondes sans ballonnet (de 2,5-3 mm de diamètre), car les oiseaux possèdent des anneaux trachéaux complets (non élastiques) ; gonfler un ballonnet risque de comprimer la trachée et d’induire des strictions trachéales plusieurs semaines après l’anesthésie. Pour la même raison, une fois la poule intubée, sa tête ne doit plus être manipulée. La surveillance anesthésique est primordiale : il est recommandé d’utiliser un capnographe, un monitorage électrocardiographique, et d’effectuer une surveillance de la SpO2 et de la température cloacale a minima, le tout sous contrôle d’un assistant.

• La prémédication : il est conseillé d’utiliser du butorphanol (analgésie) à la dose de 2 mg/kg en intramusculaire (IM), associé à du midazolam (relaxation musculaire) à la dose de 0,5 mg/kg en IM.

• L’induction : elle est réalisée environ quinze minutes après avoir effectué la prémédication. Des données récentes ont montré l’intérêt de l’alfaxalone à la dose de 7,5 mg/kg par voie intraveineuse (IV) sans prémédication et à 4 mg/kg en IV avec prémédication. Cependant, il n’est pas rare de devoir augmenter la dose jusqu’à 8 à 10 mg/kg en IV, même avec une prémédication préalable. L’anesthésie dure plus de deux minutes, le temps d’intuber l’animal. L’alfaxalone est une molécule sécuritaire chez les poules. Néanmoins, elle peut provoquer une excitation, une rigidité et une dorsiflexion.

L’induction peut également être réalisée avec de l’isoflurane à 3,5 %.

• Le maintien de l’anesthésie : l’isoflurane ou le sévoflurane à 2 % sont utilisés après l’induction.

Si la pose d’un cathéter n’est pas possible, le protocole suivant peut être mis en place : prémédication avec de la médétomidine à 50 µg/kg, associée à du midazolam à 0,5 mg/kg en IM, induction dix minutes plus tard par de la kétamine à 25 mg/kg en IM, puis, après dix minutes, intubation et maintien de l’anesthésie avec du sévoflurane ou de l’isoflurane à 2 %.

En l’absence de disponibilité d’une anesthésie gazeuse, ou si la durée de l’anesthésie est très courte (gestion d’une petite plaie par exemple), le recours au propofol est possible (induction à 9 mg/kg en IV, puis maintien en IV à 1,2 mg/kg/min).

Anesthésies locales

• Anesthésie épidurale caudale : elle est efficace pour les chirurgies du cloaque et du cœlome caudal. Une aiguille spinale de 23 G est insérée à la jonction entre le synsacrum et la première vertèbre coccygienne. De la lidocaïne à 2 mg/kg (agit en une minute et pour une durée de vingt minutes) ou de la bupivacaïne à 0,5 mg/kg (agit en dix minutes pour cinquante-cinq minutes) peuvent être utilisées.

• Anesthésie du plexus brachial : l’efficacité est incertaine, il faut généralement compléter avec une analgésie systémique. Deux techniques ont été testées : celle par palpation (au niveau du creux entre le muscle pectoral, le triceps et le supracoracoïde) et celle (à privilégier) par méthode échoguidée (visualisation du plexus et des vaisseaux en B-mode).

• Anesthésie du bloc fémoro-sciatique : il n’y a pas d’efficacité prouvée mais elle reste prometteuse selon des cas cliniques décrits. Deux méthodes ont été testées : par électrostimulation et par guidage échographique.

Protocoles analgésiques

Les poules possèdent des récepteurs aux opioïdes kappa, il faudrait donc privilégier le butorphanol (à 2 mg/kg en IM) ou la nalbuphine qui sont des opioïdes kappa agonistes. Cependant, ces molécules induisent un effet analgésique de seulement deux heures. La fréquence d’administration est donc élevée, ce qui n’est pas envisageable en pratique courante. Une perfusion à débit constant de butorphanol pourrait être une alternative intéressante, mais son coût est très élevé.

La morphine n’a pas d’effet analgésique chez la poule (uniquement un effet sédatif).

La méthadone, à 6 mg/kg en IM, permet de réduire la quantité de propofol en IV et d’isoflurane, mais l’effet analgésique n’a pas été démontré chez la poule.

Un patch de fentanyl est utilisable (à 12 µg/h pour une poule de moins de 2 kg, ou à 25 µg/h pour une poule de 3 kg). Il se pose sur le flanc (après avoir retiré les plumes de la zone) et est laissé en place pendant trois jours. Il manque cependant des données chez les poules : les concentrations plasmatiques atteintes sont très variables et la dose efficace n’est pas connue.

Le tramadol peut être prescrit pour le traitement de la douleur au retour de l’animal au domicile. Il est utilisé à 10 mg/kg per os (PO), deux fois par jour. Il n’y a cependant pas de certitude sur son effet analgésique chez la poule, mais il est pratique à administrer.

En postopératoire, le méloxicam est largement utilisé chez la poule, à la dose de 1 mg/kg en IM ou en PO, deux fois par jour. Comme la demi-vie de cette molécule est plus longue chez les poules Wyandotte, le méloxicam est prescrit une seule fois par jour pour cette race.

Une toxicité rénale a été démontrée à la dose de 5 mg/kg par voie orale toutes les douze heures durant cinq jours. Légalement, il est interdit d’utiliser le méloxicam chez la poule pondeuse car il n’y a pas de limite maximale de résidus fixée. Il existe des études sur les résidus de méloxicam dans les œufs, qui persistent généralement pendant sept jours. En théorie, par sécurité, il serait recommandé de prévenir le propriétaire de ne pas consommer les œufs durant les quinze jours qui suivent l’absorption de méloxicam.

Il n’existe pas d’études sur les résidus dans les œufs des autres molécules anesthésiques et analgésiques citées dans cet article.

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