Usage des médecines complémentaires : comment mieux sensibiliser les vétérinaires ? - La Semaine Vétérinaire n° 1981 du 17/03/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1981 du 17/03/2023

Expression

EXPRESSION

Auteur(s) : Chantal Béraud

Pour qu’ostéopathie, homéopathie et phyto-aromathérapie fassent réellement partie de l’arsenal thérapeutique courant du vétérinaire, il faudrait prendre en leur faveur plusieurs mesures de base, dont trois que nous présentent ici un vétérinaire, un formateur vétérinaire et la coordinatrice du pôle élevage de l’Institut technique de l’agriculture biologique.

Loïc Guiouillier (N 86)

Président de la commission des médecines complémentaires à la SNGTV

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Enrichissons l’enseignement vétérinaire

C’est en 2010 que la Société nationale des groupements techniques vétérinaires a mis en place une commission dite des médecines complémentaires. Aujourd’hui, je préférerais que l’on utilise plutôt le vocable de thérapeutiques complémentaires. En santé humaine, les médecins parlent d’une médecine intégrative dans un cadre thérapeutique donné. Ainsi, en oncologie humaine, la phytothérapie, l’homéopathie ou l’acupuncture sont des recours thérapeutiques, utilisés en complément du traitement de médecine conventionnelle, sans s’opposer à elle. Notre profession devrait s’en inspirer, en formant désormais de jeunes généralistes auxquels serait enseigné dans les écoles vétérinaires un socle commun comprenant, outre la médecine classique, les notions de base essentielles en ostéopathie, en acupuncture, en phyto-aromathérapie et en homéopathie. Dans notre structure, je me suis spécialisé en homéopathie. J’ai deux consœurs qui pratiquent l’ostéopathie et la phyto-aromathérapie. Car un seul praticien ne peut pas tout faire et tout savoir !

Philippe Labre (A 74)

Gérant de Gentiana PhytoLabo, formateur et auteur en santé naturelle en élevage

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Faisons évoluer la législation

Au-delà de la formation, le verrouillage réglementaire et sécuritaire est le problème majeur. Les molécules organiques carbonées et l’oxygène indispensables à notre existence sont produits exclusivement par les végétaux, ce qui justifierait des cadres plus favorables à l’utilisation raisonnée des plantes. Et inversement, l’utilisation massive de produits de synthèse industriels provoque l’effondrement de la biodiversité, perturbe le fonctionnement naturel des écosystèmes et la physiologie des êtres vivants. La nature ne peut pas intégrer ni recycler ces polluants organiques persistants. Il faut faire une mise à jour radicale de la réglementation, substituer à la notion d’autorisation de mise sur le marché, très défavorable aux produits naturels, un cadre qui reconnaisse les rôles biologiques, écologiques, alimentaires et protecteurs sanitaires des végétaux. Prendre en compte avec bon sens les impératifs du vivant, intégrer une notion de la sécurité qui protège la vie et la santé plutôt que le marché, afin de pouvoir transmettre des méthodes naturelles enfin devenues légitimes.

Soizick Rouger

Coordinatrice du pôle élevage à l’Institut technique de l’agriculture biologique

Formons plus de collectifs d’échange santé

Notamment dans le cadre d’un conventionnement collectif avec des éleveurs, les échanges entre éleveurs, techniciens et praticiens sont très intéressants pour bien partager et transmettre les connaissances. Par exemple, l’ingénieur agronome a des compétences dans le fonctionnement des plantes. Dont la dynamique de la culture de l’herbe, à savoir comment la faire pousser, à quel stade la récolter en prenant en compte, certes sa capacité lactogène, mais aussi le critère du coût économique, etc. Quant aux vétérinaires et aux éleveurs, ils collaborent efficacement dans ces groupes d’échange santé, notamment de manière préventive. Par exemple, au sein d’un troupeau de vaches qui pâturent, ils observent le comportement des animaux dans leur quotidien afin de détecter puis de trouver des solutions aux déséquilibres pouvant y apparaître  (déséquilibres alimentaires, montée du parasitisme, etc.). Sur le terrain fonctionnent déjà efficacement de tels groupes d’échange santé au sein de divers collectifs, d’une taille idéalement comprise entre quatre et dix éleveurs.

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