Amortir le choc de l’inflation en 2023 - La Semaine Vétérinaire n° 1987 du 28/02/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1987 du 28/02/2023

Finances

ENTREPRISE

Auteur(s) : Par Jacques Nadel

L’inflation qui perdure crée une forte tension sur la marge des entreprises. Les vétérinaires libéraux vont devoir revêtir leur tenue de combat pour atténuer ses effets.

L’année 2023 est loin d’être rose. Si l’inflation globale commence à baisser grâce à la décrue des prix de l’énergie, il n’en est pas de même pour celle qui affecte les courses alimentaires et autres produits de consommation courante. Il faut s’attendre à une nouvelle flambée des prix alors que la hausse de ceux des produits alimentaires s’est élevée à 12,1 % sur un an en décembre 2022. Malgré les mesures publiques et la hausse des salaires négociée dans certaines branches d’activité, le pouvoir d’achat est en baisse. Il faut donc s’attendre cette année à ce que les propriétaires d’animaux de compagnie adaptent leur consommation en produits de santé animale et limitent les soins vétérinaires au strict nécessaire.

Par ailleurs, les coûts d’exploitation des entreprises vétérinaires augmentent tandis que les difficultés persistantes de recrutement, le renforcement des compétences des équipes entraîneront, à n’en pas douter, une nouvelle hausse de la masse salariale dans les prochaines années. Dans ce contexte, la difficulté pour le vétérinaire titulaire est de mesurer les impacts de l’inflation sur son compte d’exploitation, pour ne pas se retrouver pris à la gorge si son activité reste stable ou fléchit.

Suivre ses achats, adapter son offre

Les vétérinaires doivent s’attendre à une contraction des activités de parapharmacie et de conseil pour lesquelles le propriétaire de l’animal va chercher à faire des économies.

La hausse des prix des laboratoires et le durcissement des relations avec les fournisseurs entraînant une baisse des remises commerciales auront un impact direct sur la marge du vétérinaire. La difficulté pour ce dernier est de répercuter la hausse des coûts d’achat dans le prix de vente. À une hausse des prix d’achat de 10 % correspond une augmentation de 5 % des prix publics. Certes, il faut adapter ses prix de vente pour ne pas sacrifier sa marge mais il faut agir avec discernement et appliquer des hausses différenciées.

Le vétérinaire doit suivre de près ses coûts de revient et avoir une clé de répartition des coûts, qui a pour objectif d’inclure dans le prix de revient d’un bien ou d’un service l’ensemble des coûts supportés par l’entreprise, y compris ceux indirects et administratifs.

Il doit également piloter plus efficacement ses achats. Par exemple, en sécurisant ses approvisionnements par des accords avec ses fournisseurs lui garantissant les prix de ses achats sur une plus longue période, ce qui lui assurera une relative quiétude commerciale. Il devra peut-être revoir et réduire l’assortiment de ses gammes de produits pour optimiser sa marge et ses négociations, faire un mixte « produits leaders-marques différenciantes », développer des marques de distributeurs via les groupes.

Contenir ses frais généraux

L’optimisation des processus de fonctionnement de la clinique permet de compenser les effets de l’inflation en réduisant les frais généraux. Pour baisser les coûts de gestion, une analyse de la valeur de chaque processus permettra de mettre en lumière les opérations manuelles les plus chronophages. Le développement de la digitalisation des procédés de gestion et l’automatisation des opérations (par exemple, pour le recouvrement des créances clients, la mise en place d’une solution d’automatisation de relance permet une surveillance renforcée des encaissements et la création d’alertes dès le dépassement de la date d’échéance) augmentent significativement la productivité de l’entreprise en diminuant ses coûts, tout en protégeant ses marges sans répercuter la totalité de l’inflation sur les prix de vente.

Mettre le paquet sur le management

Les ressources humaines sont la préoccupation première des praticiens vétérinaires libéraux. Il faut « mettre le paquet » sur le management, trop délaissé par le titulaire, développer sa marque employeur, sa culture d’entreprise, la cohésion de groupe, améliorer la gestion des plannings et déployer une organisation agile alternant des journées bien remplies avec d’autres plus flexibles ou adopter la semaine de quatre jours, remettre l’accent sur la formation, externaliser au maximum le back-office, comptabilité, paie, ressources humaines…, s’emparer des outils digitaux pour optimiser le temps.

