Les étapes à suivre pour mettre en place une désensibilisation - La Semaine Vétérinaire n° 1982 du 24/03/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1982 du 24/03/2023

Dermatologie

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Mylène Panizo

Conférencier

Sébastien Viaud, diplômé ECVD, spécialiste en dermatologie au centre hospitalier vétérinaire Anicura-Aquivet à Eysines (Gironde).

Article rédigé d’après une webconférence organisée par MP labo le 17 novembre 2022.

L’incidence de la dermatite atopique augmente chez les animaux de compagnie, qui sont en effet de plus en plus exposés à des allergènes nombreux et variés. La prise en charge de cette maladie multifactorielle est multimodale, et la désensibilisation en est le seul traitement étiologique. La démarche pour effectuer une désensibilisation se réalise en plusieurs étapes.

Diagnostiquer une dermatite atopique

La dermatite atopique canine (DAC) est une dermatose inflammatoire, à prédisposition génétique, qui associe des signes cliniques caractéristiques à la production d’immunoglobulines E (IgE) dirigés contre des allergènes. Chez le chat, on parle de syndrome cutané atopique félin (Scaf). Il est caractérisé par diverses présentations cliniques (dermatite miliaire, alopécie extensive féline, prurit cervico-facial, lésions du complexe granulome éosinophilique).

Le diagnostic de DAC ou de Scaf s’appuie sur l’examen clinique et sur l’exclusion d’autres maladies (allergie aux piqûres de puces, allergie alimentaire, parasitoses externes, pyodermite, etc.).

La désensibilisation est la seule option thérapeutique étiologique. Elle fait partie des dernières recommandations de l’International Committee on Allergic Diseases of Animals.

La désensibilisation doit être envisagée lorsque l’animal présente des signes cliniques importants pendant plus de trois mois dans l’année, et/ou lorsque la réponse aux traitements symptomatiques est faible, et/ou s’ils entraînent des effets secondaires incontrôlables et/ou trop importants. La mauvaise observance des propriétaires ou le coût des traitements immunomodulateurs à long terme sont aussi des facteurs pouvant inciter à envisager une désensibilisation.

Sélectionner les allergènes

Les intradermoréactions (IDR) sont les tests de référence pour sélectionner les allergènes à inclure dans le protocole de désensibilisation. L’idéal est de les coupler à des tests sérologiques. Il n’existe pas de protocole standardisé validé pour ces tests.

Pour réaliser des IDR, des panels d’allergènes sont proposés par les laboratoires, incluant généralement des allergènes non saisonniers (acariens de poussière, acariens de stockage, squames, et, moins fréquemment, les moisissures et les insectes), et des allergènes saisonniers (pollens de graminées, d’arbres et d’herbacées). Il est généralement conseillé de réaliser des IDR au moment des poussées allergiques. Il est nécessaire de ne plus administrer à l’animal ni d’antihistaminiques (au moins huit jours avant la réalisation des tests), ni de corticoïdes oraux ou de dermocorticoïdes (deux semaines avant), ni d’oclacitinib (au moins quinze jours avant), et de ne pas réaliser d’injection retard de corticoïdes au moins vingt-huit jours (voire six semaines) avant.

Il est nécessaire de sédater les chats, mais rarement les chiens. Il faut tondre délicatement l’un des flancs et injecter dans le derme 0,05 ml de chaque allergène et de chaque témoin (solvant et histamine), en espaçant chaque injection de 2 cm. La lecture des résultats se fait quinze à vingt minutes après les injections chez le chien. Les réactions sont notées : texture, épaisseur et taille de la plaque ortiée, et degré d’érythème. Les réactions chez le chat sont de plus faible intensité et plus fugaces ; elles doivent donc être observées dès les premières minutes après la réalisation des tests. Il est possible d’administrer chez le chat de la fluorescéine en IV (à 5 mg/kg) et d’utiliser une lampe de Wood pour mieux visualiser les réactions positives.

Les réactions positives signalent la présence d’anticorps dirigés contre les allergènes injectés. Les allergènes positifs doivent être inclus dans le protocole de désensibilisation uniquement s’ils sont présents dans l’environnement (consulter le site du Réseau national de surveillance aérobiologique pour la répartition géographique et saisonnière des pollens*). 

