Calypso, une mine de données à exploiter  - La Semaine Vétérinaire n° 1982 du 24/03/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1982 du 24/03/2023

Vie de la profession

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Michaella Igoho-Moradel

Placé sous le pilotage de la profession, ce système d’information a été pensé pour faciliter l’exercice quotidien des vétérinaires. Il permet des échanges de données et d’informations entre eux, l’administration et les autres acteurs du sanitaire.

Malo, la mascotte du projet Calypso, peut être fière ! La plateforme en ligne de collectes et de partages ascendants et descendants de données et d’informations entre les vétérinaires, l’administration et les autres acteurs du sanitaire, est opérationnelle. Son lancement officiel a eu lieu le mardi 14 mars 2023 à Paris, dans la salle Sully du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Autour de la table, Jacques Guérin, président de l’Ordre des vétérinaires, Maud Faipoux, directrice de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), des représentants d’organisations professionnelles vétérinaires et agricoles, et l’Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV). Plus qu’un outil, Calypso* est le moyen mis à la disposition des vétérinaires pour se conformer à la réglementation européenne et française concernant la transmission des données d’utilisation des médicaments contenant des antimicrobiens.

Un outil opérationnel

« Calypso franchit une étape importante. C’est un outil opérationnel au service des vétérinaires et des enjeux de santé animale », lance le président de l’Ordre. Plusieurs fonctionnalités sont déjà accessibles : la consultation des données personnelles du vétérinaire et de ses établissements de soins, la gestion et le suivi de la formation vétérinaire continue, la remontée automatique des données d’utilisation des médicaments contenant des antimicrobiens. Dans les prochains mois, la plateforme sera progressivement enrichie de nouvelles fonctionnalités « jusqu’à devenir un guichet unique pour faire gagner du temps aux vétérinaires ». Un seul identifiant et un seul mot de passe sont nécessaires pour accéder à l’ensemble des services proposés par Calypso. « Cette collecte de données de prescription sera une pierre forte et bénéficie à l’ensemble du monde agricole. Nous souhaitons que les différents acteurs puissent s’approprier cet outil et en faire un levier d’échange d’informations », indique Maud Faipoux.

Des fonctionnalités disponibles et à venir

Calypso regroupera à terme l’ensemble des processus métiers et un processus transverse organisé en trois versions successives (la version 1 sera validée fin 2024, la version 2 à l’été 2026 et la dernière version sera finalisée à l’été 2027). « Il me semble que Calypso devient une brique de la stratégie numérique du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire permettant la dématérialisation des échanges avec la DGAL, les éleveurs, les détenteurs d’équidés ou d’animaux de compagnie », remarque Jacques Guérin. Dans le courant de l’année 2023, il sera également possible d’effectuer de façon dématérialisée une demande d’habilitation sanitaire auprès de la direction départementale de la protection des populations (le formulaire Cerfa ne sera plus nécessaire), remplir les obligations de formation continue pour le maintien de l’habilitation sanitaire (inscription, suivi), désigner un vétérinaire sanitaire par l’éleveur et gérer des signalements sanitaires. À terme, Calypso permettra de réceptionner des notifications telles que les rappels de lots de médicaments, informations sanitaires ou réglementaires en provenance de l’administration, de déléguer, sous la responsabilité des vétérinaires, des actes administratifs aux auxiliaires spécialisés vétérinaires, qui se connecteront avec leurs propres identifiants et mots de passe. Autre fonctionnalité à venir, la transmission au vétérinaire, après acceptation de l’éleveur, des données utiles de l’élevage dont il est le vétérinaire traitant et/ou le vétérinaire sanitaire.

Une application « responsive »

« Nous avons des perspectives scientifiques en matière de recherche, d’épidémiosurveillance, notamment pour les animaux appartenant à des détenteurs non professionnels. Lors de la crise du Covid-19, nous avons compris que ce suivi est aussi intéressant pour les animaux de compagnie », poursuit le président de l'Ordre. Après la théorie, place à la pratique ! Calypso est une application en ligne « facile à prendre en main », accessible via un navigateur Web. Une version mobile de l’application sera également disponible. « Un didacticiel permet d’obtenir des informations sur comment utiliser l’outil. Aujourd’hui, il est possible d’avoir accès à sa situation ordinale, les différents domiciles professionnels dans lesquels j’exerce, les espèces traitées… Ces informations sont accessibles car Calypso s’interface avec de nombreux systèmes d’information dont celui de l’Ordre », explique Hélène Rouch, de la société Phylum, maître d’ouvrage du projet. Les premières remontées automatiques de données d’utilisation se feront à partir du 4 avril 2023. Dans l’intervalle, les vétérinaires peuvent dès maintenant se familiariser avec l’environnement Calypso, consulter leurs informations et effectuer des paramétrages sur leur compte, et gérer leur formation vétérinaire continue (nombre de formations suivies, points accumulés, etc.). Ils peuvent aussi découvrir l’interface de remontée de données d’utilisation de médicaments contenant des antimicrobiens, connecter leur logiciel de gestion à Calypso.

Des logiciels compatibles

« Les déclarations de cession d’antimicrobiens se feront automatiquement entre les logiciels des cabinets vétérinaires et Calypso. Toutes ces informations seront remontées sans l’intervention du vétérinaire. Pour les autres ayants droit, des processus spécifiques plus ou moins automatiques seront proposés. Nous avons sept souches logicielles qui sont qualifiées ou en cours de qualification. Sur les 37 souches logicielles disponibles, une dizaine équipe 90 % des cabinets vétérinaires. Ce travail est engagé avec les éditeurs de logiciels », explique Hélène Rouch. Dès lors que la souche logicielle sera qualifiée, les vétérinaires devront mettre à jour leur application métier pour échanger des informations de manière sécurisée. « S’il s’agit d’une application en ligne, la mise à jour se fera automatiquement. En revanche, si le logiciel est installé sur le disque dur, il faudra opérer la mise à jour via un fichier à télécharger et à installer sur l’ordinateur. Dès la première utilisation de la nouvelle version du logiciel de gestion, celui-ci demandera au vétérinaire de renseigner son numéro de domicile professionnel d’exercice pour que la connexion à Calypso se fasse automatiquement », détaille l’Ordre. Des notifications types pourront être envoyées aux vétérinaires qui le souhaitent. Elles sont personnalisables en fonction des vétérinaires ou génériques à l’intention de l’ensemble des utilisateurs. Les utilisateurs pourront choisir de les recevoir par mail ou dans leur espace personnel Calypso.

* Lire aussi l’article « Calypso, un levier de valorisation de la donnée vétérinaire » en page 15 de ce numéro.

De la contrainte à l’opportunité

L’application Calypso est-elle synonyme de contrainte ou d’opportunité ? Dans un rapport* sur le bilan des plans Écoantibio, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, soulignait qu’il existe des réticences des vétérinaires concernant le projet Calypso, qui pourraient faire face à une surcharge administrative et financière. Laurent Perrin, président du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral se félicite de la mise en œuvre de ce dispositif. « La meilleure solution est que la profession s’en accapare. C’est une opportunité de faire savoir ce que font les vétérinaires en partenariat avec les éleveurs sur la baisse des usages d’antibiotiques. Car nous continuons à être challengés sur ce sujet. Cet outil prouve qu’on a fait des efforts. » Il souligne toutefois que la contrainte doit être la moins lourde possible, en temps et en coût. « La profession a fait d’énormes efforts sur sa propre activité, ses équipements en fonds propres en comparaison aux médecins qui ont une fâcheuse tendance à nous critiquer. Alors que ces derniers sont aidés avec des outils mis à leur disposition de façon gratuite. » De son côté, Jacques Guérin, président de l’Ordre, estime que ce dispositif ne coûtera pas grand-chose aux vétérinaires. « Soit nous nous approprions cet outil en proposant un service mutualisé. Soit nous laissons les vétérinaires se débrouiller tout seuls ou alors quelqu’un d’autre hors de la professionse chargera de faire remonter ces données d’usage. Si c’est dans la loi, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’obligation. On ne doit pas en faire une contrainte mais quelque chose le plus indolore possible. Ce dispositif donne une image positive de la profession capable de faire face à certains sujets. C’est une contrepartie des prérogatives attribuées à la profession. » Il rappelle également que Calypso n’a pas été pensé pour être une contrainte ni un outil répressif ou de flicage.

Des questions ?

Les vétérinaires peuvent se connecter à Calypso* avec leurs identifiant et mot de passe ordinaux. Des didacticiels sont disponibles pour apprendre à utiliser l’interface. Il est nécessaire de renseigner le numéro du domicile professionnel d’exercice au logiciel de gestion dès qu’il le demande et de contacter l’éditeur du logiciel si l’accès n’est pas possible d’ici au 4 avril. En cas de problème technique : calypso-assistanceveterinaire@ordre.veterinaire.fr

* https://calypsovet.fr/connexion

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