IAHP : un risque toujours faible pour l’humain - La Semaine Vétérinaire n° 1979 du 03/03/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1979 du 03/03/2023

Santé publique

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Tanit Halfon

Malgré les détections croissantes d’infections d'influenza aviaire hautement pathogène chez des mammifères dont des cas chez des humains, les instances sanitaires estiment que le risque reste faible pour la population générale.

Depuis peu, une vague d’articles de médias grand public pose à nouveau la question du risque de transmission du virus d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) à l’humain. Effectivement, sur le terrain, la panzootie en cours est associée à des descriptions croissantes d’événements de franchissement de la barrière d’espèces, vers divers mammifères dont l’humain, et dans toutes les régions du monde. Si ces événements appellent à la vigilance, à ce jour, le risque d’infection pour la population générale reste faible, estime toujours l’Agence européenne de sécurité sanitaire1 (Efsa) dans son dernier rapport sur l’influenza aviaire de décembre 2022. Ce risque est faible à modéré pour les personnes exposées au virus, comme les professionnels du secteur avicole. Le discours est le même du côté de l’Agence gouvernementale américainedes Centers for Disease Control and Prevention (CDC) : dans un communiqué de février 2023, il est souligné qu’« un petit nombre d’infections humaines sporadiques par le virus H5N1 ne modifie pas le risque pour le grand public, qui est considéré comme faible ». L’atteinte d’un élevage de visons n’y change rien selon l'Agence qui rappelle que le vison est une espèce animale plus sensible que l’humain, lequel « ne possède pas le récepteur des voies respiratoires supérieures que les virus H5N1 utilisent pour provoquer l’infection », au contraire du vison possédant deux types de récepteurs cellulaires pulmonaires, dont l’un permet une infection plus efficace par le virus. Les souches virales en cause présentaient toutefois une mutation au niveau de la protéine PB2 associée, d’après une étude de 2010, à une hausse de l’activité polymérase des virus influenza A chez les cellules hôtes des mammifères et chez la souris. Malgré tout, pour les experts américains, « bien qu’un marqueur génétique ait été identifié dans les souches circulantes dans l’élevage, qui a pu provoquer une maladie plus grave et faciliter la diffusion virale entre les individus, il est peu probable que ce marqueur facilite la transmission à l’humain ».

Des infections humaines sporadiques

Côté humain, les cas d’infection restent très réduits. Selon l’Organisation mondiale de la santé3, depuis janvier 2022, quatre cas d’infection humaine à virus A(H5N1) du clade 2.3.4.4b actuellement en circulation ont été rapportés dans le monde : deux en Espagne, un aux États-Unis et un en Chine. Ce dernier a été associé à une symptomatologie grave jusqu’au décès de la personne infectée. En octobre 2022, un cas d’infection H5 a également été signalé au Vietnam, chez une enfant de 5 ans, mais sans que la souche virale soit totalement identifiée ; elle a dû être hospitalisée. En 20214, deux infections humaines ont été signalées, avec une personne touchée au Royaume-Uni et une en Inde qui est décédée. De manière générale, ces cas sont associés à une exposition à des oiseaux contaminés. Pour les cas espagnols, il s’agissait de deux travailleurs du secteur avicole. De plus, comme souligné dans le rapport de l’Efsa, la faible charge virale détectée dans l’échantillon et l’absence de séroconversion sont deux éléments en faveur non pas d’une infection active (avec réplication virale) mais d’une contamination, avec amplification de l’ARN virale de faible niveau.

Au final, il apparaît que le nombre de descriptions d’infections humaines à A(H5N1) est très faible depuis 2016, par rapport aux années précédentes.Entre 2003 et 2014, 861 cas dont 455 décès (50 %) ont été notifiés dans une vingtaine de pays. Depuis 2020, sept cas dont deux décès ont été signalés (30 %) dans six pays. Aucune preuve de transmission interhumaine n’a été identifiée. À noter que sont décrits également des cas de transmission de virus moins communs, comme le A(H3N8) (deux cas en Chine en 2022, chez des enfants dont un grave), mais cela ne change pas l’évaluation du risque.

Prévenir le risque

Pour les experts de l’Efsa, la vigilance reste de mise, même si, pour l’instant, les virus circulants restent toujours bien adaptés aux oiseaux. « Les rapports supplémentaires d’événements de transmission à des mammifères et entre eux, par exemple le vison, le phoque, le renard et d’autres carnivores, ainsi que les preuves séro-épidémiologiques de transmission au sanglier et au porc domestique, associés aux processus évolutifs, y compris l’adaptation aux mammifères, sont préoccupants et doivent être suivis de près. Les personnes impliquées et exposées à ces animaux doivent être suivies afin d’identifier rapidement toute transmission entre humains », indiquent-ils. En outre, ils soulignent « l’incertitude élevée de cette évaluation des risques en raison de la grande variabilité des virus du clade 2.3.4.4, avec de nombreux sous-types et lignées génétiquement réassortis qui cocirculent en Europe et dans le monde ». Pour eux, « les phénomènes de réassortiments vont se poursuivre et la transmission zoonotique ne peut être totalement exclue en général lorsque les virus de l’influenza aviaire sont présents chez les oiseaux ». Surveillance et biosécurité sont au centre de la prévention du risque. La prochaine pandémie serait-elle liée à un virus influenza ? Ce qui est sûr, c’est qu’il y a eu des précédents, rappelle le CDC : H1N1 1918, H2N2 1957, H3N2 1968, et H1N1 2009. Dans ce contexte, un virus vaccinal candidat H5 a été produit : « Il pourrait être utilisé pour un vaccin pour l’humain si nécessaire, et assurerait une bonne protection contre les virus H5N1 en circulation. Il a été partagé avec les fabricants des vaccins. »

  • 1. European Food Safety Authority, European Centre for Disease Prevention and Control, European Union Reference Laboratory for Avian Influenza, et al. Avian influenza overview September-December 2022. EFSA Journal. 2023;21(1):7786.
  • 2. Centers for Disease Control and Prevention. Ask the Experts: Highly Pathogenic Avian Influenza A(H5N1) Viruses. bit.ly/3kiXU1A.
  • 3. Cumulative number of confirmed human cases for avian influenza A(H5N1) reported to WHO, 2003-2023. World Health Organization, Overview; 2023. bit.ly/3Ky0lIb.
  • 4. Sept cas d’infection humaine à A(H5N8) du clade 2.3.4.4b ont également été rapportés en Russie en février 2021.
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