One Health : le dialogue est essentiel entre science, société et politique - La Semaine Vétérinaire n° 1979 du 03/03/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1979 du 03/03/2023

Salon de l’agriculture

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Par Marine Neveux

« Dialogue science-société-politique dans la prévention des risques pandémiques : importance et enjeux » était le thème d’une des tables rondes organisée par Prezode, qui s’est tenue le 27 février 2023 dans le cadre du Salon international de l’agriculture de Paris. L’engagement des acteurs est en effet un pilier à la construction du concept One Health.

Le succès de l’approche One Health est lié à l’engagement des acteurs à tous les stades de développement et de mise en œuvre des projets de prévention des risques d’émergence de zoonoses à potentiel pandémique, reconnaît Jean-Luc Angot (T 82), envoyé spécial du président de la République pour Prezode (preventing zoonotic diseases emergence) et inspecteur général au ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Le succès de cette démarche repose sur un dialogue permanent entre scientifiques, citoyens et décideurs politiques. Les échanges de la table ronde mettent en exergue la nécessité que les risques soient compris par la société et que les mesures de prévention et de gestion soient acceptées.

Brigitte Autran, présidente du Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars), professeure émérite en immunologie, partage cette approche et mentionne le rôle du Covars qui a une vision large en s’intéressant aux risques infectieux mais aussi à l’alimentation et à l’environnement : « Il est impératif qu’il y ait un dialogue constructif entre les médecines, les patients et la société civile. » L’hésitation vaccinale est notamment prégnante, et « les associations de patients, de citoyens sont importantes pour nous dans la gestion des affections humaines ». Selon elle, la même réflexion se pose pour la crise sanitaire actuelle de l’influenza aviaire et la vaccination à venir.

Serge Breysse, médecin diplômé en santé publique, directeur général de l’organisation non gouvernementale Solthis, explique que le dialogue est au cœur de son action : « C’est important que des acteurs de la société civile fassent le lien entre les académiques et les politiques. » Car la transmission d’informations est un défi dans la société actuelle, noyée déjà sous beaucoup d’informations, comme l’explique Florence Pinaud, journaliste à La Tribune, parlant « d’infobésité ». Pour Mathieu Le Grix, responsable de la division agriculture, développement rural et biodiversité de l’Agence française de développement, l’enjeu est également « d’arriver à concilier la complexité du discours scientifique et la nécessaire clarté de la décision politique », et de faire fonctionner l’intersectorialité : « Pour convaincre, il est utile d’apporter des exemples concrets de terrain. »

« Cross fertiliser » les expertises médicales

Emmanuelle Soubeyran, directrice générale adjointe de la Direction générale de l’alimentation, partage cette nécessité de dialogue entre la science, la société et la politique. « Les décisions que nous prenons sont basées sur des avis scientifiques. Il convient d’emmener le monde de l’élevage, ou sinon la politique mise en œuvre sera mal comprise. » L’influenza aviaire hautement pathogène a un potentiel zoonotique qui, aujourd’hui, ne s’exprime pas, « mais cela montre à quel point il faut que l’on travaille dans une démarche One Health ». Une démarche que rejoint Brigitte Autran sur l’influenza, « il faut une surveillance internationale des animaux sauvages, des animaux domestiques, de toutes les émergences ». Transparence et interopérabilité sont deux maîtres mots. « Il faut que la médecine humaine et la médecine vétérinaire travaillent ensemble », poursuit la présidente du Covars, citant l’exemple du vaccin de la grippe aviaire, « un plaidoyer est de se mettre ensemble à la recherche des vaccins, pour qu’il y ait une “cross fertilisation”. Il faut travailler ensemble dans le champ de la prévention ».

Voir l’interview vidéo de Brigitte Autran (présidente du Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires) sur lepointveterinaire.fr

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