L’impact de la hausse des taux d’intérêt

Afin de maintenir la stabilité des prix, les banques centrales relèvent leurs taux directeurs. Les taux attendus au deuxième trimestre de la Banque centrale européenne sont de 3,25 % pour le taux de dépôt et de 3,75 % pour le taux de refinancement. Pour mémoire, le taux directeur de la Réserve fédérale des États-Unis se situe entre 4,50 % et 4,75 %. L’objectif affiché est de ramener l’inflation à 2 % cet été.

En attendant, en empruntant 100 000 € sur sept ans à un taux d’intérêt de 1 % (hors assurances) en 2022, la mensualité était de 1 233 € par mois, soit une annuité de 14 796 €. Aujourd’hui, ce même emprunt de 100 000 € sur sept ans au taux de 4 % génère une mensualité de 1 367 €, soit une annuité de 16 404 €. Pour avoir la même mensualité de 1 233 €, le montant à emprunter est de 90 200 €, soit une baisse de 9 800 € ou encore de 9,8 % du montant initialement emprunté. Pour conserver une annuité de 14 796 €, il faut allonger la durée de crédit de près d’un an.

Gare à l’effet ciseaux !

Tous ces signes laissent présager ce qu’on appelle « l’effet ciseaux » : une baisse de la rentabilité des entreprises (excédent brut d’exploitation) conjuguée à une hausse des taux d’intérêt. L’effet ciseaux est un phénomène dans lequel le montant des produits et des charges évolue d’une manière opposée – sur un graphique, ce sont deux courbes qui se croisent et donnent l’image d’une paire de ciseaux. Le résultat va donc baisser si les charges augmentent plus vite que les produits ou augmenter si elles diminuent plus vite que les produits.

Un effet ciseaux peut survenir à la suite d’une impossibilité pour une entreprise de répercuter dans l’immédiat l’augmentation des coûts de production (matières premières…) sur ses prix de vente (mécanisme d’inertie, relation contractuelle avec ses clients, concurrence forte, blocage réglementaire ou psychologique, mauvaise maîtrise des coûts…). L’augmentation des charges face à la stabilité des prix de vente peut impliquer le phénomène de l’effet ciseaux. En revanche, la hausse des charges n’est pas un signe de dégradation financière si les produits varient dans le même sens plus rapidement.

Les placements avantageux en 2023

L’inflation constitue une menace pour la valeur et le rendement de son épargne.

Là encore, certaines solutions peuvent être mises en œuvre afin d’amortir le choc. À propos d’un des placements préférés des Français, l’assurance-vie, il faut diversifier ses contrats. Les fonds en euros de l’assurance-vie risquent d’être en souffrance. En effet, avec une remontée des taux d’intérêt, les obligations composant majoritairement ces fonds ne vont pas pouvoir délivrer un rendement suffisant pour contrer l’inflation (autour de 2 % en 2022). Il peut être intéressant de diversifier son contrat en investissement dans des produits qui, en principe, résistent mieux à l’inflation, notamment les unités de compte en immobilier.

La « pierre » reste une valeur sûre et une solution de choix dans le contexte actuel. Pour pouvoir se constituer un patrimoine immobilier dans un cadre fiscal avantageux, le dispositif Pinel doit retenir l’attention des investisseurs locatifs car il ouvre droit à une réduction d’impôt sur le revenu. Le taux de cette réduction varie selon la durée de l’engagement de location que le propriétaire aura choisie.

La « pierre papier » conserve aussi tout son intérêt. Les sociétés civiles de placement immobilier permettent à des particuliers d’investir dans l’immobilier, plus précisément dans l’acquisition de parts de capital de sociétés qui détiennent elles-mêmes un patrimoine immobilier et redistribuent aux différents investisseurs les loyers qu’elles perçoivent.

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