Prise en charge de l’animal gériatrique : l’AAHA publie ses recommandations - La Semaine Vétérinaire n° 1979 du 03/03/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1979 du 03/03/2023

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FORMATION CANINE

Auteur(s) : Amandine Violé

L’essor de la médecine vétérinaire s’est accompagné d’une amélioration significative de l’espérance de vie des animaux de compagnie. L’animal senior est devenu un patient régulier, présentant des spécificités médicales qu’il convient d’appréhender au mieux. Des recommandations détaillées issues de l’American Animal Hospital Association (AAHA) ont été publiées1 avec pour objectif simple d’optimiser la prise en charge du patient âgé (malade ou bien portant) et lui assurer une qualité de vie renforcée.

Pour nombre de propriétaires, voir son animal vieillir est une étape complexe, source d’inquiétudes. Après plusieurs années de vie commune, l’affect est grand et dépasse largement certaines considérations financières. Dans ce contexte, le vétérinaire représente un interlocuteur privilégié. La gestion du patient gériatrique impose une approche multimodale tenant compte de possibles comorbidités existantes.

Spécificités et approche médicale

Selon l’AAHA, un chien est dit senior lorsqu’il entre dans le dernier quart de son existence (estimée). Pour le chat, l’âge charnière a été défini à 10 ans. En outre, plusieurs phénomènes biologiques induits par le vieillissement s’y réfèrent. Ils incluent :

- le syndrome de fragilité, qui se manifeste par un déclin de la santé du patient et une perte de ses fonctions cognitives ;

- l’immunosénescence, caractérisée par une perte de compétence du système immunitaire, qui augmente le risque d’exposition à certaines affections infectieuses, tumorales et auto-immunes ;

- l’« inflammaging » (contraction de « inflammation » et « aging »), qui correspond à un état inflammatoire de bas grade évoluant à long terme. Chez l’humain, il serait le substrat de maladies chroniques, telles qu’Alzheimer ou Parkinson.

La première consultation doit être axée sur la compréhension des attentes du propriétaire. Le recueil d’informations sur le mode de vie, les habitudes alimentaires et le comportement de l’animal à son domicile, est primordial. Les traitements, compléments nutritionnels ou produits hygiéniques doivent être listés afin de prévenir toute interaction médicamenteuse. À titre d’exemple, l’utilisation couplée de produits contenant de la mélatonine, du ginseng, du tryptophane et de molécules affectant le niveau de sérotonine (fluoxétine, clomipramine, sélégéline, tramadol, etc.), peut occasionner un syndrome sérotoninergique.

La démarche clinique s’articule autour de la détection d’affections gériatriques. La prévalence des atteintes dentaires (gingivites, parodontites, fractures pathologiques en cas d’ostéopénie, tumeurs) est particulièrement grande chez les animaux âgés de petit gabarit et doit motiver un examen approfondi de la cavité buccale. Les carcinomes à cellules squameuses et les mélanomes prédominent, respectivement chez le chat et le chien.

L’âge du patient n’est pas un facteur contre-indiquant une procédure anesthésique. L’évaluation préalable de la balance bénéfices-risques est capitale. Une préoxygénation est recommandée en cas d’affection cardiaque ou pulmonaire. La mise en œuvre d’un protocole anesthésique titré à effet adjoint d’un monitoring rapproché contribue à minimiser les risques pré- et peropératoires. L’utilisation d’échelles d'évaluation de la douleur permet d’adapter la dose d’opioïdes administrés et de limiter leurs effets adverses2.

Le recueil d’une symptomatologie évocatrice (léthargie, dysorexie, perte de poids, modifications comportementales, syndrome polyuro-polydipsie, difficultés locomotrices, etc.) doit orienter la réalisation d’examens complémentaires. La motivation du propriétaire, modulée par des considérations affectives et/ou financières, est à évaluer afin de personnaliser la prise en charge thérapeutique.

Mesures nutritionnelles et hygiéniques

L’animal âgé présente des besoins énergétiques de maintenance variables, dépendants de son mode de vie et de sa condition médicale sous-jacente. Un ajustement nutritionnel peut s’avérer nécessaire avec pour objectif une note d’état corporel de 4,5/9 chez le chien et de 6/9 chez le chat. L’obésité s’accompagne d’une baisse d’activité, d’une aggravation des affections ostéo-articulaires et est corrélée à une réduction significative de l’espérance de vie3.

La ration peut être complétée par une source d’antioxydants, d’omégas 3 ou de triglycérides à chaîne moyenne. Leur effet bénéfique a été démontré dans la gestion d’affections gériatriques, dont le syndrome de dysfonction cognitive.

L’environnement a un impact direct sur la qualité de vie de l’animal âgé. Le propriétaire appréciera de recevoir des conseils quant aux ajustements et aux enrichissements possibles à effectuer.

Accompagnement de fin de vie

La dégradation de la qualité de vie d’un animal est source de questionnements et peut introduire une discussion autour de la fin de vie. La compréhension des limites émotionnelles, physiques, financières du propriétaire est fondamentale. Empathie et bienveillance sont les clés d’un accompagnement satisfaisant, incluant l’ensemble de l’équipe vétérinaire.

Enjeux en clinique vétérinaire

Les animaux seniors représentent plus de 44 % de la population des animaux de compagnie. À ce titre, de nouveaux défis spécifiques s’offrent aux structures. Plusieurs aménagements prompts à créer un environnement apaisant – senior friendly – peuvent être considérés. Ils visent à faciliter le déplacement de l’animal (rampes d’accès, tapis de sol, etc.) et à limiter les stimuli anxiogènes (intensité du bruit, des lumières, manipulations, etc.). La création d’une équipe multidisciplinaire formée aux soins gériatriques contribue à améliorer la qualité des prestations proposées. Une attention particulière doit être apportée à l’accompagnement psychologique.

La nature du lien de confiance établi dépend non seulement de la qualité des soins médicaux délivrés mais aussi de la disponibilité, de l’écoute et des recommandations délivrées par le personnel soignant. Transparence et sollicitude sont de mise. La délivrance de « kits seniors » est perçue comme une plus-value pour le propriétaire ainsi fidélisé. Des contenus spécifiques peuvent être promus sur le site internet de la clinique. Le partage de vidéos ou de photos de l’animal dans son environnement peut être d’une grande aide diagnostique.

L’AAHA recommande par ailleurs le développement de la télémédecine dans ce contexte. Son utilisation est un levier intéressant pour la gestion d’animaux parfois difficilement transportables, algiques ou anxieux. L’ouverture de créneaux de téléconsultation permet également de répondre à certaines difficultés organisationnelles et démographiques.

Le syndrome de dysfonction cognitive

Le syndrome de dysfonction cognitive est une affection neurodégénérative, principalement décrite chez le chien (20 % des plus de 8 ans en souffriraient1).  Ses signes évocateurs sont une désorientation, de l’anxiété, une baisse d’activité, une altération des interactions sociales, une modification des phases d’éveil et de sommeil, une perte de comportements acquis, une perturbation de l’odorat ou de la vue. Chez le chat, une augmentation des vocalises est observée. Le diagnostic d’exclusion s’appuie sur un bilan biologique et une imagerie par résonance magnétique (lésions du prosencéphale) préalables. La sélégiline (0,5 à 1 mg/kg/j) dispose d’une autorisation de mise sur le marché dans cette indication. La précocité du traitement conditionne son efficacité. L’utilisation d’antidépresseurs (clomipramine) est recommandée en cas d’anxiété concomitante. La douleur chronique, facteur aggravant, doit être prise en charge. Il existe un outil prédictif de sa progression, la Canine Dementia Scale2.

1. Dewey C. W., Davies E. S., Xie H., Wakshlag J. J. Canine cognitive dysfunction : pathophysiology, diagnosis, and treatment. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2019;49(3):477-99.

2. Madari A., Farbakova J., Katina S., et al. Assessment of severity and progression of canine cognitive dysfunction using the Canine Dementia Scale (CADES). Applied Animal Behaviour Science. 2015;171:138-45.

  • 1. Dhaliwal R., Boynton E., Carrera-Justiz S. et al. 2023 AAHA senior care guidelines for dogs and cats. J Am Anim Hosp Assoc. 2023;59:1-21.
  • 2. Gruen M.E., Lascelles B.D.X., Colleran E., et al. 2022 AAHA pain management guidelines for dogs and cats. J Am Anim Hosp Assoc. 2022;58(2):55-76.
  • 3. Cupp C. J., Kerr W. W. J. Effect of diet and body composition on life span in aging cats. Proc Companion Anim Nutr Summit. Focus on Gerontology. Clearwater Beach (FL): Nestlé Purina PetCare; 2010. p. 36-42.
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