Des faux négatifs sont possibles en cas d’erreur de manipulation (volume injecté trop faible, injection d’air, injection sous-cutanée), de lecture tardive ou d’utilisation d’extraits périmés ou trop dilués. Il peut y avoir des faux positifs si un trop grand volume est injecté, si les extraits sont contaminés ou en cas de dermographisme (forme d’urticaire physique) ou en cas de gale sarcoptique (réaction croisée avec les acariens de poussière).

Les dosages sérologiques d’IgE environnementaux mesurent les IgE spécifiques d’allergènes circulants (technique Elisa). Les seuils de positivité diffèrent selon les laboratoires. Il n’existe pas de témoins. Des résultats positifs peuvent être observés chez des animaux sains. Un résultat positif indique que l’animal est sensibilisé à un allergène, mais en aucun cas qu’il est allergique. Comme les IDR, les tests sérologiques ne sont pas des tests diagnostiques.

La corrélation entre les IDR et les tests sérologiques est estimée entre 85 % et 90 % chez le chien. Les tests sérologiques présentent une bonne spécificité (notamment pour les acariens) mais une sensibilité inférieure par rapport aux IDR.

Les tests sérologiques sont conseillés chez les animaux ayant des lésions graves sur les flancs, empêchant la réalisation d’IDR, et/ou traités avec des anti-inflammatoires stéroïdiens, sans qu’il soit possible de les arrêter en amont.

Les résultats des IDR et des tests sérologiques doivent toujours être interprétés à la lumière de l’anamnèse, de l’examen clinique et de l’environnement du patient.

Établir un plan de désensibilisation spécifique à l’animal et effectuer un bon suivi

Il est nécessaire de sélectionner de façon raisonnée la nature et le nombre d’allergènes à inclure dans le protocole de désensibilisation. Ce dernier est spécifique à chaque patient, vivant dans un contexte particulier. La désensibilisation est généralement pratiquée par le propriétaire, qui effectue des injections par voie sous-cutanée en augmentant progressivement le volume, l’intervalle entre les injections et la concentration des allergènes, jusqu’à une dose d’entretien à volume fixe, toutes les trois semaines à un mois. Après plusieurs années de désensibilisation, les injections peuvent être espacées en cas de rémission complète. Des médicaments antiprurigineux peuvent être utilisés pendant les premiers mois de traitement.

La communication avec le propriétaire est essentielle lors de la mise en place d’une désensibilisation. Les premiers effets ne seront évalués qu’au bout de douze à dix-huit mois, et pas avant neuf mois en règle générale. Un suivi régulier est nécessaire car environ 25 % des propriétaires abandonnent la désensibilisation en cours de processus.

L’efficacité est difficile à évaluer car il n’y a que très peu d’études fiables. On estime qu’entre 50 % et 80 % des chiens ont une excellente réponse ou une bonne amélioration (c’est-à-dire qu’ils présentent au moins 50 % de diminution du score lésionnel et/ou du score médicamenteux).

La désensibilisation est très bien tolérée, les effets systémiques (choc anaphylactique) sont très rares (moins de 1 % des cas). Une exacerbation réversible du prurit peut être observée dans les heures qui suivent l’injection de désensibilisation. Les réactions locales sont très limitées.

Chez le chat, la désensibilisation est encore mal définie, le taux de succès est estimé entre 45 % et 75 % (il a été surtout évalué chez des chats asthmatiques). Une étude française rétrospective, multicentrique et contrôlée, a laquelle a participé Sébastien Viaud, réunit la plus grande cohorte de chats atopiques à ce jour (89 chats). Les analyses sont toujours en cours, mais cette étude révèle un bon pourcentage de réussite de la désensibilisation chez le chat (81 % des cas ont un effet positif significatif au cours de la première année).

La désensibilisation est peu onéreuse si on la compare avec le coût des immunomodulateurs sur le long terme.

D’autres voies de désensibilisation existent, comme la voie orale et, plus récemment, la voie intralymphatique. Elles semblent être prometteuses et sont en cours d’évaluation chez les carnivores domestiques.

  • * pollens.fr.
  • Pour en savoir plus :
  • Olivry T., DeBoer D. J., Favrot C., et al. Treatment of canine atopic dermatitis: 2015 updated guidelines from the International Committee on Allergic Diseases of Animals (ICADA). BMC Vet Res. 2015;11:210.
  • Mueller R. S., Nuttall T., Prost C., et al. Treatment of the feline atopic syndrome - a systematic review. Vet Dermatol. 2021;32(1):43-e8.
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