Traitement sélectif au tarissement chez la vache laitière : une démarche d’accompagnement - La Semaine Vétérinaire n° 1979 du 03/03/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1979 du 03/03/2023

Antibiorésistance

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Clothilde Barde

Conférencière

Vanessa Lollivier, enseignante-chercheuse en physiologie animale à l’Institut Agro Rennes-Angers (Maine-et-Loire) et directrice adjointe UMR Pegase (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement)

Article rédigé d’après la conférence « Traitement sélectif au tarissement chez la vache laitière : des besoins des éleveurs à la conception d’une démarche d’accompagnement » donnée par lors des journées 3R des 7 et 8 décembre 20221.

Pour lutter contre l’antibiorésistance en élevage, l’arrêt de l’usage préventif des antibiotiques est devenu nécessaire2 et le traitement sélectif au tarissement (TST), qui consiste à adapter les pratiques en fonction de l’état sanitaire des vaches au moment du tarissement afin de rationaliser l’usage des antibiotiques, est vivement recommandé3. Dans ce cadre, l’usage des antibiotiques est réservé aux vaches infectées lors de situations à risque, et seule la pose d’obturateurs de trayon est recommandée. Si les vaches sont saines, il est préconisé de ne pas faire de traitement4. Cependant, les données du terrain montrent que, même si des grilles existent depuis plus de dix ans en France pour sélectionner un TST5, « des craintes vis-à-vis des risques de nouvelles infections (NI) pendant la période sèche et des risques économiques associés persistent chez les éleveurs »6. C’est pourquoi, dans le cadre de l’étude présentée ici, les chercheurs ont tenté de concevoir une démarche d’accompagnement des éleveurs pour faciliter la mise en place du TST. Cette dernière repose sur l’évaluation du niveau de risque de NI et de non-guérison au moment du tarissement et pendant la période sèche.

Des risques identifiés

Ainsi, avec la synthèse bibliographique qui a été tout d’abord réalisée, 25 facteurs de risque (FR) de NI et 14 FR de non-guérison ont été obtenus. Ensuite, un panel de 51 experts (vétérinaires et conseillers en filière laitière) a été interrogé sur leur estimation des niveaux de risque. À la suite des discussions lors d’ateliers et des tests de validation mis en place en élevage avec les éleveurs, ce sont finalement 19 FR de NI qui ont été mis en évidence, mais aucun FR de non-guérison n’a été retenu car les éleveurs étaient « déstabilisés par l’idée que des traitements au tarissement ne devraient pas être tentés si les chances de guérison sont faibles ». Deux documents supports distincts à destination du conseiller et de l’éleveur ont alors été élaborés par les chercheurs. D’une part, une grille pour le conseiller, visant à identifier les FR de NI et à évaluer les niveaux de risque associés (parmi les 19 FR de NI retenus). Elle permettait d’identifier les bonnes pratiques et celles à améliorer, en classant les FR les uns par rapport aux autres et en priorisant leur maîtrise au sein de l’élevage. D’autre part, un document remis à l’éleveur qui avait pour objectif de lui permettre de suivre la dynamique d’apparition des infections dans le troupeau pendant la période sèche et de sélectionner un traitement adapté selon l’état sanitaire observé (antibiotiques pour guérir, obturateurs pour prévenir). Des fiches de bonnes pratiques pour administrer les antibiotiques et les obturateurs étaient également à disposition des éleveurs. Par ailleurs, à partir de ces échanges continus entre conseiller et éleveur, les chercheurs ont proposé une démarche d’accompagnement progressive en plusieurs étapes, appliquée au départ sur quelques vaches puis étendue à l’ensemble du troupeau, afin d’atteindre un taux d’incidence de NI inférieur à 10 %, signe de la maîtrise du TST.

Vers une évolution des pratiques ?

Comme l’a indiqué Vanessa Lollivier, avec cette démarche les éleveurs ont des données leur permettant de constater qu’en pratiquant le TST, les NI ne sont pas plus nombreuses7 et que les performances économiques peuvent être améliorées8. Cette démarche globale d’accompagnement des éleveurs doit désormais être déclinée par les coopératives partenaires du projet (Eureden et Terrena), afin de l’enrichir et de l’adapter à une grande diversité de systèmes d’élevage. « Autant d’éléments qui devraient permettre de rassurer l’éleveur, d’instaurer une relation de confiance sur le moyen et long terme avec son conseiller et de s’engager vers une mise en place durable du TST, même si l’étude n’a toutefois pas permis d’objectiver la plus-value de la démarche d’accompagnement pour faire adopter le traitement au tarissement par les éleveurs », a conclu Vanessa Lollivier.

Erratum :

Dans l'article « Cryptosporidiose des jeunes veaux en France : diagnostic et prévention » (La Semaine Vétérinaire n° 1976 du 10 février 2023) au lieu de : « En cas de cryptosporidiose chez les veaux, le seul traitement actuellement autorisé en Europe est le lactate d'halofuginol », il faut lire : « Outre le traitement à base de lactate d'halofuginone, en Europe, les veaux atteints de cryptosporidiose peuvent également être traités par un traitement à base de sulfate de paromomycine (Gabbrovet Multi Ceva) [La Semaine Vétérinaire n° 1969 du 9 décembre 2022] ».

  • 1. Lollivier V., Levallois P., Dunoyer M.A, et al.Traitement sélectif au tarissement chez la vache laitière : des besoins des éleveurs à la conception d’une démarche d’accompagnement. 26es Journées 3R; 2022. bit.ly/3knj2nf.
  • 2. Bush K., Courvalin P., Dantas G., et al. Tackling antibiotic resistance. Nat Rev Microbiol. 2011;9(12):894-6.
  • 3. Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Plan Écoantibio 2012-2017 : lutte contre l'antibiorésistance. bit.ly/3IiZdFq.
  • 4. Seegers H., Billon P., Roussel P., et al. Approche pratique : comment définir une stratégie de traitement des vaches laitières au tarissement. Le Nouveau Praticien Vétérinaire élevages et santé. 2010;15(3):17-21. 
  • 5. Roussel P., Seegers H., Bareille N. Traitement au tarissement : quelle stratégie privilégier ? Institut de l’élevage; 2009. bit.ly/3xIu0XD.
  • 6. Poizat A., Bonnet-Beaugrand F., Rault A., et al. Antibiotic use by farmers to control mastitis as influenced by health advice and dairy farming systems. Prev Vet Med. 2017;146:61-72.
  • 7. Bleuse A., Guevellou P. A., Lonis W., Woiltock A. Traitement antibiotique sélectif au tarissement chez la vache laitière : enquête auprès des éleveurs. 2019. Enquête Agrocampus Ouest. Chaire agriculture écologiquement intensive, santé animale; 2019.
  • 8. Bradley A. J., De Vliegher S. Green M. J., et al. An investigation of the dynamics of intramammary infections acquired during the dry period on European dairy farms. J Dairy Sci. 2015;98:6029-47.
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