Savoir gérer la coccidiose du lapin - La Semaine Vétérinaire n° 1979 du 03/03/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1979 du 03/03/2023

Cuniculture

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Samuel Boucher

Cet article est le deuxième d’une série de deux* sur la coccidiose du lapin.

La lutte contre la coccidiose repose sur deux piliers : la prévention, afin de limiter la pression parasitaire et le risque de développement de la parasitose, et le traitement des animaux malades.

Un traitement à adapter à la situation clinique

S’il est toujours important de traiter une coccidiose intestinale massive ou une coccidiose à coccidies pathogènes, il est rarement utile de traiter un lapin lorsque seuls quelques oocystes de coccidies ont été identifiés. En revanche, s’il est observé une numération supérieure à 5 000 oocystes par gramme de contenu intestinal (ou 300 sur des fèces), il peut être utile de médicaliser, les parasites abîmant la paroi intestinale et créant des lésions favorables au développement de colibacilles pathogènes, entre autres. Des oocystes d’Eimeria stiedae, agents responsables de la coccidiose hépatique, peuvent être retrouvés dans les fèces. S’ils sont identifiés, on mettra en place un traitement quelle que soit la numération.

On considère que le traitement (adultes et jeunes) doit être renouvelé trois fois à six semaines d’intervalle pour une meilleure efficacité.

Les lapereaux en croissance qui excrètent des coccidies les ont généralement ingérées en présence de leur mère. Il sera donc utile, lors de coccidiose déclarée, de traiter à la fois les lapereaux et leurs parents.

Le traitement habituel des coccidioses hépatiques consiste en l’administration de sulfamides potentialisés par du triméthoprime. Pour les coccidioses intestinales, on administrera de la sulfadiméthoxine seule qui est la molécule la plus active et la moins toxique de sa famille chez le lapin. La posologie préconisée est de 50 mg/kg PV/j à administrer dans l’eau de boisson pendant cinq jours consécutifs. Mais attention, une étude menée dans la filière a montré que certaines familles de lapins excrétaient les résidus de sulfamides moins rapidement que les autres et que la viande pouvait en contenir bien au-delà du temps d’attente indiqué par certains résumés des caractéristiques du produit (RCP) La filière a alors demandé qu’un temps d’attente de 21 jours soit respecté par précaution pour les sulfamides.

Des molécules curatives hors AMM

Certaines spécialités pharmaceutiques ont montré leur efficacité sur le terrain, bien que ne disposant pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le traitement de la coccidiose du lapin. On peut les prescrire dans le cadre de la cascade thérapeutique si les traitements avec AMM n’ont pas permis de traiter correctement les animaux. On peut choisir le toltrazuril, à distribuer à raison de 7 mg/kg/j pendant deux jours. Attention toutefois car cette molécule n’a pas de spécialité avec AMM pour le lapin, et des études  ont montré qu’il fallait appliquer un temps d’attente d’au moins 35 jours. Le diclazuril (employé contre les coccidioses hépatiques ou intestinales) est utilisable dans l’eau de boisson à 1 mg/kg PV/j. Il est habituel de l’administrer pendant cinq jours mais pour les espèces cibles de l’AMM, l’administration est unique. Enfin, actuellement, plusieurs spécialités à base de plantes ou d’huiles essentielles sont proposées sur le marché. Certaines sont remarquablement efficaces administrées par l’eau de boisson et semblent ne pas présenter de danger pour l’animal. Les signes cliniques disparaissent et les numérations baissent après leur administration.

Une prévention médicamenteuse…

À titre préventif, sur les lapins d’élevage, il est possible d’ajouter dans l’aliment composé, notamment autour du sevrage, un coccidiostatique (qui empêchera la multiplication des coccidies).

Dans le passé, le plus employé a été la robénidine à 66 ppm qui a été efficace sur les coccidioses intestinales ou hépatiques. Cette molécule a permis l’éradication des coccidioses très pathogènes des élevages. Elle inhibe l’évolution des schizontes de première génération, empêchant alors les premières phases du cycle de se dérouler. L’excrétion des oocystes est donc réduite et les risques de contamination sont plus faibles. Cependant, plusieurs espèces d’Eimeria sont devenues résistantes à cette molécule, limitant parfois l’intérêt de son usage.

Par ailleurs, de nombreuses autres spécialités ont pu être employées auparavant, mais certaines ne sont plus autorisées chez le lapin. C’est le cas par exemple de la salinomycine, non dénuée de toxicité (cardiotoxique).

Actuellement, on recommandera l’usage du diclazuril, qui est autorisé en tant qu’additif dans l’alimentation des lapins en phase de croissance et des lapins reproducteurs. Il possède un effet coccidiocide avéré sur les stades sexués ou asexués du cycle de développement permettant d’interrompre ce cycle et l’excrétion des oocystes pendant environ deux semaines. Le décoquinate peut être utilisé hors AMM dans le cadre de la cascade : il a une bonne efficacité, employé entre 70 et 100 ppm. Le délai d’attente à appliquer à la spécialité est égal au temps d’attente le plus long prévu pour la viande et les abats dans le résumé des caractéristiques du produit, multiplié par 1,5.

… associée à des mesures d’hygiène

Parallèlement à la prévention médicamenteuse, on veillera à maintenir le taux de coccidies le plus faible possible dans l’élevage en renforçant l’hygiène. Pour cela, on pourra :

- brûler les litières éventuellement contaminées afin d’éliminer les oocystes présents et ne pas les remettre dans l’environnement ;

- nettoyer les cages et les grilles de fond avec un jet de vapeur à haute pression puis pulvériser un désinfectant à base de dérivé phénolique avant le sevrage des lapereaux ;

- flamber les fonds de cages avant le nettoyage (mais cela nécessite d’insister et abîme le revêtement galvanisé) ;

- éviter tout stress en insistant sur la répétition des gestes à horaires fixes.

À noter qu’un vaccin très efficace a été élaboré par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, à partir de coccidies dites précoces (comme ceux qui sont développés pour les volailles) contre certaines espèces de coccidies telles que E. magna. Il s’administre par pulvérisation sur les lapereaux au nid à l’âge de 21 jours. Malheureusement, il n’a jamais été commercialisé.

La métaphylaxie est possible

On pourra également effectuer, dès les premiers cas objectivés de coccidiose, des traitements métaphylactiques régulièrement dans l’eau de boisson durant le jeune âge des lapins dès lors que les numérations de contrôle indiquent un seuil élevé d’oocystes. Il est alors recommandé de faire procéder à une recherche des coccidies sur les crottes avant de traiter. On emploiera alors des sulfamides (sulfadiméthoxine notamment) si les abattoirs l’autorisent (certains refusent les lapins ainsi traités de peur de retrouver des résidus dans la viande) ou du toltrazuril, voire du diclazuril. La métaphylaxie impose que les mères et leurs petits soient traités trois bandes  de suite juste avant le sevrage des lapereaux. Éventuellement, un coccidiostatique peut être ajouté à l’aliment des jeunes lapins sevrés.

  • * Lire « Reconnaître la coccidiose du lapin », La Semaine Vétérinaire n° 1975 du 3 février 2023.
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