Effet du cola et de l’eau gazéifiée sur l’impaction de l’estomac chez le cheval : étude in vitro - La Semaine Vétérinaire n° 1986 du 21/04/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1986 du 21/04/2023

Pathologie digestive

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : ANNE COUROUCÉ

Dr Rose Tallon, vétérinaire équin au Royaume-Uni, European veterinary specialist in equine internal medicine

Article rédigé d’après la communication présentée au congrès de l’European College of Equine Internal Medicine (Eceim) à Rome en octobre 2022.

L’impaction gastrique chez le cheval est caractérisée par une distension due à l’accumulation d’ingesta déshydratés dans l’estomac. Les causes suggérées d’impaction gastrique comprennent une maladie du foie (toxicité de Senecio jacobaea), l’ingestion d’aliments qui gonflent ou forment une masse dans l’estomac (par exemple, des graines de kaki), une maladie dentaire, un approvisionnement en eau insuffisant, une motilité ou sécrétion gastrique anormale, une occlusion intestinale. Les signes cliniques ne sont pas spécifiques et vont de l’anorexie à la douleur abdominale sévère.

Diagnostic

Cette affection est diagnostiquée par échographie abdominale à gauche en évaluant le nombre d’espaces intercostaux (EIC) sur lesquels il est possible de visualiser l’estomac (voir photo). En décalant la sonde en avant et en arrière sur plusieurs EIC, on peut évaluer le degré de distension de l’estomac en comptant leur nombre. L’échogénicité permet également de se faire une idée sur le contenu de l’estomac (liquide et/ou solide). L’échographie est un excellent moyen de visualiser la taille de l’estomac pour estimer si elle est augmentée ou non. Ce dernier est normalement visualisable sur trois ou quatre EIC. Dans le cas où la taille est augmentée, cela peut signifier qu’il y a présence de reflux ou qu’il existe une impaction de l’estomac.

Traitement

Le traitement des impactions gastriques chez le cheval implique une fluidothérapie entérale pour ramollir le contenu gastrique déshydraté. Il faut parfois laisser de l’eau en place quelques heures pour pouvoir récupérer le contenu alimentaire très compact. L’utilisation d’une boisson gazeuse, un cola, a été décrite chez les chevaux pour faciliter cela, et il a été rapporté qu’elle entraînait une résolution plus rapide des impactions gastriques. Le but de cette étude était de comparer l’effet du cola gazéifié (CG), du cola non gazéifié (CGN), de l’eau gazéifiée (EG) et de l’eau du robinet isotonique sur le contenu de l’impact gastrique dans un modèle in vitro.

Le contenu d’une impaction gastrique a été obtenu lors de l’autopsie. Un trou de 4,4 cm de diamètre a été découpé dans quatre récipients en plastique. Six kilogrammes de contenu gastrique ont été déposés dans chaque récipient et comprimés pour reproduire une impaction. Quatre litres de chaque solution ont été ajoutés toutes les heures pendant quatre heures. Le volume de fluide qui s’écoulait à travers les récipients était mesuré à chaque heure. L’absorption de liquide a été enregistrée pendant et à la fin de la période d’étude (qui a duré dix-huit heures [T18]). Les volumes de drainage ont été comparés et l’absorption a été comparée.

Résultats de l’étude

L’eau du robinet avait significativement moins de drainage 470 ml ± 199 ml par rapport à l’EG 3 262 ml ± 422 ml, au CG 2 249 ml ± 376 ml et au CGN 2 503 ml ± 1 082 ml. Les ingesta ne se sont vidangés des récipients dans aucun groupe. L’EG et les deux groupes de cola avaient une absorption complète des liquides à tous les moments, tandis que l’eau du robinet avait une absorption complète à T18 uniquement (p = < 0,01). Le contenu de l’eau du robinet occupait un volume plus petit à T18 (6 059 cm3) que les groupes CGN (6 754 cm3), EG (7 247 cm3) et CG (7 865 cm3).

Pertinence clinique

En conclusion, le cola gazéifié ou non et l’eau gazéifiée avaient une meilleure absorption et pénétration du contenu de l’impact gastrique que l’eau du robinet dans un modèle in vitro. Ainsi, l’eau gazéifiée peut représenter une alternative au cola dans le traitement des impactions gastriques chez le cheval.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr