Révision de la législation européenne sur le bien-être des bovins, qu’en pensez-vous? - La Semaine Vétérinaire n° 1986 du 21/04/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1986 du 21/04/2023

Expression

EXPRESSION

Auteur(s) : Propos recueillis par Chantal Béraud

L’Autorité européenne de sécurité des aliments vient de publier, le 29 mars dernier, un avis scientifique concernant les veaux en élevage, qui devraient notamment être logés en petits groupes au cours de leurs premières semaines de vie1. Qu’est-ce que la prochaine révision de la législation européenne sur le bien-être animal soulève comme autres attentes et interrogations notamment côté bovin ?

Anne-Marie Vanelle (A 77)

Membre de l’Académie vétérinaire de France

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On en saura plus prochainement

Concernant les vaches laitières, le dernier avis scientifique de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) remonte au 5 juin 2009. Il mentionnait déjà des problèmes de boiterie et des mammites trop fréquents, dont la cause principale est la sélection génétique exagérément poussée, basée sur le critère de l’augmentation de la production laitière. L’Efsa recommandait une augmentation de l’espace qui leur est alloué dans les bâtiments et que, « lorsque c’est possible, les vaches puissent avoir accès à de bonnes conditions de pâturage extérieur, au moins durant les périodes d’été ou de saison sèche », avec la possibilité permanente de s’abreuver. Sur les étables entravées, l’avis de 2009 préconisait qu’en cas de poursuite de leur usage, « les vaches [puissent] cependant bénéficier d’un exercice quotidien leur permettant d’évoluer librement à l’intérieur ou au-dehors (sauf en cas de conditions climatiques adverses) et avoir la liberté d’exprimer leurs autres comportements ». Mais on en saura plus lors de la webconférence organisée par l’Efsa le 23 mai prochain, qui abordera le bien-être des vaches laitières, mais aussi des veaux, des canards, des oies et des cailles2.

François Courouble (A 81)

Président (de 2015 à 2021) de la commission Bien-être animal de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires

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Le bien-être animal ne fait pas encore consensus

Une des difficultés de l’amélioration du bien-être animal en élevage est que, sur nombre de points, ces sujets ne font pas encore consensus. Récemment, par exemple, j’ai eu l’occasion de parler avec des confrères du fait que l’Europe souhaite a priori interdire de garder des vaches à l’attache. Pourtant, si à l’attache elles ont à manger et à boire, qu’elles sont sur une litière propre, que leur relation avec l’éleveur est calme et que ce dernier veille à ce qu’elles ne se blessent pas, elles peuvent être mieux à l’attache qu’en stabulation libre. En particulier si, dans ce cas-là, l’éleveur leur prête moins d’attention (maintien sur une litière humide…). Car une vache ne marche pas pour le plaisir de marcher, mais pour trouver sa nourriture ! Attendons de savoir précisément ce que l’Europe va préconiser. Je pense également que le vétérinaire rural peut contribuer pour beaucoup à l’amélioration du bien-être animal en élevage en pratiquant sur le terrain de l’éthologie appliquée.

Laurent Faget (T 04)

Praticien mixte, président du réseau Vplus (une centaine de vétérinaires)

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Attention à la diminution des cheptels et du nombre de praticiens !

Pour prendre notre cas personnel, nous maintenons plusieurs cliniques mixtes dans le nord de la Gironde. Mais l’élevage y est tellement en perte de vitesse qu’il est difficile de sauvegarder un maillage vétérinaire correct correspondant, notamment pour les gardes et la permanence et continuité de soins des week-ends car, de fait, nous sommes extrêmement peu sollicités. Parfois, nous ne voyons plus les bovins qu’en prophylaxie. Dans ces conditions, même si on recrute de jeunes vétérinaires qui souhaitent travailler en pratique rurale, ce n’est pas évident de les y former. Le bien-être animal (BEA) ne pourra réellement être préservé que s’il n’y a pas une trop forte diminution des cheptels d’élevage. Concernant le débat actuel sur l’attache des bovins, dans des zones d’élevage comme le Charolais ou en montagne, les animaux ne passent ainsi que quelques mois durant l’hiver, période des vêlages où l’éleveur a besoin d’effectuer une surveillance rapprochée. Conséquemment, je pense qu’interdire totalement cette pratique, ce serait ignorer des spécificités territoriales françaises qui fonctionnent généralement bien, dans le respect du BEA.

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