Améliorer le confort de traite par l’étude de la morphologie des vaches - La Semaine Vétérinaire n° 1982 du 24/03/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1982 du 24/03/2023

Zootechnie

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Clothilde Barde

Article rédigé d’après le poster présenté lors des Journées 3R des 7 et 8 décembre 2022 sur le projet ErgoTraite1 de Jean-Louis Poulet (Idele) et Juliette Fazilleau (stagiaire Casdar IP).

Pour améliorer de façon globale la traite bovine conventionnelle (non robotisée), il convient d’étudier les conditions de travail des éleveurs pour limiter les risques de troubles musculo-squelettiques et renforcer l’attractivité du métier de trayeur tout en maintenant, voire en améliorant les conditions de bien-être animal. C’est pourquoi le projet ErgoTraite a été mis en place en 2021 en partenariat entre l’Institut de l’élevage (Idele), la chambre régionale d’agriculture de Bretagne, E-Mage-In-3D, la Caisse centrale de la Mutualité santé agricole et l’Institut Agro. Il devrait permettre d’assurer une durabilité des traites2 en proposant des modèles innovants mais aussi de réévaluer l’organisation du chantier de traite, le dimensionnement des éléments structurels et la conception du matériel de traite.

Des données nombreuses

Dans le cadre de ce projet, des mesures ont été effectuées dans sept exploitations de bovins lait du Grand Ouest (quatre typologies de traite différentes, deux races principales : Prim’Holstein et Normande) afin de positionner dans l’espace les points d’accessibilité extrêmes des mamelles des animaux traits (trayons les plus hauts et/ou les plus éloignés), et de vérifier ainsi l’adéquation entre ces données et les recommandations actuelles (hauteurs de quai et barres de contention des salles de traite). Pour les 726 mamelles étudiées, les chercheurs ont défini la hauteur de plancher mammaire (HPM : distance verticale entre l’attache du trayon le plus haut sur la mamelle et le quai) et la distance d’atteinte horizontale (DAH : distance horizontale entre l’aplomb du trayon le plus éloigné et la rive de quai), les hauteurs des quais (HQ : distance verticale entre le fond de fosse et le sol du quai), des rives de quai et des éléments de contention arrière. Enfin, un nouvel indicateur dimensionnel a été constitué par combinaison de deux autres : la distance d’atteinte verticale (DAV = HQ + HPM). Les principales caractéristiques anatomiques des trayeurs ont également été relevées : tailles (TT), hauteurs des coudes (HC) et des épaules (HE), longueurs des bras (LB). Les chercheurs ont ensuite pu comparer l’ensemble de ces informations aux normes connues3 (« zones de confort » à HCHE + 10 cm ou DAH > LB).

De nombreuses situations pénibles

Ainsi, dans cette expérimentation, les HPM étaient en moyenne de 63,8 cm, avec des mamelles bien attachées et positionnées haut, surtout pour les Prim’Holstein. Selon les chercheurs, comme les HQ se situaient à des « niveaux classiques » vis-à-vis des recommandations actuelles (TT ÷ 2 en traite par le côté et TT ÷ 2 + 10 en traite par l’arrière), les DAV étaient donc assez importantes, avec des trayons extrêmes à plus de 1,85 m, bien au-dessus des HE, surtout en TPA, même pour des trayeurs plutôt grands pour cet échantillon (TT moyenne de plus de 1,80 m). De plus, les DAH étaient en moyenne de 41,8 cm, au-delà donc de la « zone de confort » d’intervention, se situant à 2/3 LB. En confrontant ces données aux recommandations, les chercheurs ont constaté que les DAV peuvent être considérées comme « non confortables » pour 35 % des vaches laitières (VL) et même « pénibles » pour 53 % d’entre elles. Concernant les DAH, ils sont jugés « non confortables » pour 45 % des VL suivies et « pénibles » pour 41 % .

Des dimensions à revoir

Comme l’ont indiqué les chercheurs, les interventions sur les trayons les plus hauts et éloignés sont en très grande majorité bio-mécaniquement inconfortables et même pénibles. Or, comme la DAH est difficilement modifiable, car conditionnée par le choix d’un type d’installation de traite, elle ne peut être limitée que si la contention est adaptée/adaptable à chaque animal. Il apparaît donc primordial de prendre en compte la HPM lorsqu’on construit une salle de traite (en plus de la taille du trayeur, souvent déjà prise en compte)4. De plus, selon les chercheurs, les recommandations actuelles des hauteurs de quai ne sont plus adaptées aux morphologies des vaches car les choix de sélection génétique ont fait augmenter la hauteur des planchers mammaires (choix sanitaires, limitation du risque de mammite) depuis quelques années. Enfin, « si les hauteurs de quai sont abaissées pour travailler à des hauteurs convenables, les éléments de contention arrière (barres de fesses/pare-bouses, toujours situés à +/- 70 cm du quai pour éviter qu’une VL tombe dans la fosse) deviennent des obstacles à la visibilité et à l’accessibilité des mamelles, il convient donc de les adapter », ont-ils conclu.

  • 1. ErgoTraite, optimisations fonctionnelle et ergonomique pour des traites de qualité et attractives : idele.fr/ergotraite.
  • 2. ErgoTraite, objectifs et actions : idele.fr/ergotraite/objectifs-et-actions.
  • 3. Institut national de recherche et de sécurité. Conception et aménagement des postes de travail, « Fiches pratiques de sécurité » ED79 : bit.ly/3yGPK6y.
  • 4. Cockburn M., Savary P., Schick M. Amélioration de la posture de travail lors de la pose du faisceau trayeur : recommandations de hauteur de quai idéale pour différents types de salles de traite. Agroscope Transfer. 2015;102:1-8.
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