Des cas humains de sporotrichose transmise par un chat au Royaume-Uni - La Semaine Vétérinaire n° 1982 du 24/03/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1982 du 24/03/2023

Zoonose

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Tanit Halfon

Il s’agit de la première description de transmission d’un félidé à l’humain en Europe. L’animal venait du Brésil, une zone où les signalements de cas humains et félins sont fréquents et en hausse.

Trois cas de transmission zoonotique du chat à l’humain, du champignon du complexe d’espèces Sporothrix schenckii, ont été décrits au Royaume-Uni. Cet épisode, qui s’est déroulé en 2022, a tout récemment fait l’objet d’une publication1 dans la revue Medical Mycology Case Reports. Il est inédit à plus d’un titre. Premièrement, la sporotrichose est une maladie très rarement décrite en Europe2,3 : les régions les plus concernées sont l’Amérique du Sud (Brésil), l’Amérique du Nord (États-Unis surtout), le Japon et l’Inde. Mais le nombre de cas humains rapportés ne reflète en rien la répartition géographique du champignon, qui a une distribution mondiale. Deuxièmement, un mode de transmission zoonotique n’avait jamais été signalé sur le continent européen, même s’il est connu en particulier au Brésil (voir encadré). Pour exemple, les deux seuls cas décrits en France (2009, 2018) sont liés à une transmission par contact avec l’environnement, l’inoculation se faisant à la faveur d’une effraction cutanée : en effet, les champignons sont présents dans le sol, bois mort, mousses, foin, eaux stagnantes. Troisièmement, il s’agit de la première description de S. brasiliensis, une espèce principalement rencontrée au Brésil. 

Des lésions dermatologiques 

Au Royaume-Uni, les trois personnes touchées étaient la propriétaire du chat, sa fille et le vétérinaire, tous sans problème particulier de santé. La famille du chat comme l’animal étaient originaires du Brésil, mais cela faisait trois ans que tous séjournaient au Royaume-Uni. Aucun voyage n’a été rapporté durant ces trois années. Le chat n’avait jamais quitté le domicile, ni eu accès à un extérieur, à l’exception d’une courte fugue à son arrivée. Un autre chat, non originaire du Brésil, vivait avec la famille. C’est le chat brésilien qui a d’abord présenté des signes cliniques, quatre mois avant les cas humains, avec des lésions ulcéreuses au niveau des coussinets et de la face. Côté humains, les lésions sont apparues plusieurs semaines après une griffure (quatre semaines pour le vétérinaire), avec des lésions nodulaires et ulcéreuses, à proximité de l’endroit où le chat avait griffé. L’autre chat du domicile n’a jamais présenté de lésions. Tous ont guéri avec un traitement de six mois d’itraconazole. Le chat a été perdu de vue pour finalement mourir d’une cause inconnue six mois après le premier rendez-vous chez le vétérinaire.

Attention aux animaux importés

Selon les autorités sanitaires, le plus probable est que le chat ait acquis le champignon au Brésil, puis un événement récent aurait provoqué une expression clinique, comme une infection par le virus de l’immunodéficience féline (ce qui n’a pas pu être exploré sur ce chat). C’est toutefois la première fois qu’est rapportée une période d’incubation aussi longue, illustrant la possibilité du portage sain. Cet épisode montre par ailleurs le risque d’introductions d’agents pathogènes non autochtones par les animaux domestiques. Les professionnels de santé apparaissent comme un levier majeur pour détecter les cas et endiguer toute diffusion. « Les vétérinaires doivent être vigilants et recueillir les antécédents de voyage des chats présentant des lésions inexpliquées. Les cliniciens doivent suspecter la maladie comme élément différentiel chez les propriétaires de chats présentant des manifestations lymphocutanées », est-il souligné dans la publication. Le gold standard pour le diagnostic est la culture fongique ; l’usage de l’analyse PCR est plus récente et a montré son intérêt ; le matériel de biopsie cutanée peut être utilisé pour ces examens associé à l’histologie. L’itraconazole est couramment utilisé pour le traitement. Une sensibilisation des détenteurs de chats provenant de zones endémiques apparaît également importante pour prévenir toute transmission zoonotique. Pour cet événement, les propriétaires étaient bien au courant de la forte prévalence de la sporotrichose au Brésil, ce qui les avait incités à automédicamenter leur animal avant de l’amener chez le vétérinaire.

Une zoonose en expansion au Brésil

La sporotrichose est la principale mycose sous-cutanée du Brésil*, avec la majorité des cas humains qui sont liés à une transmission zoonotique via le chat domestique. La malade connaît une hausse exponentielle depuis le début des années 2000, en association avec une extension géographique. C’est la zone de Rio de Janeiro qui est la plus touchée. 

* Rabelio V. B. S., Almeida M. A., Bernades-Engemann A. R., et al. The historical burden of Sporotrichosis in Brazil: A systematic review of cases reported from 1907 to 2020. Braz J Microbiol 2022;53(1):231-44.

  • 1. Barnacle J. R., Chow Y. J., Borman A. M., et al. The first three reported cases of Sporothrix brasiliensis cat-transmitted sporotrichosis outside South America. Med Mycol Case Rep. 2023;39:14-7.
  • 2. De Lima Barros M. B., De Almeida Paes R., Schubach A. O. Sporothrix schenckii and Sporotrichosis. Clin Microbiol Rev. 2011;24(4):633-54.
  • 3. Larsabal M., Gabriel F., Pajaniapadeatchy E., et al. Sporotrichose en France. Med Mal Infect. 2018;48(4):298-300.
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